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Tout dittêre . là iiiaiii, l'archet, le violon:
Et tout fait mesurer la distance tranchante,
De la flonlenr (|iii hàille à la finiiieur (|iii chante.
L'ART POKTIOIIE
U'est un état bizarre, et pour moi tout nouveau.
Que d'avoir à la rime appliqué mon cerveau.
Depuis que j'ai mordu dans ce gâteau de fée.
Ma raison vagabonde et ma tète échauffée
Trouve partout prétexte à fabriquer des vers.
Comme des papillons parmi les buissons verts,
Éclatants de couleurs et de syllabes riches,
En mon esprit charmé volent les hémistiches.
Je suis désarçonné. J'avoue et reconnais
Qu'on peut être honnête homme et faire des sonnets !
J'en fis un l'autre soir; j'ai fait une ballade.
Je médite un rondeau. Ne suis-je point malade.
Ou pire? Et faudra-t-il me faire exorciser?
Ah ! que c'est un démon étrange à maîtriser,
— /iO —
Ce doux liilin des vers ! Avec vous il chemine ;
Il surprend, il s'impose, il enchante, il domine.
Je me sens tout honteux de me voir poursuivant
La rime qui me jette un accord décevant.
Ainsi faisaient Boilcau, Racine, la Fontaine:
Les rimes qu'ils chassaient, las! en valaient la peine;
Mais celles que j'atteins? N'importe! je poursuis.
Dans les champs, dans les bois, sans savoir où je suis,
Sans entendre le vent ni le flot qui murmure.
Sans voir sur le l)uisson ni la fleur ni la mûre,
Qu'il pleuve ou qu'il poudroie, en moi-môme enfoncé,
.le songe à bien finir mon vers bien commencé.
D'autres fois, n'ayant rien en train qui me tourmente,
Zeste! un sujet nouveau tout à coup se présente :
Un roman du pays que l'on m'aura conté,
Un trait de mœurs, un mot, et me voilà tenté.
Je suis tenté de tout, hormis de tragédies.
L'œuf tragique est à pondre aux muses refroidies :
11 y faut des docteurs qui me glacent d'effroi.
Tels qu'on dépeint Ponsard, ou que je vois Ponroy...
Des tragiques du temps ma muse est ennemie.
Et craindrait de trotter leur pas d'académie :
Ils font iiiire à Pégase un métier de cheval.
Hors de là tout me plaît, même le madrigal.
Quel plaisir d'aiguiser l'épigramme mutine,
De coiulro \c nMiain à la ballade fine.
D'esquiver l'iiiatus, ce granit ajiarant
Qui firesse en plein chemin son pie embarrassant;
Ou, par un tour soudain, par un mot qui scinlille.
De faire un agrément même d'une o!ie\ille!
Encor, ce ne sont là qu(> les moindres Ixiiilieiirs;
Il est des soins plus beaux et des succès meilleurs ;
Toucher les cœurs, donner des formes de lumière
A cet ardent paitum des àines, la prière;
Et par des vers bien faits, chez le lecteur d()m[)l('.
Comme avec des clous d'or fixer la vérité!
Qui me (lira pouniuoi, plus mornes que l'envie. Les poètes toujours se plaignent de la vie? Dieu ne leur a donné que d'aimables tourments Et la gloire à chercher par des sentiers charmants. Leurs jours sont égayés d'éclatantes féeries ; Les accords, les couleurs, les chimères fleuries. Le rien-faire occupé, ce sont là leurs trésors. Nathan a moins de joie en tous ses coffres-forts; Dans la Bourse agitée il ne fait pas de rêves Si riches et si dou^v que j'en fais sur ces grèves. Il \oit un (lux d'écus le baigner, le couxrir : C'est illustre! Mais moi. je vois le ciel s'ou\rir! Le grand riche, c'est moi. Mon Dieu! je vous tiens quille. Que fait de ses ducats le digne L-;ra(''lite?
Il les t'ait travailler, je présume, à bon prix ;
11 a chevaux, laquais, niaitre-queux, beaux esprit?.
S'il les aime; de plus, il est baron d'Autriche.
Cela peut durer moins qu'un passable hémistiche ;
Puis la camarde accourt. Bonsoir! tu n'es plus rien.
Bien qu'un juif mort..., ])as même académicien !
Moi, de mes visions mille fois apparues.
Mes rentes, je le sais, ne seront guère accrues,
Ni mon renom peut-être, et sans gloire je meurs.
Mais j'ai vécu joyeux de mes humbles labeurs;
Mon âme a deviné les lueurs du génie,
J'y sens incognito résonner l'harmonie ;
Rempli de beaux désirs, brûlé d'un noble leu,
J'entends chanter en moi quelque chose de Dieu.
Quand vous m'avez permis ce chemin de délice. Que m'importe, mon Dieu, qu'Israël se remplisse, Et qu'un courtier marron, courtisan de ce roi, Trouve dans les journaux plus de flatteurs que moi! Ainsi devraient penser, ce semble, nos poètes.
Mais peu savent goûter ces voluptés discrètes. Au trafic appliquant les dons qu'ils ont reçus. Ils prétendent gagner de l'argent là-dessus. Et faire chez Lévy coter leur renommée. Ils craindraient de n'aimer que l'ancienne fumée
Qu'on appelait la gloire, et (iiii portail aux cieux [,e grand cœur embrasé d'un noble ambitieux. La gloire, c'est l'argent; sans argent, foin du rcpte! Le don de poésie est estimé funeste, Jît ces ingrats diront que les transports heuieux. La verve, le travail, sont bénéfices cieux. \e leur parlez jamais des présents que l'étude Fait à la |iau\rclt', lièie en .-a solilndr. .\i de la cime auguste où peut uicnlei un oueur. <^uand des vils appétits il s'est rendu vainqueur, (l'est bon à dire en vers! Jamais leur arrogance Sous ce sévère aspect n'aima l'indépendance. Ils cherchent des patrons. Quel vacarme infernal Quand l'un d'eux par logique aborde à l'hôpital! A tout le genre humain ils en demandent compte. Le mort vivait d'absinthe et craignait peu la honte. Ses vices étaient clairs, son talent incertain; Une ode de guinguette est sou meilleur butin : N'importe! On lui devait, disent-ils, sa gamelle. Pour leur compte, ils en font la demande formelle.
— «Quoi donc, chante Lanterne, effroi de Flicoteaux. Parce qu'un Dieu railleur a doté nos berceaux, Parce qu'il y versa tout plein d'horribles choses, Des clartés, des accords, des larmes, quelques roses ; Parce que le fléau de ces dons inhumains.
Tourmentant trop nos cœurs paralyse nos mains. Et sans pitié nous voue à la sotte industrie D'éclairer l'Univers et d'orner la Patrie, 11 faut souiïrir la faim? »
C'est selon. Pourquoi pas?
Tu fais de faibles vers, prends de faibles repas! Devons-nous te payer le plaisir de l'escrime? On te permet ce jeu; rimer n'est pas un crime. Et quelque autre l'a dit : Chacun à ce métier Peut perdre imimnément de l'encre et du papier. Mais prétendre impcser aux foules attristées Et ton encre perdue et tes feuilles gâtées, Quel abus ! Ce métier, toi-même l'as choisi ; Tu l'aimes : il conduit à l'hôpital ; vas-y ! C'est là ton champ d'honneur, peut-être de victoire ; Vas-y gaillardement. On en fera l'histoire. Et tous les jouvenceaux ([ui poussent du phébus De ta belle disgrâce orneront leurs rébus. Que veux-tu davantage? Une petite renie A ton gré vaudrait mieux? Deviens l'un des Quaranlc: Prends la queue, hisse-toi jusqu'à ce ciel blafard Où tu vois des soleils moins brillants que Ponsard. Tu peux ce qu'ils ont pu. Le public charitable. Quand tu seras passé, te trouvera passable. Mais sans nous fatiguer de ton gémissement. Imite Philarète, attends patiemment.
Vous êtes poliiUmls. niossiours do riiypcrbole! Le public prise pou voire art de faribole; Pourtant il vous caresse. Axant d'avoir la croix. Un soldat vers la mort a couru mille fois; Vous qui ne mourez jias autant que vous le dites, On se presse un juni plus îi payer vos mérites. Certes, c'est bientôt fait de \ous empanacher! Ce qu'à Solferino d'autres s'en vont clierclior. Pousse à vos habits noirs comme jonc on eau morte Un succès, parfois môme un sifflet vous l'apporlo. Et. sur les boulevards, l'invalide ulcéré Voit passer Trissotin avant lui décoré.
La chose à digérer peut paraître un peu dure! A l'immortel sacré je passe sa verdure. Son laurier sur la hanche et son estramaçon : Mais cette croix d'honneur à quelque polisson Pour prix d'avoir chanté Margoton ou Palmiro, Ma foi! cela m'irrite et je hriile d'écrire. Si dans ces moments-là j'avais la verge en main, Je ferais au triomphe un cuisant lendemain ; Du \ers le plus sanglant j'armerais ma colère... Lanterne, paix à toi! Paix à toi, pauvre hère! Laissant ton estomac et ton terme en suspens. Dans ton grabat tu fais de l'art à tes dépens. Ta vanité du moins est sans ignominie : Tu \eux être appointé comme homme de génie,
(loinme aigle. A ton orgueil ton ventre se soumet; Tu règles seul ton vol et choisis ton sommet. Je t'honore en cela plus que je ne peux dire, 3Iauvais rimeur, brave homme. — A d'autres la satire A ceux dont le talent, se rendant propre à tout. Ne tient compte de rien, et pas même du goût. Ou pour peuple ou pour roi le moins agile saute ; On les voit au palais chanter quel que soit l'hcMe, Flatter l'un, tlatter l'autre; hurler contre les cours. Crier : A bas les rois! quand régnent les faubourgs ; Puis, au soleil rouil, comme lâches couleuvres, Aussitôt qu'il reluit faire ramper leurs œuvres. Et ce n'est rien encor. Pour tirer portion Du budget, du libraire ou du bon Montyon, La muse se permet bien d'autres vilenies : De la morale un jour ; un jour des avanies A tout ce qu'ici-bas l'homme doit respecter. La pie est leur oiseau, car elle sait compter! D'un drame vertueux ils endorment la scène. Us la réveilleront demain d'un drame obscène : A celui ci le peuple en foule applaudira ; L'autre sera sifflé, mais Montyon paiera. Et l'auteur, dans sa main ouverte à cha([ue porte, Saura ce que le vice et la vertu rapporte. Ce garçon, dont Molière est l'unique psautier. Peut commenter Tartufe en homme du métier!
Mais laissunl ces calaicls qu'uni,' iiiaiii plus o\[iei1e
Cinglera ([iichiue jour (l'uiic riuie plus verte,
Je ne m'étonne i)as si de pareils succès
Aux crocs noirs de l'envie oll'rent encore accès,
Kt si tout décores, tout ap[)oinlés, tout riches,
Loués coainie des dieux, pleins comme des bourriche?.
Nos Apollons vernis accusent tant le sort.
Ayant pris vers le mal ce détestable essor,
Du mal ils ont reçu l'accoulunu- salaire :
La tristesse, l'ennui qu'aucun layon n'éclaire,
Et ce tourment alfreux par l'enfer inventé,
L'insatiable t'aiui dans la satiété.
La véritable muse est celle qui console.
C'est le présent de Dieu : loin d'eux elle s'envole;
Sur son aile indignée elle remporte aux cieux
Ses trésors méconnus, baumes mystérieux
Qui de sa main versés dans le cœur des poêles,
Transforment les chagrins en douceurs plus parfaites .
Font chérir le silence, aimer les longs travaux,
Et laissent ignorer si l'on a des rivaux.
L'esprit qu'ont visité ses ardeurs souveraines
Ne met plus son espoir aux louanges humaines;
Dût l'écho rester sourd à son cri palpitant,
11 chante pour lui-même et pour Dieu qui l'entend.
Ainsi l'oiseau perdu dans le profond espace
Jette sa note pure à la brise qui passe.
Et ne demande pas si seulement ses airs
Ont d'un charme de plus embelli les déserts;
Ainsi sous ton figuier, près de la mer bretonne.
Sans que l'or te séduise ou que l'oubli t'étonne,
Tu donnes ta chanson, candide Yioleau,
Et de tes humbles jours esquissant le tableau.
Tu peins sans y penser cette haute victoire
D'un cœur trop près de Dieu pour songer à la gloire.
Bel exemple! Combien de pareils en voit-on?
Que d'autres, consultant l'écho, changent de ton.
Et passent hardiment, afin qu'on leur réponde.
De la muse du ciel à la muse du monde !
— « Viens! viens! lui disent-ils, les applaudissements
« Te suivent; c'est assez, nous sommes tes amants.
« Mets ce que tu voudras dans nos cœurs, sur nos lèvres.
« Allume en notre sang tes plus ardentes fièvres,
« Enseigne-nous le mal, si nous sommes encor
« A ton gré des enfants trop près de l'âge d'or ;
« Commande! Seulement, vierge ou prostituée,
« Dicte-nous la chanson la mieux rétribuée. »
Ils sont trop écoutés. La fille de l'enfer
Prend de ces malheureux le prix qu'ils ont oflert.
Leur âme; et de sa main au trafic avilie,
l,our citsoiiine à verser non le \iii, lUiiis la lie.
lis veulent plaire au monde, ils en viennent à i)ont.
Si le mélier n'est pas de se tenir debout.
S'il faut, avec les airs que le talent comporte,
Flagorner bassement la canaille, qu'importe!
D'éloges entouré, de laurier revêtu.
On rattrape en honneurs ce qu'on perd en vertu,
Et des profits du jeu lorsqu'on fait le décompte,
Oui voit ce que dans l'âme on encaisse de honte?
La honte est au dedans, la gloire est au dehors.
La gloire, c'est-à-dire, en français, des trésors.
Du luxe, des flatteurs et de solides rentes.
Parlez après cela d'œuvres déshonorantes!
« — 0 censeur, ô jaloux! dit le poëte, apprends
« Qu'un acte croustilleux vaut trente mille francs,
" Q"i6 j'y fais accourir les pudeurs que j'opprime,
« Qu'au lever du rideau je perçois une prime,
« Et que pour le public, dédaignant tes clameurs,
« Je suis l'homme de bien qui corrige les mœurs.
« Lis donc les feuilletons!... Je m'en ris, à vrai dire,
« Et crois qu'avec raison la morale soupire.
« Je laisse soupirer cette Hallebreda.
« J'ai pour moi les Quarante et le quartier Bréda,
« Je suis riche, admiré dans mes œuvres ingambes;
« Je suis cher aux beautés dont je fais voiries jambes;
n Et comme un grand seigneur, écrasant mes rivaux,
Je me pousse au lauleuil, j'y cours à deux chevaux. ' Ma foi, que la morale en crève!... .le Ihonore : ■' .Hais le vice est fringant, et prodigue, et sonore. « 11 fournit de beaux vers, de l'esprit, de l'argent, « J'ai la croix : pauvre vice! il est trop engageant. « Soyons huissier du vice, en dépit de l'envie! « Ce pique-nique atlreux qu'on appelle la vie, I Ce mélange imposteur de faim et de dégoût, <( Le vice en est encor le i)lus piquant ragoût; ■■ 11 fait seul le bouquet de ces falernes fades ' Oue l'ordre nous permet à trop faibles rasades, '< Et pour dire son nom, des cafards redouté, « Si le vice est plaisir, c'est qu'il est Liberté. ' Les sages de tout temps l'ont proclamé. La Bible « Nous redit des viveurs l'argument invincible : '< Allons-y librement. Pour couronner nos froîits, « Cueillons toutes les fleurs, car demain nous mourrons. (( Que répondre à cela? Le trop fameux peut-être, V Est un trouble-cei'velle. un jésuite, un traître '< Oui nous donne en sournois le conseil inhumain " De mourir aujourd'hui pour mieux vivre demain; ■( Mais ses raisonnements me semblent illogiques. '( Peut-être que peut-être est bon en vers tragiques?
.le le mets de côté. Nous nous en servirons (( Pour flatter le parterre amoureux de rons-rons. .( Le bourgeois a toujours un faible pour les bourdes.
■( Oiiiinl an reste, merci! Os questidiis sont lotinlc^. ^( Kl je les plante là. La joie est nn nioincnl. " Carpe dicm! Horace a dit le mot. vraiment : VI Tiens le junrqiie lu tiens; prends de l'heure qui vole >i Ce cpi'elle ollVe de doux, car le reste est frivole; Car tu perdras. Samsou, ta force el tes cheveux: ( Car tes rivaux vaincus renaîtront plus nombreux; (c Car la voix qui proclame aujourd'hui ton génie. X Dès ce soir va se joindre à la voix qui le nie: <i Car ni veilles ni soins ni studieux efforts, ' N'empêcheront demain que tu sois chez les morts 1 »
Ainsi l'orgueil lui-même en s exaltant s'abaisse, Et, croyant se vanter, révèle sa détresse. Tandis qu'il fait le fier, de son cœur ulcéré S'échappe avec cynisme un cri désespéré. Comblé, mais tourmenté de; sa faim assouvie. 11 sent (ju'il a manqué le grand but de la vie. Insulté l'Art, trahi le don chaste de Dieu. 11 le sent el l'ignore; et, dans ce noir milieu. Entre un passé mauvais et la mort, double goutfre. • L'esprit s'appesantit, l'àme gémit el souffre. Alors, alors, trop lard, en cet ingrat guérel. Fleurit amèrement un stérile regret :
La muse des jours purs, belle comme à l'aurore. Dans l'horizon souillé luit une fois encore.
Le parcourt tout entier, et d'un rayon \engeur En s'essuyant les yeux en éclaire Thorreur. Trésors d'honneur, d'anfiour, de paix et de lumière ! Trésors perdus!... iMais quoi, revenir en arrière? Va-t'en, muse! Et, domptant quelques soupirs surpris, Un sourire hébété la chasse avec mépris. C'en est fait pour toujours.
0 mignons de la gloire!
Votre vin capiteux est redoutable à boire : Pour vous reconforter sur l'austère chemin, Préférez un peu d'eau prise au creux de la main ! Sans doute, un beau délire est charmant; mais l'ivresse N'a qu'un flambeau trompeur, une force traîtresse : A tous les lieux communs vous allez accrocher. Et tel qui croit danser, on le voit trébucher. Le succès est venu soudain ; soudain il passe. Point d'honneur dans la vie et dans l'art point de trace, C'est votre lot ; le peuple, avant vous dégrisé. Du jeu qui l'enivrait n'est plus même amusé. Il baille. Vainement vous lui doublez la dose : Ce n'est pas ce surcroît qu'il veut, c'est autre chose. Prêt à se détourner de vous, son œil moqueur Perce vos proiédc!^ connus déjà par canir ; Nouveauté du matin, le soir nauséabonde... 11 faut trouver du Vrai la racine féconde.
El (liiiis un iiuilo elVoit pnr raniour iiij^piiT. Former enfin le Hoau du Vrai lransfit;iir('. Voilà rcruvro! elle est rude, et je ne sauiais lairc (hrelli' peut tout d'abord décimer le parloiie; Je ne lui promets pas le plantureux hunier Qui du front de Fainvj tomba sur (iHioi/rr. Mais le ijrand lendemain, le lendemain ([ui man([ue Même aux écrits parfaits admirés de la banque. Et qui vient étoutfer l'égal près de l'égal, Thiers près de A'arillas, Flaubert près de Fé\al ; Ce juste lendemain, tombeau des éphémères, Mettra l'œuvre vaillante au rang des œuvres mères, Et de beaux rejetons un verdoyant faisceau Pourra longtemps encor lui faire un renouveau.
Si le succès pourtant se refuse à la peine, L'artiste, sans regret de sa poursuite vaine. Bénit en soupirant l'idi'al envolé:
Il ne Ta pas atteint, mais il l'a contemplé!
AUX TrKNS DR J.ITTÉR ATTIRK
i ETiTS messieurs de la littérature.
Et gros bonnets de ce joli niétior.
Gens de génie, auteurs malgré nature.
Salut à vous! Salut au peuple entier Oui s'évertue au marais d'imposture, Perdant de l'encre et gâtant du papier!
Ètes-vous là, gazetiers émérites, Vous qu'écrivains on nomme par abus?
Êtes-vous là, vous qui suivez les rites De ces anciens illustres et fourbus?
0 débutants pleins d'ennuyeux mérites.
Déjà poussifs à l'heure des débuis.
Salut aussi! — Salut enfin, poètes, Poëtoipaux, poëtillons, rimeurs!
Neussiez-vous l'ait que des cIumisdiis secicle» Kt dans Vert-Vert écoulé ^os primeurs: Du haut en bas, aarabins et prophètes, Salut à vous, gens de naïves mœurs!
Vous dites doue, ù grands et petits êtres. A l'Institut, es joiirnaux et divans.
Vous dites tous, vous rapins, et vous luaitres Kn prose, en vers, en volumes savants.
Vous clabaudez par toutes les fenêtres Et vous criez sans cesse à tous les vents
Que c'en est l'ait et que l'heure est venue; Que le Dieu-Clirisl du monde disparait; Qu'il n'est plus rien ; qu'une troupe menue Suit seule encor son culte sans attrait. Ainsi Platon déclame dans la nue.
Ainsi flaro disserte au caliaret.
Sous divers chefs AOtre foule ennMée Reprend le thème en cent mille façons; Tel le détaille à la femme endrôlée.
Tel le commente aux moindres polissons; Toute cervelle en est au moins frôlée ; Havin jait l'art d'en farcir les maçons.
Cela va bien! Si l'Auteur de la vie Vient butiner jusqu'en vos rangs mêlés, La bande reste épaisse et bien servie ; A faire mal elle a des gens zélés :
Vous gouvernez au gré de votre envie Les cœurs flétris et les esprits fêlés.
Mais* nous vivons, la chose est positive; Nous sommes peu, mais nous sommes constants. Quand vous voyez notre troupe inactive, Elle obéit au Dieu qui dit : « J'attends! » Chargez sur elle, ô force destructive : Pour la détruire, il vous faudra du temps!
Quoi! parce que vous tenez en Ijataille
Mille journaux avec quelque autre appoint;
Parce que l'or pleut et vous ravitaille,
Et qu'un héros vous vient toujours à point.
Vous prétendez que Jésus-Christ défaille?...
Pour aujourd'hui, messieurs, n'y comptez point!
Tout franchement, jeunes gars et vieux reîtres, Vous m'étonnez si vous pensez ainsi.
Le Christ résiste aux scélérats, aux traîtres. Aux imposteurs, aux égorgeurs; voici Dix-huit cents ans qu'il enterre vos prêtres; Je crois qu'il veut vous enterrer aussi.
Depuis .liidas. M)lro aïriil ;\u puil jauno, Jusqu'à Renan, rathéïsme en saindoux, J'additionne cl je mesure à l'aune Vos généraux; c'est long comme Leroux!
Regardez bien... Le vieux Simon Rarjone Oii Dieu l'a mis reste plus fort que vous,
Plus fort que vous! En voulez-vous la preuve? Venez tantôt faire un tour sur les quais, Vous l'aurez là ; sans chercher on la treuve : Vous y verrez vos livres disloqués...
— Us ont un air suspect de fausse veuve, — D'un vieux Nicole et d'un Parny flanqués.
Ce matin même, et j'y trouvais du charme. Près d'un Dargaud neuf je me recueillais ; Seule la pluie y répand une larme.
Le vent tout seul en tourne les feuillets ; Loin du trésor le marchand, sans alarme. Faisait la cour aux vendeuses d'oeillets.
A l'Institut je sais ce qu'on adore;
Mais écoutez un point essentiel :
Pendant qu'au vent Voltaire s'inodore
(Dargaud n'est pas si pestilentiel!).
Sur nos clochers qu'on hausse et qu'on redore,
La vieille croix resplendit dans le ciel.
Comptez, petits, ce qu'elle a vu d'orage* Sur ce sommet si souvent insulté ; Souvenez-vous de vos cris, de vos rages : Combien de fois avez-vous exulté !
Combien de fois, même aux plus fiers courage? Tout parut fait! Qu'en est-il résulté?
Sous Louis-Philippe, ou sous Cauchois-Lemaire.
Ou sous Carrel, ou sous je ne sais qui,
Autorisés du préfet et du maire.
Des citoyens élèves de Saqui,
Des nourrissons de l'école prim aire.
Des avocat? forts en Burlamaqui.
De bons bourgeois que le tambour appelle. Les uns acteurs, les autres regardants.
Grimpent aux croix que chacun interpelle. Les jettent bas, hurlent, grincent les dents.... Et puis vingt ans : et la Sainte-Chapelle Est toute d'or et dehors et dedans.
LE .TOURNAI, liANDIT
Accordons vin repird au troupeau sans crédit Qui, maigre et mal vivant, fait le journal bandit : Un journal que l'on voit sans cesse disparaître ; Mais, hélas! il ne meurt que pour toujours renaître. Changeant de nom, de corps, de figure, d'objet Et surtout de logis, il est toujours abject: En vain Thémis le traque, en vain la faim le tue : 11 reste, et reste abject. Ce qui le constitue Et le rend immortel, c'est cette qualité, Elle l'a malgré tout cent fois ressuscité ; Et toujours ce cadavre horrible et délétère. Par la mort revomi, souille, impudent, la terre.
Ce qui vit là dedans et de ([uoi l'on y vit, Beaucoup l'ont très-bien su, nul ne l'a très-bien dit.
On a deux pourvoyeurs : chantage et banqueroute. A ce fonds assuré, la réclame s'ajoute : Pour ouvrir le public, aux sots qu'ils ont siffles Les écrivains bandits vendent de fausses clés. Ces gnomes inconnus, comme des vers diftbrnies. Grouillent en leur puisard. Des blasphèmes énormes Des contes idiots que l'on repousse ailleurs. Des saletés, des cris de derviches hurleurs, Des rêves de goujats dans une langue infecte, Sont les bouillonnements de la sanie abjecte. Écoutez un instant ces horreurs, vous saurez Ce que l'ulcère dit sur les corps dévorés ; C'est le chant de la peste et de la pourriture. Auprès d'eux tout est sain dans la littérature; Auprès d'eux Gaétan est un lys de candeur, Tout innocent, tout pur et d'une exquise odeur; Ils sont jaloux de lui. Son art, sa haute mine. Ses cols, sa montre d'or, ses bottes, sa cuisine. Ses deux éditions, tout cela leur paraît Le lot d'un Dieu sur terre; ils gardent son portrail. Et murmurent, ravis en leur àme ulcérée : Oue c'est beau, le talent et la vie honorée!
D'UN ECCLÉSIASTIQUE AFFBANCIIl
LiES nouveaux livres de ce traître
Sentent trop fort leur apostat :
On y voit son ancien étal.
Quoiqu'il blaspiième comme un reître,
C'est encore d'un air béat;
II a le style mauvais prêtre.
LES THURIFERAIRES
Jadis, dans les journaux, de trois ou quatre infâmes,
J'aimais, je le confesse, à recevoir les coups.
Ores, d'un tel honneur je ne suis plus jaloux :
Ces messieurs ont eu l'art d'envenimer leurs blâmes
En les faisant tomber, à titre de réclames,
Sur des messieurs comme eux qu'ils traitent comme nous.
Î.RS INIQUITES 1»K LA P'il.EMlUiJF:
Ues cris bmiatix, ce papotage, Ces vils pamphlets qu'tMi leurs taiuli?
Vingt manœuvres de bas étage (jontre mon honneur ont ourdis :
Feux de cuistres ou d'étourdis!
J'en peux supporter davantage.
Ces articles si bien limés, Si contenus, si teints de rose.
Où mes écrits sont abîmés Andante, pianissime, amorose :
Cela n'est rien : de cette prose Les fabricants sont mal erimés.
Les paraboles véhémentes Sur mon défaut d'urbanité Plaisent aux marquises clémenlc= Qui me prêchent la charité :
J'écoute avec hilarité Ces silïlemenls. d'âmes aimante^.
Mais l'esprit de parti \ainqueur.
De mes dédains force l'enceinie :
Pour me verser l'âpre liqueur, 11 cherche et trouve une main ^aiiite.
Ah! pour le coup, voilà l'absinlhc; Voilà le poison dans le cœur!
17 février ) Sb6.