‹ SatiresChapitre 20 sur 72 · C'ÉTAIT UN HONNÊTE HOMME I · texte numérisé non relu

C'ÉTAIT UN HONNÊTE HOMME I

Ainsi plus d'un le loue.

Qui <}oit en écrivant avoir chaud à la joue.

Oui, Planche aurait prf mordre au pâté Montyon. S'il s'agit du talent, c'est autre question.

Souvent dans le brouillard et jamais dans la nue,

Terre à terre il filait sa phrase malvenue ;

Il était rediseur, incorrect, sans esprit.

La critique, qui doit planer sur un écrit,

N'en prenait avec lui que les côtés infimes.

Rôdait, soufflait, rongeait, demeurait loin des cimes.

Il ne critiquait point, il faisait du dégât.

Romantique au début, mais loyal renégat,

Il se vira d'un coup, et porta sa pensée

Au sein du camp classique. Elle y resta glacée.

Scythe parmi les Grecs et Grec chez les chrétiens,

La justesse partout manque en ses entretiens^ La verve plus encor, plus encor Télëgance.

Le frivole Paris, vassal de l'arrogance, Admira ce dire âpre et le prit pour savant.

Paris croit ce qu'on veut lui répéter souvent ; On y devient docteur avec trois barbarismes.

Quand Planche eut fait vingt ans ses rugueux catéchismes, Guvillier et Janin pâlirent aux Débats; Devant Planche prophète on s'inclina très-bas, Et, s*il l'avait voulu, dans l'orgueil de sa mise. Le premier aux Quarante il entrait sans chemise. Il meurt. L'enthousiasme aussitôt monte à flots. Et tout Paris pour Planche a les yeux de Buloz, Et cela dure encore au bout d'une semaine.

Ma plume en protestant va paraître inhumaine ; J'y consens. Que Paris blâme mes cruautés :

Planche n'est qu'un pédant et des plus mal frottés ; Un ouvrier jaloux qui, dans son humeur triste. Déjà mince au métier prétend régir l'artiste. Sous l'œil du bon Buloz qui tenait l'aiguillon. On l'a vu comme un bœuf mener loin son sillon ; Il a déraciné quelques plantes sauvages.

Il a dans les cailloux fait de petits ravages, Il a des oisillons parfois couvert le bruit, Et peut-être coupé quelques arbres à fruit ; Mais ni bouvier ni bœuf dans ce sillon immense,

— En longueur — n'ont porté l'engrais ou la semence. Ils ont creusé, c'est tout. Aucun amendement Ne suivra leur travail fait assez proprement.

Et qui sait si, foulant et chardon et lavande, Ils ont seulement vu qu'ils labouraient la lande !

LES PONSARDINS

Ju*HoMéRE de Ponsard est un Ponsard de race, L'Horace de Ponsard peint Ponsard plus qu'Horace, Ponsard teint en Corneille est Ponsard sous ce fard, Bref, Ponsard ne fait rien qui ne soit tout Ponsard. Ce qui m'ëtonne, il n'est pas seul 1 En quatre lustres, Le public a sacré ponsardisants illustres Saint-rYbars et Ponroy ; tous deux fort gens de bieo, Ayant un certain fond, quelque sens, du maintien. Mais tragiques pourtant. Chacun, à la sourdine, A fait son Torqiuiius en façon ponsardine ; Ouvrages réguliers, cinq actes au compas.

S'en régale qui veut. Ton ne m'y verra pasl Ce sont de ces objets que Pongerville estime ; Ils font peur même aux gens qui supportent la rime

Pongerville, de qui personne n'a lu rien, Est, ditron, le Ponsard antédiluvien.

Dans un autre filon, Àugier, Ponsard comique, Obtint pour la vertu la prime académique.

Augier sur le théâtre amuse posément, Mais on a ri beaucoup à ce couronnement.

Oserai-je en ce lieu nommer Mignet? Je Tosel

Il m'a toujours paru le Ponsard de la prose.

Je hasarde le mot en tremblant, mais je croi

Que la postérité pensera comme moi.

Quand ce docteur parut, on dit : C'est un albâtre.

Froid et beau. Puis : Un stuc. Puis, au toucher : Du plâtre I

Je tremble assez aussi pour le destin de Thiers : Il sera le phénix des Ponsards familiers.

Le succès après lui s'obstine et le décore ; Ainsi fleurit llaimbourg.

— Feuillet, Ponsard encore I (Immense est la famille ; on n'en voit pas la fin.) J'accorde volontiers que c'est un Ponsard fin. Tel il est à Musset comme est l'autre à Corneille, Et comme est au franc vin le franc jus de groseiUe. En ce jus infusant par de subtils travaux Différents alcools ou mondains ou dévots,

miracle de l'art! modérément il grise Gathau pour la vertu, pour le crime Artémise... • Artémise est, je crois, plus prise que Gathau 1 Et c'est pourquoi ce maître a monté le coteau. L'autre jour les Quarante, écartant vingt cabales, L'ont couronné, malgré ses tendances morales. Les Quarante ont bien fait. Où donc eût-on péché Morale plus jolie et style plus léché?

J'applaudis de grand cœur : le choix est littéraire. Feuillet» cher à la cour, aimé de son libraire, Estimé dans Saint-Lô, peut, en sérénité, Porter l'habit de gloire et Tépée -au côté.

Sur les bancs où trôna Tissot, où Dupin trône, *A coup sûr il fait plus que briller, il rayonne. Mais qu'enfin mon suffrage aux autres soit uni, Que me restera-t-il pour la Riccoboni?

Que pourrai-je trouver de louanges sincères Pour cet art délicat si goûté de nos pères, Pour tous ces vieux auteurs de tant de beaux roman», La Fayette, Prévost, le Sage, esprits charmants, Qui sans prétention, causant à verve pleine, Ont en si fin français conté la vie humaine ?

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