ANACRÉON
iliNCORE des airs palpitants I
T'y prendra-t-on toujours, vieux masque ?
Quand finira ce faux printemps ?
N'as-tu pas honte, à soixante ans,
Du thyrse et du tambour de basque I
Ces propos d'aimable vaurien, Ces poses d'amoureux farouche, Pour un barbon le beau maintien!
Comme la bouche en cœur va bien, Quand les dents manquent à la bouche!
Tu vas fredonner aux falots.
Déjà gêné par le catarrhe, Tes vers équipés en brûlots :
Mais lu pèses bien cent kilos, Outre le poids de ta guitare !
Quitte un métier dont les effets Rempliront mal ton espérance :
En amour, malheur aux profès 1 Les novices y sont mieux faits.
Même eh chansons tu sens le rance.
De ton savant psaltérion,
Les grâces enfin sont postiches ;
Le moindre petit Arion
Te soufflera ta Marion,
En lui rimant des acrostiches.
Tu fus jadis beau capitan
Et tes poulets faisaient blessure :
Mais où sont les neiges d'antan i
Cidalise te dit : « Va-t'en
Au fossoyeur donner mesure. )>
Anacréon ou Trissotin, Je t'en conjure par ton ventre Et par ta moustache faux teini .
Laisse là Chimène et Catin 1 .
Tes enfants sont nubiles ; rentie,
Rentre en toi-même, cœur geignant Où Tamour illégal fourmille l Car le spectacle est répugnant, De voir Cupidon ëtreignant Silène père de famille.