‹ SatiresChapitre 23 sur 72 · UN SATIRIQUE · texte numérisé non relu

UN SATIRIQUE

XAUL au bruit du sifflet se lève tout armé.

Ses vers avaient toujours senti le renfermé.

C'était je ne sais quoi ; c'était, en strophes lourdes, Un lointain brouhaha de grandes choses sourdes. Un éternel propos avec les monts, la mer, Et le ciel et les champs : et le tout manquait d'air. Bon travail d'ouvrier, plein de fins coups de lime, Mais, hélas l encor plus ennuyeux que sublime ; Et d'un froid I... Grelottant, maintes fois j'ai songé Que Paul serait parfait s'il était défigé.

Cela se fit un jour, et comme par miracle; J'implorais un dégel, ce fut une débâcle.

Un seul coup de sifflet bri^a l'épais cristal ; On vit déborder l'onde en amopt, on aval.

Et le torrent, mélë d'anciens glaçons lyriques,

Trouble, terreux, rouler aussi de bons distiques,

Des vers vraiment français, lestes, démuselés...

Ils ne sont pas bénins, les lyriques siffles t

Depuis un an ou deux, sans épuiser son ire,

Paul fait un martinet des cordes de sa lyre,

Et, daubant son sifQeur sur les reins, sur les dents,

L'a déjà tout zébré d'alexandrins stridents.

Je n'y vois point de mal, ni personne, je pense :

Tout honnête siffleur braverait cette chance,

Et voudrait voir sortir, dût-il être raillé.

Un Juvénal vivant d'un Virgile empaillé.

Le nôtre a ses défauts. Je hais ses paraboles,

Fades ragoûts, malgré le poivre d'hyperboles !

Il va par trois cents vers et par cinq cents : c'est trop ;

Son bidet jusqu'au bout ne soutient pas le trot.

On peat, sansdemander que toujours il galope,

Réclamer lorsqu'il traîne, et siffler lorsqu'il choppe.

En français, la satire a des droits étendus ;

On lui passe des mots gaillards et défendus :

Elle chasse ; elle court à travers rocs et vases.

On la veut alléger du poids des périphrases.

C'est juste. Mais aussi point d'endroits languissants'

Que tout soit lumineux, rapide, et de bon sens ;

Que je n'entende pas dans l'œuvre satirique

Le fastueux frofti-frou du falbalas lyrique,

Ni rien de ce phébus jadis si prodigué I

J'aimerais bien encor quelquefois qu'on fût gai. Notre homme ne l'est point, tant s'en faut ! Et le pire, Il a l'ambition souvent du mot pour rire.

Son rire, où toujours grince un reste de fureur, Gonvulsif ou pesant, n'est pas même moqueur.

Je l'exhorte à veiller sur ce travers de marque 1 La satire n'a point le tranchet de la Parque, Ni le bonnet sifflant de serpents furieux Que porte Tisiphone en guise de cheveux.

Je me la peins, pour moi, sous les traits d'une femme De trente à quarante ans, avec un œil de flamme, Un corps robuste et sain, des cheveux abondants. Le pied leste, la main fine, et toutes ses dents ; Correcte en ses habits comme en ses mœurs ; peignée, Mais non point ficelée, encor moins renfrognée ; Plutôt de belle humeur en ses fermes propos.

Volontiers gens de bien ont la bile en repos : Ils veulent châtier le sot et l'incapable, Non l'étrangler : le sot n'est pas toujours coupable! Et la satire cache aux plis de ses jupons Le fouet qui ne sert qiîe contre les fripons.

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