‹ SatiresChapitre 51 sur 72 · LE PAPE · texte numérisé non relu

LE PAPE

Au comte CavouT

A RAISON tu le hais ce vieillard magnanime, ministre! 11 te prend le profit de ton crime. Ameute contre lui les peuples et les rois :

Si tu vois le succès de ta fourbe profonde, Tu n'auras fait d'efforts et charpenté le monde Que pour lui tailler une croix.

Si Dieu, pour nous punir, t'accorde la victoire, jPrends ce leurre d'un jour ; mais renonce à la gloire , Renonce à rien fonder qui soit durable et beau : Fils du néant, le crime en subit la tutelle.

Le martyr, dans un pli de sa robe immortelle, Emporte l'espoir du bourreau.

Tes ruses tromperont ta colère ulcérée.

Pour enlacer enfin la colombe sacrée.

Abats Tarbre puissant planté par nos aïeux :

Sa chute frustrera tes attentes cruelles ; Imbécile serpent, la colombe a des ailes ; Tu ne peux pas fermer les cieux.

Parce que le jour baisse et le soleil décline, Tu crois que c*en est fait, et qu'une autre doctrine A Tempire en tes mains joindra la papauté ; Mais l'astre déclinant vers la terre plus sombre, Nain méchant et jaloux, ne grandit que ton ombre, Et te jette à l'obscurité.

Tu te perds dans la nuit, il marche vers l'aurore. D'autres matins suivront d'autres déclins encore, Toujours ce divin mort jaillira du tombeau ; Toujours il usera glaives, chaînes, couronnes; Il sera toujours roi des âmes, et les trônes De ses pieds seront l'escabeau.

Pour ton histoire, à toi, s'il veut qu'on la retienne, Elle pourra remplir un feuillet de la sienne : On y lira qu'avec de l'or et des soldats, A force de forfaits, de ruses, de victoires, Réunissant enfin sur. ton seul nom deux gloires, Tu fus Érostrate et Judas.

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