‹ Satires parisiennes du XIXe siècleChapitre 109 sur 135 · PAGE · texte numérisé non relu

PAGE

Voici une lettre que je dus écrire à M. L'abbé L..., premier aumônier d'un des hôpitaux de Paris :

«Monsieur l'abbé, le 10 de ce mois, le service de Pierre..., mort àl'hôpital de..., avait été fixé pour huit heure?. A neuf heures, le corps d'une autre personne devait être seulement présenté à la chapelle. Pierre... n'est pas de ma famille; mais comme c'était un homme de bien que j'estimais beaucoup, un vieux domestique que je connaissais depuis quinze ans, je nie serais reproché de ne pas lui rendre les derniers devoirs. Son beau-frère ayant payé pour la messe chantée qui a été célébrée, fut fort étonné de voir à l'église deux corps au lieu d'un. Sur sa demande et celle des autres parents, j'allai chez vous, monsieur, vous adresser mes humbles observations là-dessus. Vous vous rappelez sans doute, monsieur, la scène violente que vous m'avez faite dans la Cour, devant témoins, vos vociférations dans la sacristie, et les trois ou quatre apostrophes, à baute voix, au milieu du service funèbre qui interrompiez. Vous étiez blanc de col» re, monsieur, i i je m'étonne que vous ayez osé, dans cet état, célébrer le sacrifice du Dieu de paix. Vous avez été un sujet de scandale [ r les ramilles des deux personnes défuntes. Puis, vous avez dit que vous aviez le droit, axant reçu le prix d'une messe, de la faire servir à deux personnes. Vous n'étiez pas dans un cas d'épidémie, el si vous vouliez faire uni a rosité à l'un des deux

morts, elle devait être de votre bourse et non aux dépens d'autrui; je vous répéterai ce que vous m'avez forcé de vous dire, quand vous m'avez interpellé dans l'église : « Je suis professeur, je donne à chacun son heure de leçon séparément. » Ensuite vous avez supprimé une partie du Dies irœ, interrompu les chantres qui chantaient le De profundis, et vous l'avez récité. Puis enfin, vous avez fait retirer le corps qui avait payé la messe, afin qu'il ne participât point aux quelques prières dites en faveur de celui qui avait profité de la messe de l'autre. Vous étiez si hideux dans votre colère, monsieur, que vous m'avez donné une utile leçon pour toute ma vie, et pour cela je vous remercie. J'ai voulu laisser passer dix jours avant de vous écrire et de vous dire que, professant depuis bientôt vingt et un ans dans les familles les plus distinguées, quim'ont conservé leur amitié, je ne suis aucunement habitué à un langage et à un ton semblables aux vôtres; et mon étonnement a été grand de voir un ministre du Dieu patient oublier toutes les convenances de son état et se livrer à des excès de fureur à peine concevables dans un mécréant. Maintenant, puisque je me suis assuré que vous n'aviez pas le droit, dans le cas présent, de faire ce qu'il vous a plu d'imposer, je vous préviens, monsieur, que je forme une plainte contre vous, à qui de droit. Je suis, etc. — 19 août 1858. »

M. L... m'a renvoyé ma lettre, en me disant qu'il se moque de ma plainte; elle n'en est pas moins allée tenir compagnie à d'autres plaintes, dans le dossier qui le concerne.

Page 1