‹ Satires parisiennes du XIXe siècleChapitre 111 sur 135 · II. — PAGE · texte numérisé non relu

II. — PAGE

Sans doute on trouvera plus facilement dans un dictionnaire historique les noms des abbés Mingrat et Delacollonge, que ceux de quelquesuns de ces hommes si rares qui exercent la charité spontanément, sans conditions, comme le veut l'Évangile, comme la pratiquait l'abbé de Rostaing, curé d'Ambert (Puy-de-Dôme). Jamais, m'a-t-on ass n'avait plus d'un vêtement, celui qu'il portait. Ses cinquante mille francs de rente appartenaient aux malheureux. A sa mort, arrivée vers 1834, on ne trouva rien chez lui; seulement, tous les pauvres qu'il avait secourus étaient présents, et ils déclarèrent nettement à sa famille que c'était à eux qu'appartenait le droit d'élever un tombeau à leur père, et ils tinrent parole.

C'était aussi la charité du bon Samaritain, et par conséquent du Christ, auteur de cette parabole, qu'exerçait l'abbé Perrin, mort il y a sept ou huit ans, dont la mémoire est si chère aux Lyonnais.

C'est ainsi que se conduit l'abbé Angelvin, aumônier des prisons à Clermont; il n'apparaît chez les riches, m'a-t-on dit, que lorsqu'il n'a plus rien à donner aux pauvres, dont il ne quitte point les greniers.

Pour moi, j'ai eu le bonheur de connaître un homme, ou plutôt un saint, un apôtre dans toute la douceur évangélique de ce mot: c'est l'abbé Collignon, curé de Saint-Germain en Laye,mort en 184 î, à près de quatre-vingt-dix ans. Un jour de distribution de prix, ce vénérable et majestueux vieillard me posa à moi, jeune enfant, une modeste couronne sur le front, il me dit tout bas à l'oreille quelques paroles qui me p rent jusqu'au fond de Pâme, et quand il m'embrassa, je crus être embrassé par Dieu lui même. Mais je ne suis pas le seul qu'ait électrisé sa vertu : tous ceux qui l'ont connu s'en souviennenl avec attendrissement. « Son cœur était .-impie, sou àme presque naïve, » écrivait il y a quelques années un de mes amis de classes, « et son esprit sérieux et cultivé... Sa foi était complète et sincère, mais sans emportement, sansrancune, sans attaque; elle étail bonne el grande comme la religion quil'avait fait naître, elle devenail puissante comme elle... 11 voulait descendre au fond des 'unes, il voulait convaincre, il voulait attacher sérieusement... M Collignon avait encore une vertu pour rattacher à lui : c'était la tolérance, la tolérance éclairée par la bienveillance et La religion; il n'était pas facile comme l'insouciance, il était indulgent comme le pardon. .. En môme temps, il était sévère pour lui et il disait souvent : « Celui gui veut être en paix avec les autres doit toujours être

en guerre avec lui-même... » Il n'avait pas de biens à lui, tout était aux pauvres; il vivait en anachorète, seul et retiré... Et comme il était ardent, ingénieux, dévoué pour donner du secours! Ni son grand âge, ni ses fatigues, ni le froid, ni le danger des nuits d'hiver ne pouvaient l'arrêter. Il faisait ce qu'il demandait aux autres de faire... Il avait une foi profonde et il savait la communiquer aux autres; il faisait la charité sans réserves... Il est vraiment pour moi l'homme de Dieu.» (M. Alph. Renard, journal l 'Industriel de Saint -Germain, 16 décembre 1854.)

« Le temps est gros de l'avenir » (Frédéric); c'est sur l'avenir qu'il faut peser les démarches présentes. .. Lisez dans l'avenir, découvrez-y le maximum de bonheur auquel vous puissiez atteindre, et n'hésitez pas à prendre la résolution qui peut vous y conduire... Nous ne devons pas toujours faire ce que nous voulons, mais ce que nous devons vouloir pour le bien général.

(Mon père, Adresse aux deux chambres et à la nation française, 1815, p. 4, 16.

Parce, Domine, parce populo tuo, Ne in œternum irascaris nobis!

Épargne, Seigneur, épargne ton peuple, Ne sois pas éternellement irrité contre nous !

Grâce, grâce, mon Dieu ! prends pitié de nos larmes,

Soulage-nous dans la douleur!

Arrache tes enfants à la fureur des armes,

Que dis-je? à leur propre fureur!

Ils ne connaissent plus ton sublime Évangile;

Ouvre donc leur cœur à tes lois; Dans leur âme où sévit un intérêt servile,

Ah ! daigne reprendre tes droits !

« Aimez-vous, » as-tu dit, « comme un essaim de frères

« Comme moi je vous aime tous; « Loin de les aggraver, allégez les misères

« De ceux qui souffrent parmi vous.

« Si je suis mort pour vous, vivez pour moi ! La terre

« S'arrose, depuis trop longtemps, « D'un sang qui m'appartient; car je suis votre père « Et vous tous êtes mes enfants. »

Pour étouffer enfin nos discordes cruelles, Dieu! suscite un libérateur!

La mort brise les corps; nos funestes querelles Nous désorganisent le cœur.

Noire cœur ulcéré n'est plus que pourriture :

C'est un poison contagieux; Toi seul tu peux guérir ta pauvre créature;

Fais pleuvoir le baume des cieux !

Veux-tu nous replonger dans l'affreux pôle-môle

Du cbaos d'où tu nous tiras; Veux-tu que, désormais, une race nouvelle

De nos débris germe ici-bas?

Ne veux-tu que punir notre orgueil téméraire

Qui s'insurge contre ta loi , Afin de nous prouver que tout, sur cette terre,

N'est que confusion sans toi ?

L'homme qu'ont ébloui les sciences humaines.

Fait divorce avec la raison; Prend pour réalité des illusions vaines.

Pour nectar un fatal poison.

Nous avons oublié la science suprême.

La simple el douée Charité!

Dupes de noire orgueil, dupes de Satan môme,

Nous lacérons la Vérité,

Toi seul es grand. Seigneur! aux puissants de la terre Tu communiques ton pouvoir;

PARCE, DOMIME!

S'ils en ont abusé, que ta voix de tonnerre Les rappelle enfin au devoir !

Apprends à l'univers que ta bonté se lasse,

Parle donc ! qu'il te soit soumis !

Que ta volonté reste en ce monde où tout passe...

Les tyrans sont tes ennemis !

Nous avons tous péché, grâce, et non pas justice!

Car nous méritons notre sort; Oui, par pitié, Seigneur, Seigneur sois-nous propice,

Petits ou grands, nous avons tort !

Le puissant qui commande a la parole dure...

Toi tu parles avec douceur ; Le faible ne saurait obéir sans murmure...

Et toi, tu fus humble de cœur.

Ceux même qui devraient connaître l'Évangile,

Puisqu'ils nous expliquent ta loi, Se retranchent, hélas ! comme un troupeau servile

Derrière cet odieux... Moi !

Eux, nos sacrés pasteurs, eux, les chefs de l'Église,

Tes représentants ici-bas!...

Quelle est leur mission? Oui, quelle est leur devise?

Est-ce la paix ou les combats ?

Que l'amour du prochain soit leur plus chère étude;

Ton souffle doit les animer ; Puissent-ils désormais, par leur mansuétude,

Nous forcer à nous entr'aimer !

Mais je vois les mortels tous saisis de vrertige;

Ils renient leur devoir, l'honneur; Comme la (leur des champs qui sèche sur sa tige, Ils n'ont plus la sève du cœur.

i) Seigneur! ta bonté nous ménageait des pères

Quand aux rois tu nous as soumis; Nous sommes les enfants, nous sommes donc tous frères

Les frères doivent être amis.

Tu colores les fleurs de mille et mille teintes,

Et dans les champs si spacieux Que dore ton soleil, ta main qui les a peintes

Leur verse les trésors des cieux.

Seigneur, tu varias, dans les diverses zones.

Les hommes ainsi que les fleurs :

Mais si tes fils sont blancs, rouges, noirs ou bien jaunes

Tu n'as pas pour eux plusieurs cœurs.

Un seul et même amour nous unit, nous enlace

Dans les profondeurs de ton sein ; Tu veux nous sauver tous et ne fais point de grâce

A ceux qui troublent ton dessein.

Tremblez, tremblez, cruels! vous donl la tyrannie

Fil blasphémer le Dieu d'amour. Vos victimes \erronl votre triste agonie. Seront vos juges à leur tour!

CeF chrétiens d'outre-mer qui. de leur république

Me font si haut sonner les lois.

Chassent leurs frères noirs, dans la libre Amérique, Comme nous les cerfs clans les bois.

Le monde est un bazar où des frères infâmes

Vendent leurs frères un peu d'or ; Où l'on vend l'opium qui dégrade les âmes

De ceux qu'on ne peut vendre encor.

Faut-il que des chrétiens, surtout des catholiques,

Soient les monstres de l'univers , Qu'ils osent à la fois, dans leurs mains frénétiques.

Tenir l'Évangileet des fers!

Les hommes aveuglés par leurs fureurs jalouses

Rivalisent en cruautés; Les blancs mangent les noirs, les jaunes et les rouges.

Les blancs se sont-ils respectés?

Au tribunal de Dieu j'en appelle!... Les hommes

N'ont maintenant plus d'étendard; Car nous, que l'Évangile a fait ce que nous sommes,

Nous perdons le point de départ.

Vieille Europe, foyer de la pure lumière,

Sur le monde fais-la jaillir...

Mais garde-toi surtout de faillir la première :

Tu n'as pas le droit de faillir !

Montre à tout l'univers ta sagesse profonde;

Que ton exemple soit sa loi !

Cet ascendant sacré qui subjugue et féconde,

Tu le puiseras dans la Foi.

Aimer Dieu, son prochain, voilà tout l'Évangile,

Voilà le code du bonheur; Fais-le donc respecter ; la loi n'est pas stérile

Quand le cœur est législateur.

Dieu, qu'en ton nom sacré l'on fait de barbaries !

Toi qui ne veux que la douceur, Toi notre ami commun, qui vainement nous cries :

« Je suis l'amour, non la terreur ! »

Qu'est devenue, hélas! la primitive Église

Qui tendait la tète aux bourreaux?

Souffrir et pardonner, telle était sa devise :

Pour elle étaient les échafauds.

L'Eglise alors brillait... pauvre comme son Maître;

Humble, on ne pouvait la léser; Mais le Judas de l'or ose aujourd'hui paraître.

Et la trahit par un baiser!

Ah ! comment pourrions-nous, fragiles que nous sommes

Braver les pompes de Satan, Quand l'Église, qui doit édifier les hommes,

Courbe le front sous le tyran ?

Se peut-il, ô Seigneur ! que l'Église rejette

Ses trésors d'abnégation?

Heine, épouse de Dieu . serait-elle sujette

De lapins nie passion?

Son royaume n'est poinl de ce monde; la lerre Est trop indigne de ses yeux :

Elle est notre avocate, une intermédiaire Entre ce bas monde et les cieux.

Nulle autre ambition que la gloire divine

Ne doit animer ses labeurs ; Dieu, pour qui tous nos biens ne sont qu'une sentine,

Ne demande rien que d-es coeurs *.

Seigneur, loi qui naquis dans une pauvre crèche,

Toi le plus humble de tes saints, Tu ne souffriras pas qu on ose battre en brèche

Tes évangéliques desseins.

Les temps sont-ils venus où le Dieu de justice

Demande compte aux prêtres-rois D'un luxe qu'il abhorre... il faut qu'il les punisse

S'ils ont deux maîtres à la fois.

A ton propre clergé tu livreras bataille;

Son orgueil a blessé tes yeux ;

Mais tu le grandiras au niveau de ta taille

En l'arrachant à ses faux dieux.

Ah t rappelle l'Église à son rôle de mère !

Ses conquêtes... ce sont nos cœurs t Ses domaines... A qui léguas-tu ton Calvaire

Tout plein de ton sang, de tes pleurs?

* On ne dira pas : il (le royaume de Dieu) est ici ou il est là ; car voici que le royaume de Dieu est au dedans de vous.

(S. Luc, XVII, 21.)

Qu'entre le fort qui frappe et Je faible qui plie

Elle interpose un bras puissant :

Le lion même rend à la mère qui crie

Son plus beau trésor..., son enfant.

Oh ! combien de ses fils dans l'un et l'autre monde

Gémissent sous le poids des fers !

Une croix à la main, qu'elle fasse sa ronde

Autour de l'immense univers.

Que je voudrais la voir, renversant les entraves.

Ouvrir à tous, ses vastes bras, Et s'écrier : « Mes fils, désormais plus d'esclaves.

« Car l'Évangile n'en veut pas ! »

« Oui, je suis, chers enfants, votre meilleure mère ;

« Je vous le prouve dans ce jour; « Abjurez vos erreurs; pour votre divin Père

« Entonnez l'hosanna d'amour ! »

« Je veux, auprès des rois, moi, plaider voire cause:

« Dieu, qui partagea l'univers, « A leur ambition pour limites impose

« Langues, montagnes, fleuves, mers. »

i Que sous les mêmes lois, les mêmes idiomes

« Se groupent donc en liberté; « Dieu môme a, de sa main, découpé les royaumes

« Pour le bien de l'humanité. »

o généreuse France, ô fille de l'Église,

Mon beau pays, mon tendre amour!

Tu connais l'Évangile et lui restes soumise Toujours ainsi qu'au premier jour.

Organe du grand Dieu qui bénit ta puissance *

Avec un amour sans pareil, Tu voles au progrès, comme l'aigle s'élance,

Les yeux fixés sur le soleil !

Plane, plane au-dessus des nations du monde,

Puisque le ciel l'a décrété; Inonde-les des flots de ta clarté féconde,

Des splendeurs de la vérité !

France, marche en avant! c'est Dieu qui te l'ordonne,

Tu ne peux lui désobéir ; C'est Dieu qui t'a fondée et c'est Dieu qui te donne

Le mot d'ordre de l'avenir !

0 sainte Église et toi, France, sa noble émule,

Le ciel vous révéla son plan; Ne vous arrêtez point! qui s'arrête, recule,

Quand c'est Dieu qui donne l'élan !

Allez porter la paix aux peuples qui soupirent;

Soyez leur ancre de salut; Mais si, moins forts d'amour, tes amis se retirent,

Seule, ô France, va droit au but!...

Gesta Dei per Francos, Exploits de Dieu par la main des Français, tel est le titre d'un récit des Croisades, publié en 1611 par J. Bongars.

Dieu,ijiic ton règne arrive et non relui des hommes!

Et que ta sainte volonté Soit faite dans les deux, sur la terre où nous sommes.

Ce tombeau de la Chanté.

7 mars 1860.

Les pièces suivantes doivent faire partie d'un recueil que je publierai sous ce titre, dont j'ai voulu, dès aujourd'hui, prendre possession.

Page 1