PREMIÈRES RÊVERIES
Pourquoi fuir, bel enfant, Tes compagnes chéries?
Pourquoi fuir les prairies Où souvent.
Agile gazelle, En Ion léger vol, Tu rasais du sol Les fleurs, l'herbe nouvelle ?
Pourquoi du sombre bois.
Pensive et solitaire , Rechercher le mystère?...
Aux accords de ta voix Les oiseaux du bocage
Ne répondent plus Par leur doux ramage. Que sont-ils devenus Ces jours d'heureuse ivresse ?
Maintenant Quelle douleur oppresse Ton beau sein palpitanl ?
Les doux feu \ ili1 l'Aurore
Font bientôt éclore
La champêtre fleur...
Frais bouton de rose.
Ton sensible dvwv
Où l'amour repose
Inconnu si longtemps, S'épanouit sans doute Au soleil de quinze ans...
Mais tu parles.... j'écoute :
« Allez, tristes plaisirs
« Qui charmiez mon enfance;
« A de nouveaux désirs
« Mon cœur enfin s'élance. »
« Oh ! pour moi, quel bonheur « Si je pouvais entendre « Ce mot !... dit à ma sœur, « Ce mot, si doux, si .tendre ! »
« Il a dit à ma sœur, « Ah! je le vois encore, « Ce jeune et beau seigneur, « Je t'aime, je -t'adore 1 »
« Oh ! bien belle est ma sœur !
« El. moi, suis-je moins belle ?
« Elle a donné son cœur, « Je veux aimer comme elle. >
« Hélas! qui m'aimera?
« Gravée en traits de flamme,
« Qui donc enfin lira
« Ma pensée en mon âme? »
« Tout couvert de lauri«r<.
« Est-ce un beau capitaine
« Qui doit dire, à mes pieds a Bel ange, sois ma reine ? i
Fût-il beau comme toi L'objet de ton doux songe, N'y pense plus, crois-moi, Car tout songe est mensonge.
Fuis encore longtemps Un perfide mirage ; N'attire pas l'orage Sur ton heureux printemps ; Assez tôt la tempête Grondera sur ta fête...
Comme le papillon.
Folâtre insouciante, Dans la plaine riante Que le premier rayon De l'œil de la nature
Émaille de fleurs; Orne ta chevelure De leurs riches couleurs...
Ne va plus, jeune fille, Dans la sombre charmille, Rôveuse, soupirer VA pleurer...
Bannis un rêve Oui t'enlève
La paix du cœur; Prolonge ion enfance:
L'âge de l'innocence Est l'âge du bonheur.