‹ Satires parisiennes du XIXe siècleChapitre 122 sur 135 · L'ERMITE · texte numérisé non relu

L'ERMITE

Mon père, daignez, s'il vous plaît, M'accueillir dans voire chaumière..

Car. depuis l'aube matinière.

J'erre incertain dans la forêt.

— Entrez, mon fils, répond l'ermile, Asseyez-vous près du foyer.

Et je vais préparer bien vite.

De simples mets pour vous fortifier.

Ce que j'offre est si peu de chose !

C'est ce que je possède enfin :

L'humble abri d'une chambre close !

Du lait, du beurre, et puis du pain.

— Merci, grand merci, mon père, Dit le jeune homme en s'inclinanl,

Dieu vous en tiendra compte... Eh » que pourrais-je faire. Pauvre. .. et seul maintenant ?

Le ciel à mes vœux favorable.

Vous rende plus heureux que moi!

— Quoi ! votre sort est-il si misérable :' Une femme a trahi sa foi...

Voilà ce qui vous désespère.

— IMùl à Dieu qu'il en lui a:nsi!

J'aurais dû l'oublier, mais le puis-je, mon père ?... Elle élail belle el \ ertueuse aussi !... Tendre fleur au malin éclose, Le soir, hélas, a vu sa fin :

Tel est le destin de la rose, Et tel fut son destin.

— Mon fils, reprit le solitaire, Calme tes transports douloureux; Aux maux qui nous frappent sur terre.

Opposons un cœur courageux.

— Votre précepte est la sagesse même,

J'ai tort de murmurer; Lorsque l'on perd tout ce qu'on aime, 11 ne suffit pas de pleurer.

Aussi, pour finir ma misère, Je vais sur la rive étrangère,

Chercher dans les combats Un doux et glorieux trépas.

— Jeune homme, si votre maîtresse Vous entendait, comme moi, croyez-vous

Qu'elle pourrait voir, sans courroux,

Dans son amant tant de faiblesse?

Sans doute, il faut verser des pleurs

Quand tombe une tête chérie; C'est le premier mouvement de nos cœurs ; Mai* devons-nous, augmentant nos douleurs.

Prendre en aversion la vie?

Moi-même, hélas, voyant mourir

Le cher objet de ma tendresse,

Celle qui devait soutenir

Les pas tremblants de ma vieillesse,

N'ai-je pas donné libre cours

Au torrent de mes justes larmes?

A m'en repaître tous les jours.

N'ai-je pas trouvé mille charmes?

Mais l'horrible penser

De hâter mon heure suprême,

Dans ma plus grande douleur même.

N'est jamais venu m'oppresser ;

Je recherchai la solitude :

Je voulus, habitant de ce sauvage lieu.

Suivre cette douce habitude

De ne vivre plus que pour Dieu.

Le Seigneur voyant ma misère, Ma résignation, hélas! dans mon malheur, A versé dans le cœur d'un infortuné père.

Quelque baume consolateur...

Vois-lu ce tertre vert où mille fleurs nouvelles

Étalent leurs riches couleurs ?

Sais-tu qu'il cache aux yeux la dépouille mortelle De celle qui m'a causé tant de pleins ?

Là, dès que l'aube matinière,

Dore les coteaux d'alentour,

Je vais commencer ma prière.

Et je m'adresse tour à tour

Au grand Dieu, maître du tonnerre,

A son auguste et sainte Mère,

A tous les esprits bienheureux...

El quelquefois je me ligure

Voir descendre, du haut des cieux,

Une forme céleste et pure...

Elle vient à moi souriant.. .

C'est ma fille!... et s'agenouillanl

Sur sa tombe, au milieu des roses.

De ses lèvres à demi closes

Elle presse la croix de huis;

Puis, quand j'ai fini ma prière,

Je la vois,

Ainsi qu'une vapeur légère, Fuir, se dissiper dans les airs...

Au séjour des sacrés concerts Si tu portes le saint cantique Qu'exhale ma tremblante voix, Ma fille!... un chant redit par ta bouche angélique

Doit plaire au Roi des rois!...

Tout en elle était beau : le corps, l'esprit et l'âme. Ces dons charmants causèrent son malheur. Elle brûlait, mais d'une chaste flamme, Pour un jeune seigneur.

Je ne le vis jamais; une lointaine guerre Me retenait dans un autre hémisphère, Quand il obtint et sa main et sa foi. Il était bien cligne de toi, Pauvre fleur si tôt moissonnée!

Encore quelques jours et les nœuds d'hyménée Les avaient unis...

Mais un prince ayant vu ma fille En devint brusquement épris.

Croyant que l'éclat dont il brille Va soudain fasciner ses yeux, Il vient, il découvre ses feux...

Mais de ma fille il n'obtient autre chose Que des mépris...

Eh ! qu'importe? Il la veut, il la veut à tout prix !. Deux jours après, à la nuit close, Il me la volait Et la recelait Loin, bien loin de notre famille...

Pour la fléchir, en vain aux regards de ma fille Il étale tous ses trésors. ..

3no FIEE ET MIEL.

Lassé de ses dédains, il résolul alors

Do prendre par la violence Ce qu'il ne pouvait pas espérer autrement; Mais au moi ne m

Où d'une femme sans défense

Le monstre va ravir l'honneur,

Ma fille tombe prosternée

Aux pieds du lâche suborneur...

Elle s'était empoisonnée !!!..

Eh bien! mon fils, comprends-tu ma douleur0... — C'est elle ! Chère Inès!... Quoi! vous êtes son père?

Le père de ma chère Inès!

Oui, je veux demeurer près des tristes cyprès Qui protègent, hélas, son urne cinéraire:

Oui, je veux rester dans ce lieu :

Et comme vous, dans cet asile Tranquille, Consacrer tous mes jours au service de Dieu.

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