‹ Satires parisiennes du XIXe siècleChapitre 124 sur 135 · LÀ VAPEUR · texte numérisé non relu

LÀ VAPEUR

Docili ruine igné sitperbus

Trajicit Oceanum, flamma duce et ausuice pamma JS'unc simul innexisrapida v )lal impete rhedts, Ferratosque legit, volucris velut œlhera, tractus.

Vainqueur du feu qui lui ob-it. tantôt l'homme traverse l'Océan, conduit par i;i Gamme, pi

la flamme; tantôt dans une longue suite de chars, il glisse sur des voies ferrées, aussi prompt que l'oiseau dans l'air.

(H. EUGAtJLT, le Daguerréotype, pièce couronnée au grand concours en 1839J

Quand je songe aux tombeaux, gigantesques débris

Que l'Egypte offre encore à nos regards surpris :

Quand je vois l'homme, à l'onde imposant des barrières,

De leur lit primitif expulser les rivières:

Aplanir ces hauts monts dont les fronts orgueilleux,

Rendez-Vous de l'orage, allaient fçapper les cieux;

Du tonnerre, à la voix terrible et .menaçante,

Conjurer, enchaîner la fureur impulsante ;

Conquérir sur la mer. qui cherche à l'engloutir.

Le terrain où sans crainte il se plut à bâtir;

Quand je l'observe, dis-je, armé d'une autre foudre,

D'un mot, d'un geste seul réduire toul eu poudre :

Je m'écrie : Est-ce là cel êtresi petit,

Si fragile de corps, qu'un rien anéantit,

Qui passe, disparaît comme une ombre? Il me semble

Cire nu dieu qui commande aux éléments ensemblel

— .Mais, sans doute, épuisé de ses premiers travaux.

L'homme ne pr< t plus de prodiges nouveaux.

il se repose... Non ! car la vigueur humaine

Est loin de son déclin. Si, pour reprendre haleine,

L'homme un instant s'arrête, il repart aussitôt,

Et son vaste génie alors vole plus haut.

D'ailleurs, ouvrez les yeux, regardez s'il sommeille...

Il dote l'univers encor d'une merveille.

Heureuse découverte, admirable trésor! Oui, le libre génie, en son rapide essor, Ne connaît point de borne, ignore les entraves. Il arrache à leur joug les nations esclaves, Et sur le monde entier s'épanchent ses faveurs Ainsi que la rosée, au matin, sur les fleurs.

0 docte antiquité, des arts illustre mère,

Dont la science encor nous charme et nous éclaire,

Nous l'avons dépassée en nos inventions ;

Tu dois céder la palme aux jeunes nations

Elles qui du savoir reculent les limites*

Mais quel honneur pour toi de les avoir instruites !

Tu leur as épargné d'infructueux essais,

Tu leur ouvris la route et hâtas leurs succès.

Aujourd'hui toutefois, elles n'ont plus de maître;

Les chefs-d'œuvre si grands qui viennent d'apparaître,

Et qu'avec tant d'ardeur notre siècle cherchait,

Portent sur eux empreint le moderne cachet.

Peut-être a^ais-tu vu, dans la vapeur subtile

Que l'onde en s'échauffant autour d'elle distille,

L'emblème du néant des choses d'ici-bas?

Mais son pouvoir, jamais tu ne le soupçonnas !

Est-ce loi qui saisis, d'une main souveraine,

Cette force, au-dessus de toute force humaine,

Qui t'appris à guider ce moteur si puissant, De nos travaux sans nombre infatigable agenl ?

Observez ce coursier qui bondil dans la plaine;

il part, et dans son vol notre œil le suit à peine,

Il fuit, on le dirait par les vents emporté.

Tanl il franchit l'espace avec rapidité.

Mais, trop lent à son gré, l'homme enfin le néglige;

11 a conslruit des chars que la vapeur dirige.

Sur le sol sillonné de longs rubans de f r.

Ils glissent avec ordre, aussi prompts que l'éclair,

Entraînant sans effort une foule bruyante,

Ainsi que l'aquilon la Heur des champs mourant.'.

La vapeur I elle emporte, en son fougueux élan,

Ces navires légers qui fendent l'Océan.

Et de l'homme toujours utile auxiliaire,

Semble donner la vie à l'inerte matière.

Mais avant que docile elle sût obéir.

Que de luttes contre elle il fallut soutenir !

Non, il n'est point de siècle au nôtre c parable;

Plus vertueux sans doute il serait préférable, Mais que d'art, de science en ses travaux divers! Soit que l'homme dispute aux habitants des airs Les campagnes des deux, leur antique apanage, Et comme eux. sans pâlir, il perce le nuage, Au ballon qui l'enlève abandonnant son suri : Sur le lil de métal qu'il disposa d'abord. Prompt comme la pensée .1 fidèle estafette, Soit qu'un éclair au loin, en un clin d'œil transmette

Par des signaux connus ce qu'on lui confia ; Soit que l'argent auquel l'iode s'allia, Reproduise à l'instant une image durable Des objets présentés sous un ciel favorable, Tout prouve que sublime en ses conceptions, Notre âge est 1- âge-roi par ses créations.

Voilà donc des mortels les immortels ouvrages! En voyant de notre art les pompeux témoignages, Je bénis dans mon cœur le Maître souverain, Source de la science et du génie humain.

A quel peuple appartient cette noble conquête?

Ali! laissez-moi gémir... C'est nous qui l'avions faite !

Et les fiers habitants de l'antique Albion,

Les éternels rivaux de notre nation,

En possèdent encor l'illégitime gloire.

Oui, deux Français, à peine en parle notre histoire,

Avaient de la vapeur proclamé les effets ;

Leur voix fut sans écho, leurs efforts sans succès.

Ah ! d'un siècle fameux coupable indifférence !

Albion récolta ce que sema la France1.

La Grèce, les mettant au nombre des héros.

Eût confié leurs traits au marbre de Paros,

D'une orgueilleuse main composé leurs couronnes,

Et buriné leurs noms sur l'airain des colonnes !...

Et nous!... Je cherche en vain, avec étonnement.

De nos honneurs tardifs un humble monument.

0 France, désormais tu peux voler aux armes ! Tes enfants répondront au premier cri d'alarmes ;

Surs de ce vil repos et montre à l'étranger Que tu sais le punir quand il t'ose outrager; La vapeur entraînant tes légions fidèles, Tu pourras subjuguer cent peuples avec elles. Ah! si l'on avait su diriger la vapeur, Quand à Napoléon souriait le bonheur!

Glissant victorieux sur la terre el sur l'onde, Il a conquis l'Europe, il eût conquis le monde.

L'imprimerie est riche en nobles résultais ;

Elle civilisa les modernes États

En propageant au loin, sur le double hémisphère

Les précieux travaux des enfants de la terre;

Elle donna naissance à des relations

D'amitié, de talent, parmi les nations.

Et sut les préparer au grand jour qui commence.

Où la vapeur enfin, effaçant la distance.

Fait des peuples divers, par sa rapidité,

Comme les habitants de la même cité.

NOTE

1. M. Arago, le premier, a restitué à la France et àSalomon deCaus, né eu Normandie, où il est mort en L630, l'honneur de ladécouterte des propriétés de la vapeur comme force motrice, que les Anglais attribuaient au marquis de Woreester*.

Denis Papin, né àBlois en 1647, se retira en Allemagne après la révocation de l'édit do Nantes; il mourut en 1710. 11 a publié en 1690 un

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mémoire sur l'emploi de la vapeur comme moteur universel. M. Kuhlmann, professeur à Hanovre, a même découvert en 1852 des documents qui constatent que Papin a fait construire, sur la Fulde, un bateau à roues mues par une machine à vapeur *.

Nicolas Cugnot, né à Void (Lorraine) en 1725, mort à Paris en 1804, construisit vers 1770 la première voiture à vapeur. De nos jours, MM. Seguin et Pelletan ont mis les locomotives en état de rendre les services auxquels elles sont destinées.

« Il suffit d'avoir assisté à une inauguration pour se faire une idée des bienfaits que les populations attendent d'une voie nouvelle. Une inauguration de chemin de fer est un séduisant tableau, où, au milieu des habitants de la localité et des environs, parés d'habits de fête, au milieu des autorités, au milieu des soldats rangés sur les deux côtés de la voie, la locomotive s'avance, ornée de fleurs, comme une conquérante pacifique, etc. » {Extrait de la page 238 de la curieuse et savante thèse pour le doctorat, sur la législation des chemins de fer, par mon jeune ami M. Anthony Bresson, avocat à la cour impériale. — Paris, Napoléon Chaix, 1858.)

Ainsi que M. Perdonnet le faisait remarquer clans l'un de ses cours; les chemins de fer n'ont point enlevé, mais seulement déplacé le mouvement pour les voies ordinaires; les canaux mêmes y ont gagné.

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