LA JEUNE ESCLAVE
Le disque enflammé du soleil Près de terminer sa carrière, De son dernier jet de lumière Illuminait le flot vermeil ; Les oiseaux cessaient leur ramage Et s'endormaient, sous le feuillage, De la douce paix du bonheur; Les fleurs parfumaient la nature, Et sur la mer tranquille et pure Régnait un calme inspirateur.
Enfant, pourquoi te diriger Vers le rivage, et, solitaire, Fixer ton œil sur l'onde amère, Et paraître l'interroger?
Qui peut, sur le gouffre perfide, Arrêter ton regard avide ?
Retourne à tes bosquets fleuris, Abandonne l'humide plage:
Va retrouver, sous le bocage, Les jeux, les amours et les ris.
Ah! je vois l'objet de tes vœux ; Cette nef qui glisse en silence, Sur le dos de la mer immense, Fait palpiter ton sein joyeux ;
Bile porte, <*» bonheur extrême, L'heureux mortel que tou cœur aiD Il est donc enfin de retour!
Dans ses bras, serrant sa maîtresse, Comme il va bannir la tristesse Avec un long baiser d'amour!
Fuis, mon enfant, èloigne-toil Ce n'est pas cette nef si chère...
C'est la redoutable galère Du pirate horrible et sans foi...
Il n'est plus temps ! Déjà l'infâme S'empare de la jeune femme...
Le navire, fendant les eaux, A bientôt, sur une autre rive.
Emporté la pauvre captive...
Résistera-t-elle à ses maux?
Adieu tes doux rêves d'un jour!...
Sur toi verse-t-il une larme?
Vnc autre peut-être le charme, Lui. ion premier, ton seul amour!
Loin du beau ciel de la pairie.
Ta jeune âme sera flétrie, Et lu mourras dans Ion printemps, Là-bas. dans sa triste chaumière, Oui (Loi. • fermera la paupière D'un père courbé SOUS les ans:'
In joui-, dans ce pays maudit, Le cœur bondissani d'allégresse.
Un jeune homme aborde; il s'empresse De revoir celle qu'il chérit.. .
Il a racheté la captive :
Plein d'espoir, près d'elle, il arrive : « C'est moi!... j'ai traversé les mers, « Pour délivrer tout ce que j'aime !... » Plus prompte, hélas! que l'amour même.
La mort avait brisé ses fers !..