A MON FILLEUL ET PUPILLE
En lui donnant le Dictionnaire historique de MM. Dezobry et Bachelet.
Mon bon petit Henri, je le reconnais, lire,
C'est un besoin, pour toi, c'est un bonheur; Reçois donc cet ouvrage, un peu gros; à vrai dire,
Des gros livres lu n'a pas peur.
Là, sont rangés, par ordre alphabétique.
Beaucoup d'hommes bons ou mauvais.
Qu'à suivre les premiers ton cœur loyal s'applique : Quant aux seconds déjà tu maudis leurs forfaits. Aussi j'ose espérer que tu suivras la route
Que suivent les gens vertueux; [doute,
Tu comprendras plus tard, mieux qu'aujourd'hui sans Qu'il n'est pas de moyen plus sûr pour être heureux. Garde-toi, mon ami, d'oublier que ton maître,
A toi qui n'es encore qu'un enfant, Comme au plus puissant roi que la terre ait vu naître,
C'est Dieu ! crois en Dieu fermement !
Reste insensible aux moqueries
De ceux qui sont trop orgueilleux Pour supporter un être au-dessus d'eux.
Ne tombe point non plus dans les mesquineries De ces hommes étroits qui taillent le Seigneur
A la mesure de leur cœur.
Dieu, notre père, est grand : il veut de grandes choses,
Faciles d'exécution,
Car sa douce religion A moins d'épines que de ros s.
Elle nous dil dfeimer, d'un tendre amour,
Ceux qui nous ont donné le jour.
De préférer leurs volontés aux nôtres; De faire aux autres Ce que nous voudrions nous-mêmes qu'on nous fît; De toujours être en paix avec sa conscience,
D'écouter ce qu'elle nous dit, Car c'esl Dieu qui l'inspire... Est-il une science
Plus simple'en tout que la divine loi ? Je te tiens un discours bien sérieux pour toi, Mon ami; mais le temps si promptemenl s'envole !...
Qu'est-ce que la vie? Un instant!
Tu n'auras pas toujours le bonheur d'être enfant, Trop tôt lu seras homme !... Écoute ma parole... Honore un jour de tes vertus Ton ami qui ne sera plus.
13 juillet 1800.