‹ Satires parisiennes du XIXe siècleChapitre 134 sur 135 · LA PETITE FAMILLE D'OISEAUX · texte numérisé non relu

LA PETITE FAMILLE D'OISEAUX

C'était la Saint-Louis, le patron de la France : A ma mère, arrachée à l'humaine souffrance, Je voulais souhailer sa fête, et tristemenl Suspendre une couronne à son froid monument. Naguère, plus heureux, en embrassanl ma mère. Je pouvais lui prouver comme elle m'étail chère.

Pour ses beaux: cheveux blancs, aussi purs que son cœur, De son front calme et doux l'auréole d'honneur, Quel respect j'avais! fier de me dire à moi-même : « Je ne suis pas le seul qui l'estime et qui l'aime. » Mais, hélas ! j'ai perdu mon plus précieux bien : Les cieux m'ont envié mon bon ange gardien.

Devant le jardinet où ma mère repose, Sous l'abri parfumé du jasmin, de la rose, D'un bel acacia, verdoyant parasol, Je m'arrête et je pose un genou sur le sol...

Aux pieux souvenirs des amis de ma mère, Que recueille et protège un petit toit de verre, J'allais joindre le mien, quand soudain un moineau •S'échappe du vitrail, et va, sur un rameau, Devant moi se percher avec inquiétude.

Et je compris pourquoi tant de sollicitude. C'est que, sur cette tombe, un couple avait aimé, C'est qu'au sein de la mort la vie avait germé.

Ne vous effrayez pas, aimables créatures,

Cet asile est sacré pour moi ; Je ne veux pas soumettre, h d'horribles tortures,

Votre pauvre mère en émoi.

Croissez, petits oiseaux, au milieu des couronnes Que vos parents prirent pour nid ;

Je ne troublerai pas le repos que tu donnes, Ma mère, sur ton dernier lit.

:<-20 FI El. ET MIEL.

Eh ! n'est-ce pas, pour moi. le précieux symbole

Du bien que ta fis ici-bas; Tu veux me rappeler ta vertueuse école,

Même encore après ton trépas.

Coulez, coulez heureux votre vie éphémère,

A votre mère je vous rends !

Hélasl trop malheureuse est une pauvre mère

Quand elle a perdu ses enfants !

Vous avez tant hesoin de l'aile tutélaire Qui, faibles, vous protège tous!

Mais quand vous n'aurez plus besoin de votre mère. Chers oiseaux, y songerez-vous ?

Adieu, petits oiseaux, écoutez la voix chère Du tendre objet de votre amour;

Je sais trop ce que c'est de n'avoir phib de mère. Pour vous en priver à mon tour!

Septembre 1S59.

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