‹ Satires parisiennes du XIXe siècleChapitre 23 sur 135 · LES OMBRES PLUS OU MOINS CHINOISES · texte numérisé non relu

LES OMBRES PLUS OU MOINS CHINOISES

Mais sa muse en français pirta grec et latin. •■,,11 R£u,Art; êtique, i

Et sur les questions qu'on pourra proposer, Faire entrerchaque secte et n'en point épouse Molière, Femmes savantes. III, 2

Lorsque l'on a l'honneur de parler le français, Se servir du latin ou du grec, c'est niais 1S, A moins qu'on ne désire appliquer cette règle Que le sot en français, en grec doil rire un aigle. N'est-ce pas imiter ces volages maris Qu'on s'étonne, à bon droit, de voir- un jour, épris De femmes quijamaisne vaudront leur-; époi Trop dignes pour descendre au rôle de jalouses I

Ceux d'entre vous, messieurs, qui ue dédaignent pas

De vendre leur français au Journal des Débals,

Sans doute écrivenl bien; mais cette franche allure.

Ce type accentué, d'une mâle nature,

Eux, ils aelesont point! Usent lu, beaucoup lu,

En français, en latin, en grec; ils onl voulu

Dr vingt styles divers se composer on style,

Comme l'essaim compose an doux miel qu'il distille

Du calice embaumé des filles du printemps;

Mais l'abeille transforme, el vous, bien moins savanl

Vous faites un bouquet des fleurs de la prairie

Ce n'est qu'un style mixte, une marqueterie;

Rien n'estd'unseulmorceau,rien n'est grand, rien n'est fort;

Vous plaquez, vous soudez des pièces de rapport.

Je reconnais toujours les bribes qu'on mastique

Dans les cadres étroits de cette mosaïque.

Tous procèdent de même, et l'on se croit auteur,

Quand on a pratiqué le métier d'ajusteur!

Point d'élan, point d'entrain en pareille science:

La marche est uniforme au jeu de patience.

Ils se ressemblent tous, mieux que frères germains;

Qui voit l'un a vu l'autre; ils sont comme les vins,

Les bons vins de Paris, au bouchon authentique;

Point de goût de terroir, le goût est identique.

« Le style est, » dit Buffon, « de l'homme même; » aussi

On pourra l'imiter; mais le voler, nennil

« Or l'imitation, » et nul ne le conteste,

« N'a jamais rien créé » Vous connaissez le reste.....

Voilà pourquoi jamais dans l'Université, Hormis son beau latin, on n'a rien inventé.

Comme un chêne nourrit le gui, cher à nos pères, Vous vivez tous, messieurs les universitaires, Du suc des autres, non de votre propre bien. Si l'on n'avait rien dit, vous ne diriez, vous, rien!

Ne pas trop s'avancer, douter plutôt que croire, S'exercer moins le cœur, l'esprit, que la mémoire, N'aimer que soi, les siens, et n'applaudir que soi, De l'Université c'est la suprême loi.

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