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J'ai sous les yeux une thèse en grec, par un membre bien connu dans l'Université, dédiée à M. le ministre, je veux dire dioikétê hupertatô Guizot. Pourquoi pas Guizotô, de même qu'on a mis ek ton tupographeiou ton ton Phirminou Didotou huiôn, pour nous apprendre que le livre sort des presses de MM. Didot frères? Tou Phirminou Didotou, transformation aussi splendide que celle de Napoléon en Neapolio, dans l'inscription latine de la Colonne, aussi drôle que le mot tout moderne imprimerie, et tant d'autres, afflublés d'un déguisement grec ou latin. Mais ainsi que l'Université autrefois le reconnaissait elle-même, Dom Barbarisme était le bien venu chez elle. D'abord M***, en sa qualité d'Helléniste, n'aurait pas dû employer, en prose, le mot
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hupertatos, forme poétique qu'il eùl été forcé de corriger dans un thème grec de ses élèves; et puis, comme français, il aurait pu, avant d'éciïreen grec et d'imprimer en grec les 4-2 | souvenir
de ce qu'au chapitre de la langue latine Rollin dit de la langue française, « la langue ordinaire de tous les honnêt< s gens dans les pays étrangers, et celle qu'on y emploie communément dans le commerce de la vie civile.» Rollin nous rappelle que le français est la langue diplomatique, et il ajoute : «Ne serait-il pas honteux à de.- Français de renoncer,en quelque sorte, à leur patrie, ■ n quittant leur langue maternelle, pour en parler une (le latin) dont l'usage ne peut jamais être, à leur égardj ni si éteudu, ni si nécessaire?» Un secrétaire d'ambassade, auquel j'ai eu à donner des leçons de français, m'a fait observer que, si une cour étrangère écrit à une autre cour étrangère, en français, on lui répond en français; si elle emploie son propre idiome, on lui répond clans l'idiome du pays auquel elle s'adresse.
Avant 1840, ou parlait latin dans les concours de l'école de droit , et la brochure de tA.Bravard-Veyiièret, sur celte question, nous montre quel absurde galimatias on y entendait. Je ne dirai pas avec le poète :
Qui nous délivrera des grecs et des latins?
mais de tout ce qui est ridicule en grec et en latin, sans eu excepter ces beaux distiques, dans une langue morte, inscrits au frontispice des monuments publics, à l'usage des vivants; par exemple, ces deux vers gravés sur la fontaine de la place Saint-Michel :
Hoc $uh monte su is res '-rat sapii ntia fontes ; A'e tami n hanc puram respue fonlis ta/nain
Les habitués le cette place, les porteurs d'eau, ont peut-être le bon sens de croira que cette inscription constate que l'aqueduc d'Arcueil ou plutôt les sources de Rungis alimentent cette fontaine; les turbulents hôtes du quartier les étudiants, bacheliers ès-lettres, ont bien autre. chose en tète que le style lapidaire. Quelque vieux professeur retraité qui désormais peul prendre ses aises, braq ïnon sur le mar-
bre, Qaire le terrain, comme s'il voulail en lever un plan géométrique, et sourit; il a compris la finesse. 11 > a eu toujours des collèges aux alentours; mpientia signifiera donc In science, habitante des coll même, en enchérissanl un peu. il trouvera que ce latin veul dire quelque chose comme : n La Sorbonue, au pied de cette montagne, ouvre ses sources de science; cependanl ne rais poinl li de cette eau pure de source.» Si ce n'est pas là le vrai s us, un autre j '.il sera
plus heureux.
L'Université, cette institution éminemment française, ne doit s'occuper que de grandes choses. Quoi de plus grand, de plus digne de sa sollicitude, après la morale qui est le fondement des fortes études, dans tous les pays, que cette belle langue française que tant d'étrangers connaissent mieux que beaucoup d'entre nous? Que l'Université use de son crédit, non pour faire graver des vers latins sur les bornes-fontaines, mais pour faire en sorte qu'on rencontre, le moins possible, de ces instituteurs ou institutrices qui écrivent en français comme les savants écrivent en grec ou en latin. A propos d'une affaire qui intéresse de jeunes enfants, mes pupilles, j'ai reçu, il y a peu de temps, d'une institutrice de la Basse-Normandie, une lettre dont voici quelques lignes : «M. le curé de.... est employé, comme moi, légataire, dans la
crainte qu'il m'arrivàt quelque chos , qui est un homme si juste
toute la famille a signé, comme il l'accepte sans fraits vous comprenez que celui qui en fera le payera au détriment de leurs enfants. J'en serais fâchée, ces peines on jénè leur pauvre oncle jusqu'à la mort où il ma fait prononcé trois paroles sacrés en mourant de tenir toutes ces volontés.... »
« Votre humble Ste X***, institutrice. »
Maintenant peut-on croire qu'il soit possible de rédiger un procèsverbal, semblable au suivant, dont je ne change que les noms propres, copié au greffe de la justice de paix d'une ville importante d'une sous-préfecture du département de la Nièvre, à une lieue de la commune où le fait s'est passé ?
« Jont sousigné Élie Plot addejoint de la dite comune de.... sertifiont que nous teurtout habitant dicy, javont entrepri (donné par entreprise) audit sieu Dabot tailleure de pière la fabrication et le taiyage en piarre dun S Michelle patront de la dite comune pour le mettre dant laiglise moiennant ce que je somme convenut avecque le dit Dabot. — Ai lai (il a) donque fabriqué et taillée noutre dit S Michelle de tout les coutiés et y nous a dit dasambler tout le paï et nout itou compri pour de lai (là) nous transpourter dans noutre aiglise pour prandre livrèson du dit S Michelle quile a fais au nombre dais saint qui se trouvont ici. — Je nout sont trouvé rai uni (réunis) ansamble dans laiglise otoure du dit S Michelle le dit Dabot iétant ausi — javont tourné ai lenvyron du dit S Michelle et javont trouvé quai y manquot un oreile — de pu quai ne ressamble pat tant seulemant à un S Michelle qua un boucard (bouc) — de pu quai io fai das soies aussi grous qune pailla'issée de treufe (trèfle) — quai ïaie fait de pu deut jous ossi grouse quun
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flutreu (ioueur de flûte) — de pu quai ié fait une culote bleu et une vaiste ruige si Lin si biau quai leurre Bamble 'qu'il ressemble ai un coumédien — de pu quai Le lait un livre dans la main quié tout leire dunne tabaquierre — de pu quai lai piarre avèque quoy il a bat] - M chelle ai tandre tou coume du froumaige mou dont auquèle je touchont quai se casse.
Jont teurtout dy au dit Dabotjeu voulins poin de son S. Michelle quoi peu ben le gardé pour ly et quai lempourte tou de suitte sinon que je vout limpulser de noute aiglise par lé force du pa'i. »
« A.... 12 novembre 1845.»
Cet adjoint est moulé eu grade; il est maire. Au surplus, M. le maire était peut-être l'élève d'un instituteur des environs qui, en 1854, au moment de la guerre en Orient, me pria de lui indiquer, sur la carte, la Crimée, qu'il cherchait vainement : malgré mon vif désir de l'obliger, je ne pus lui rendre ce service, attendu que la carte sur laquelle il s'escrimait depuis une heure, était celle de France.
LES PARVENUS
Réussir plus qu'ils ne le méritent, c'est pour les sots une source de mauvaises pensées.
(Démosthene, IV" Philippique .)
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