‹ Satires parisiennes du XIXe siècleChapitre 37 sur 135 · I.a caque sent toujours le hareng. (Dict. de l'Académie · texte numérisé non relu

I.a caque sent toujours le hareng. (Dict. de l'Académie

C'est l'orgueil trop souvent qui nous perd et l'envie. On veut toujours monter plus haut, et l'on oublie Que nous sommes acteurs dans ce grand univers, Qu'en y changeant de rôle, on jouera de travers... Que la société n'est qu'une immense échelle; Chaque échelon se suit, se commande, et sur elle Ii ne faut se hisser qu'en allant pas à pas, Et même à son sommet tous ne parviendront pas. Peu d'hommes que le ciel visiblement protège. De tenir le haut bout ont eu le privilège. Est-ce une récompense ou non que la grandeur? Le vertige saisit à semblable hauteur; Et, sur son piédestal, en butte à la tempête, Isolé, le héros sent grisonner sa tête.

Si le pauvre savait le néant des honneurs, Qu'il se garderait bien d'en briguer les faveurs!

y, SATIRE VI.

Car le bonheur, qui fuil le maître d'un royaume, Peul habiter parfois sous le modeste chaume.

Ah ! combien d'élégants circulent clans P;n>.

En gants jaunes, tranchant du comte ou du marquis,

Paient leur dîner bien cher à la Maison dorée,

Et dans un punch joyeux, brûlenl chevaux, livrée,

Qui de honte mourraient, sottement orgueilleux.

S'ils voyaient un d'Hozier étalera leurs yeux

Leur généalogie, et prouver que leur père

Aunait du calicot ou labourait la terre !

Mais ne vous en déplaise, ô mes jeunes seigneurs,

Qui dissipez les fruits de si dignes labeurs.

Votre ton vous trahit r.plus je vous examine.

Du moulin paternel plus je sens la farine.

Jamais en un seul jour l'apprenti n'est patron :

« A force de forger on devient forgeron. »

Faites-moi remonter votre illustre origine

Aux champs Catalauniens, au vieux pont de Bouvine.

Et des preux chevaliers, compagnons des Louis.

Montrez les écussons tout parsemés de lis.

Je saluerai vos noms, chers à la Providence.

Qui portaient jusqu'aux eieux la gloire de la France.

Ces noms presque divins... Mais, ce marquis d'hier,

Qui croit prendre un air noble, alors qu'il n'est que fier,

Et de quoi? du clinquant dont brille sa personne,

Ce n'est qu'un coffre-fort ambulant qui résonne.

Rougir du nom d'un père, humble mais vertueux. Inventer à plaisir ou voler des aïeux, De ses titres menteurs qu'avec faste on déroule. Éblouir les niais dont pullule la foule,

LES PARVENUS

Et, par son ton, fournir à Cham bien plus d'un trait, Voilà des parvenus le vulgaire portrait

Il est des parvenus en tout, en vertu même; Leur jeune piété montre un orgueil extrême; Leur maladroite aumône insulte en obligeant; Ils obligeraient mieux en gardant leur argent. De leurs bienfaits, mon Dieu, que ta bonté me garde ! Partout les prônerait leur charité bavarde !

Grâce donc à vous seuls, messieurs les parvenus, L'urbanité française enfin n'existe plus ! Oui, vous avez détruit, avec votre rudesse De langage et de mœurs l'exquise politesse Qui rendit un Français l'emblème du bon ton. Vous êtes-vous grandis dans notre estime?... Non! Qu'avez-vous donc gagné? Sans doute l'avantage De conserver plus neuf, sur vos fronts qu'il ombrage. Un cbapeau dont les bords ne se froissent jamais... Mais aussi, par malheur, tels maîtres, tels laquais. Car ce qui vous entoure est fait à votre image; On croirait déroger en paraissant plus sage. Ainsi tout se gangrène au contact de vos pas. .. C'est Tliuile qui pénètre et ne s'arrête pas.

Faut-il donc maintenant s'étonner que sur terre.

Des êtres abrutis, aigris par la misère,

N'aient aucune pitié des nobles animaux

Dont Tutile concours allège leurs travaux,

Qu'ils les traitent, .. messieurs, j'ose le dire à peine...

Comme vous, vous traitez là créature humaine?

Gloire, gloire à vous seuls pour de tels résultais!

Vos succès feront peu de jaloux ici-bas!

Triomphez longuement, sans fatigue, à voire aisel

A qui donc voulez-vous qu'un si triste honneur plaise ?

Aux jeunes rejetons des antiques guerriers,

De la France jadis illustres boucliers?

Ils savent bien qu'au fond ils sont ce que nous sommes.

Que Dieu qui parle en père au plus petit des hommes,

S'il les a distingués du reste des humains,

Ce n'est pas pour flétrir les œuvres de ses mains.

Oui, l'affabilité, mais jamais l'insolence,

Nous prouve, sans réplique, une haute naissance !

Eh ! qui va croire noble un homme que l'on voit

Dans ses grossiers accès oublier ce qu'il doit

Aux autres comme à lui. Lui, noble! C'est un rustre

Et non le rejeton d'une famille illustre * !

Marquis de contrebande, enflés d'un sot orgueil. On vous reconnaît tous, lous au premier coup d'œil. Une peau de lion vous irait à merveille, Si toujours ne perçait un petit bout d'oreille.

• Pourquoi parles-tu de tes aïeux et non de toi-même î Mieux vaut la vertu sans naissance, que la naissance sans la -vertu. One n poussée sur une tige épineuse, elle n'en est pas moins une rose. Mais toi, si tu n'es qu'une épine sortie d'une bonne terre, tu mérites le feu. Comment, pervers que tu es, t'enorgueillir autant de les ancêtres ? Gros âné fait pour la meule, lu as la Berté du cheval.

IS. Grégoire de Nazianze. distiq. sur un noble.

LA PLAIE DE L'OR

Un mal qui répand la terreur, Mal que le ciel, en sa fureur, Inventa pour punir les crimes de la terre (La Font ainp, VII, 1.'

LA PLAIE DE L'OR

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