HÉLAS! HÉLAS
L'or, semblable au soleil qui fond la cire et durcit la boue, développe les grandes âmes et rétrécit les mauvais cœurs.
(Rivarol. M. F. Denis, Sagesse popul.)
Cette fièvre de l'or qui dévore les âmes, Toujours laisse après soi des stigmates infâmes.; Et le mal, chaque jour, empirant à l'excès, Gâtera le bon sang qui bout au cœur français. Pour étancher enfin notre soif irritable Faut-il au grand Albert demander l'or potable?
L'or ! voilà le ressort des moindres actions. Plus de fidélité dans les transactions.
L'honnête homme ici-bas paraît pa.<sé de mode; On plaisante à l'envi sa bonne foi commode ;
lis SATIRE VII.
On abuse à plaisir de sa facilité.
Tout s'uniformisant dans la société,
Aujourd'hui deux camps seuls demeurent en présence,
Se fuyant avec soin, s'observanl en silence.
Point de juste milieu ! L'on est de notre temps,
Dupe ou dupeur: la vie est presqu'un guet-apens.
Rien ne se fait pour rien dans le siècle où nous sommes Et même, c'est justice à rendre aux fils des hommes Qu'ils sont trop, en ce point, restés ce qu'ils étaient. Que n'ont-ils conservé les vertus qu'ils avaient ! Bien ne se fait pour rien, comme avant le déluge. Mais au simple bon sens j'en appelle ! qu'il juge, Qu'il prononce ! 11 dira si décemment on doit Être âpre à la curée, ainsi qu'on nous y voit4; S'il faut, poussés toujours vers un but mercenaire, Ne plaire, n'obliger qu'en retour d'un salaire. Ainsi, tel médecin qu'on n'ose, dans Paris. Aborder sans effroi, tant il met à haut prix La douce guérison que de lui l'on espère. Que mieux que lui, souvent, la patience opère; Qui, la montre à la main, suit le rapide instant Qu'il vous daigne accorder à votre argenl comptant, Pressé d'aller ailleurs vendre encore sa science, Sait-il bien allier l'art et la conscience'? Et ne heurte-t-il pas, dans leur trop juste espoir. Ceux qui n'ont pu si cher acheter son savoir?
Jadis un médecin, si je disais naguère On ne me croirail pas et l'on me ferait taire. Jadis un médecin, professeur érudit, Qui jouissait alors d'un immense crédit.
LA PLAIE DE L'OK. 119
L'esprit tout occupé d'une recherche utile, Cheminait comme seul au milieu de la ville. Il semblait ne rien voir. Pourtant certain vieillard. Un mendiant, paraît devant lui, par hasard, Et lui tendant la main, il demandait l'aumône. A ce geste, son front se déride et ra yonne. Il s'arrête, il saisit le poing de ce bon vieux, Il lui tâte le pouls et lui dit : « Ça va mieux ! « Continuez toujours ma dernière ordonnance. » Puis, comme tout labeur vaut une récompense, Il allonge, à son tour, la main pour accepter Les modestes vingt francs qu'il vient de mériter.
C'était chose plaisante à voir que ces deux hommes Se tendre ainsi la main, non pas pour mômes sommes. Et, sans les spectateurs qui riaient bruyamment, Je ne sais quand la pièce eût eu son dénoûment.
Mais tout n'est pas risible, hélas, dans l'avarice. Plus l'homme qu'elle opprime est puissant, plus ce vice Sur le pauvre qui souffre a de tristes effet?. Le libertin s'amende, un avare, jamais!
J'ai quelque chose à cœur; il faut que je le dise. A Dieu ne plaise au moins que j'attaque l'Église! Fils de parents chrétiens, j'ai, dès mes premiers ans, A la religion consacré mes accents.
Mais plus j'ai ne respect pour l'œuvre souveraine, Plus je veux la soustraire à la souillure humaine. L'Évangile à la main, j'oje donc attester Que des traces du Christ on semble s'écarter :
HO SATIRE vu.
L'or sur le clergé munir exerce son ravage!...
A-t-il donc oublié la réponse si sage
Et si fine à la fois d'un visiteur pieux,
Un jour que le Saint-Père étalait a ses yeux
Et d'un air triomphant les immenses richi
Du sacré patrimoine accru de nos largesses :
« Nous sommes loin des temps où l'Église vivait
« D'aumônes! »... — « Hélas, oui ! car alors on pouvait
« Dire au paralytique, étendu sur la paille :
« Debout! prends ton grabat, Dieu t'a guéri; travaille! »
Ministres du vrai Dieu, repoussez de vos cœurs Le démon de l'argent, le démon des honneurs : N'ayez pas à la fois deux maîtres ! A l'exemple Du Dieu pauvre, chassez les marchands hors du temple!