‹ Satires parisiennes du XIXe siècleChapitre 44 sur 135 · UN GRAIN DE COQUETTERIE FINANCIERE · texte numérisé non relu

UN GRAIN DE COQUETTERIE FINANCIERE

Alexandre, naturellement généreux, donna toujours de pins en plus, à mesure que ses ricliesses augmentèrent; et il avait, en donnant, cette grâce qui seule véritablement ob'ige.

(Pll'tarqtje, Alex., 39.)

De môme que l'ivraie étouffe clans son germe L'espoir du laboureur, ainsi Irop d'or nous ferme L'âme, presque toujours, aux nobler sentiments. Pouvons-nous soupçonner ces terribles moments, Où l'homme avec la faim lutte, quand notre table Exhale en doux fumet un festin délectable? Peut-être a-t-on souffert avant de parvenir: Facilement des maux on perd le souvenir, Comme des importuns qu'on ne veut plus connaître. D'ailk'urs on est heureux, tout le monde doit l'être : Quand l'officier a cbaud, tous les soldats ont chaud.

La mémoire du cœur est souvent en défaut.

Je connaissais naguère un comte, un vieux barbon, Dont je devrais peut-être ici dire le nom, Qui, toujours finançant, mourut octogénaire. Que la terre te soit, pauvre riche, légère !

I,G 5ATIRE VII.

C'était pour lui bonheur el satisfaction, Sa gloire, chaque année, el son ambition

De fournir longuement les preuves bien certaines Qu'il avait tl'nn domaine augnieiilé si-< domaines,

Qu'en nombre ils ègalaienï le o bre de ses ans,

Que l'un attestait l'autre en chiffres opulents. Sans être généreux, mais pour complaire au monde. Il donnait, par domaine, une somme assez ronde. Qu'importe qu'il payât de mauvais cœur ou non? Les indigents du moins profitaient de ce don.

Un jour qu'il acquittait ses tributs volontaires.

Ayant ses soixante ans et ses soixante terres.

Le curé, son ami, lui dit en plaisantant :

« Vous vous rajeunissez!... ah ! comte, i! me faut tant I

« Un an de plus, monsieur! car par-devant notaire

« Un contrat aujourd'hui m'apprend ce qu'on veut taire.

— « Mon cher abbé, dans tout je vous vois exceller;

« Mieux que Barème encor vous savez calculer.

« Mais si du fond du cœur il faut que je m'explique.

« Je n'ai pas oublié non plus l'arithmétique,

« Je frémis quand je songe à ce lourd contre-sens

« Que je fais chaque année et depuis si Ion-temps.

« Pour s'enrichir on doit, vous en conviendrez certes,

« Augmenter les profits, diminuer les perles : w « Et moi, de les grossir je prendrais tanl de soins ! " « Vous n'aurez jamais plus, monsieur l'abbé, ni moins.

« El pour continuer voire plaisanterie,

« Ai-je passé le temps de la coquetterie?

, Je veux cacher mou âge aux autres désormais.

«Que ne puis-je moi-même aussi l'ignorer! mais...

LA PLAIE DE L'OR

« Hélas ! oui, je vieillis ! chaque nouveau domaine « Ne m'en donne-t-il pas la preuve trop certaine? »

Argent, maudit argent, quand tu nous tiens le cœur. On peut bien dire : Adieu vertu, décence, honneur !

vu

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