‹ Satires parisiennes du XIXe siècleChapitre 55 sur 135 · LA COURTE-ECHELLE LITTERAIRE · texte numérisé non relu

LA COURTE-ECHELLE LITTERAIRE

Nul n'aura de l'esprit, hors nous et nos amis. [Adage célèbre du dix-septième siècle.

Mihi, tibi, tibi, mini :

(Traduction libre du dix-neuvième siècle.

Fait des vers fort vantés par Voltaire qu'il van h (Gilbert, Sa!. l.J

Du char, comme l'on dit, la plus mauvaise roue Toujours criera le plus, et franchement j'avoue, Instruit des longs efforts de tant de beaux-esprits, Si modestes de cœur, si grands par leurs écrits, Qu'il vaut mieux noblement attendre la justice, nue de suivre un sentier où souvent le pied glisse. L'intrigue et la faveur on! leurs mauvais côtés : Plus vite on oubliera ceux qu'on a trop fôlés; On débrouille les fils de leurs petites ruses, On met à la raison leurs arrogantes .Muses Qui s'éclipsent sans bruit... leurs premiers protectem Peut-être furent-ils leurs premiers détracteurs...

Que voulez-vous? Chacun au soleil veut sa place, Et l'on est tant de monde aux abords du Parnasse !

Eh ! messieurs, quel besoin pour la société,

Que vous passiez en bloc à la postérité?

Pour avoir barbouillé des vers et de la prose,

Faut-il si promptement se croire quelque chose ?

Boileau disait un jour avec beaucoup de sens:

« Avouez, mes amis, que j'ai deux grands talents,

a Utiles à l'État, utiles aux familles :

« Je fais très-bien les vers, et fais merveille aux quilles!

Ah ! pardon, ce nom-là vous donne sur les nerfs:

J'oubliais que Boileau fustigeait les travers,

Et lorsque l'on n'a pas la conscience nette,

Rien qu'un mot porte ombrage et rend l'âme inquiète.

D'ailleurs pourquoi parler de cordes aux pendus ?

Vous voulez mordre, oui, mais non être mordus...

Bah ! qu'avez-vous à craindre? Avec la coterie,

Ne possédez-vous pas toute une artillerie ?

Vous pouvez foudroyer l'audacieux mortel

Qui vous lance au visage un imprudent cartel...

Écoutons... N'est-ce pas la voix de la trompette ?

Aux échos d'alentour c'est un nom qu'elle jette...

Accueille avec transports, magnanime cité,

Accueille ce beau nom, de leurs vœux escorté !

Ne les regarde pas avec un œil superbe ;

Ils s'y connaissent bien, c'est un grand homme... en herbe.

i ,.v SAÎIRE I\.

Jamais depuis Adam on n'a vu son pareil ; France, l'on te prépare un glorieux réveil ! Souliens-le, soutiens-les; c'est ta tâche sacrée

Puis, pour faire mousser encor mieux la denrée,

Pour que les francs badauds mordenl à l'hameçon,

Ils changent chaque jour et de gamme et de ton.

Ils diront : « Il faut voir quelle immense affluence

« Se presse, quand Pandor ouvre un cours d'éloquence t

« Car tout ce que la ville a de plus imposant,

« De plus spirituel, y veut être présent.

« Pandor, c'est un Phénix ! ainsi que les estrades

« Sous le poids du public, il fléchit sous les grades... »

Pandor rend la monnaie en beaux deniers comptants:

« De mon maître on connaît les succès éclatants...

« On n'a pas oublié cet article admirable,

« Modèle de bon goût, dont lui seul est capable.

« Si plein de sens exquis, de sel et d à-propos,

« Feu roulant des plus fins et des plus heureux mots,

« Critique ingénieuse el d'espril pétillante,

« Dont chaque expression séduit, ravit, enchante ;

« Ce chef-d'œuvre, messieurs, disons la vérité!...

« Non, mon illustre ami, vous n'êtes pas flatté ;

« Il me semble iléj.i vous voir faire la moue,

« Et prêt à me blâmer croyant que je vous loue...

« A Dieu ne plaise ! Il faut, surtout (h1 notre temps,

« Quand il reste si peu de modestie aux gens.

« Que soi-même, sans boule, on se met en parade.

« Ne pas aller heurter, par un compliment fade,

« La pudeur du génie et froisser ses lauriers.. . » Voilà comment l'on doit styler ses écoliers !

Eh! pourquoi serions-nous avares de louange? Rien plus commodément ne prête au libre-échange Elle n'est pas marquée au titre de l'honneur ; La Bourse n'a jamais coté cette valeur ; On peut la prodiguer ainsi que ces guenilles Que trop souvent on donne à de pauvres familles. Pour se débarrasser et non faire plaisir...

Et puis d'un grain d'encens on va s'enorgueillir !

Page 1