LES BAS-BLEUS ET LE COUSINAGE
Dieu ! qu'il la l'ait bon regarder, La gracieuse, bonne et belle!
Pour les grants biens qui sont en elle, Chascun est prest de la louer,
(Charles d'Orléans.)
On peut, en la voyant, devenir infidèle, Mais c'est pour la dernière fois.
(L'abbé de Chaulieu.)
On tire vanité de tout en ce bas monde ;
Du bien, du mal, de rien, de ce qu'on loue ou fronde.
Madame s'aperçoit qu'un mari n'est qu'un sot ; Qu'à la femme d'esprit comme elle c'est un lot
Trop chétif. trop mesquin, Irop bourgeois, trop vulgaire, Que le rôle si noble et d'épouse et de mère. Madame a du génie et non des sentiments. Ah ! ({lie n'a-t-elle pu, comme de vêtements,
Changer de sexe ! Mais la nature, madame,
Veut que l'homme soit homme, et la femme soit femme.
Que ne restiez-vous femme et d'esprit et de cœur !
La femme doit briller d'honneur et de pudeur,
Et ne pas se piquer d'être le point de mire
Du public qui vous raille autant qu'il vous admire.
Vous avez fait des vers, de la prose à foison,
Au lieu de diriger la naissante raison
De vos filles, hélas ! ces étranges problèmes
Que ne comprennent pas vos admirateurs mêmes,
Dont ils se garderaient d'épouser le destin.
Grâce à votre talent, à quelque vieux cousin
Haut placé, qu'a séduit votre voix de sirène,
Tel livre bien prôné se vend à la douzaine ;
Et votre protecteur vous soutenant toujours.
Vous aurez des succès dans maint et maint concours.
Un beau prix Monthyon paraît-il vous sourire ?
Si votre ouvrage est prêt, vous n'avez qu'à le dire.
Daus un certain salon que hantent des savants.
Vous avez plusieurs fois lu. depuis linéique temps.
Des vers sur le nouveau sujet de poésie,
El d'un commun accord, on eut la courtoisie
De vous faire espérer lé prix : l'obliendrez-vous ?
Avec votre cousin, madame, on file doux,
Il a le bras si long ! Enfin, quoi qu'on avise,
De vos vers non signés, on relient la de\ ise.
Une femme de cœur, d'esprit et de bon sens, Qui ne veut ni montrer ni cacher ses talents, Dont la grâce embellit les soins de ménagère, Est l'ange du logis, l'autre en est la mégère, Le tyran, le fléau. Par bonheur, les Bas-bleus Rôdent par ci, par là, sont rarement chez eux. Madame, pour broder ses précieux mémoires, Court fourrager partout de petites histoires, En sera l'héroïne. En moins de trois feuillets, Elle aurait sur son compte épuisé les caquets, Bien qu'elle ose se peindre, en pied, d'après nature, Si dans quelque bizarre et fâcheuse aventure, Vraie ou fausse, n'importe, elle n'eût compromis Ses compagnes d'enfance, elle et tous ses amis ; Cynisme qui de honte eût fait mourir son père, Si déjà, dans la tombe, il n'eût rejoint sa mère!
Un de ces jours d'orage où le pauvre Paris
En pratique mettait ce qu'il avait appris
Aux cours échevelés de tel humanitaire
Qui nous eût mieux servis s'il eût voulu se taire,
Ce jour, dis-je, un Bas-bleu, connu par ses éclats,
Allait à l'Assemblée assister aux débats.
Sur le point d'être mère, ailleurs était sa place ;
Mais ce que veut la femme il faut qu'elle le fasse.
La séance a bientôt son air habituel : C'est l'école en désordre ou la tour de Babel. Des cris séditieux s'échappent de la rue; L'Assemblée y répond, l'un sur l'autre on se rue. Un citoyen français, en blouse et fort barbu, Près de notre Sapho, sans façon étendu,
m SATIRE IX.
Agitant un drapeau, s'écrie : « Il faul que j'aille
« Un instant voir là-bas quelle besogne on taille. •
« Citoyenne, prenez, ou plutôt prends, dit-il,
« Mon drapeau... Bien !... » Il crache, il fronce le sourcil
Enfonce sur ses yeux, d'un geste redoutable.
Son large feutre en pointe, et sort d'un air capable,
Des coudes bousculant ce qui gène ses pas.
Le peuple toutefois, qui ne s'endormait pas,
Envahit l'Assemblée, et la foule stridente,
S'y répand à pleins bords, comme une lave ardente;
C'est le nec plus ultra de la confusion...
La machine infernale a fait explosion !
Notre grosse maman eut un succès féerique ; Chacun la tutoya comme une république.
On eût dit, à la voir son drapeau dans les mains, La Muse du désordre inspirant les humain?.