‹ Satires parisiennes du XIXe siècleChapitre 77 sur 135 · ARISTE · texte numérisé non relu

ARISTE

Pas tout de suite, au moins, car il est bien certain

Que plusieurs d'entre vous, saisis à l'improviste.

Orneraient de leur nom quelque terrible liste.

Vous riez? ah ! riez, si le cœur vous en dit;

Car. suivant le vieux mot : « Pardonne qui sourit. »

Je suis parfois trop vif; mais Dieu lit dans mon âme

Quelle estime pour vous je professe, ci mon blâme

N'oserait un instant, croyez-moi, s'arrêter

Sur l'homme que, vingt ans, j'appris à respecter.

Vous m'honorez, monsieur. i\c tant de bienveillance,

Que je répondrais mal à votre confiance,

Si. trop docile aux lois de la civilité,

Je vous sacrifiais l'auguste vérité.

Aimer la vérité, toujours lui rendre hommage,

De l'homme libre et fort c'esl le bel apanage:

Souffrez que je VOUS parle en toute liberté;

Ce rôle coin ienl mieux à nuire di jnilé.

Au service du pauvre, entré pauvre vous-même^

Pauvre vous en sortez... Mais, par quel stratagème

Ce gros monsieur, naguère encor petit commis,

Brûle-t-il maintenant le pavé de Paris

D'un galant équipage, objet de médisance?

J'abattis, un matin, son air de suffisance :

Comptable des trésors destinés au malheur.

Vous êtes demeuré, lui dis-je, homme d'honneur.

Aussi je ne veux pas vous faire de querelles

Sur vos salons dorés et d'autres bagatelles.

Prouvez-moi donc, monsieur, non votre probité,

Mais de vos dons au moins la sévère équité.

Car vous avez, je crois, secouru la détresse

Avec autant d'égards, d'à-propos, de tendresse.

Qu'un autre, esclave, hélas! de nos vieux préjugés.

Eût peut-être jadis soigné ses protégés.

Économe toujours, mais nullement avare,

Vous n'avez jamais fait une épargne barbare

Aux dépens des besoins les plus impérieux,

Pour vous parer, un jour, du titre glorieux

D'habile ménager de l'argent des hospices.

D'homme intègre, loyal, pour vous rendre propices,

Dans un moment prévu, vos chefs qu'auront séduits.

Non le bien opéré, mais les chiffres réduits.

Enfin, pour qu'on vous hisse aux charges les plus belles

Triste fruit, trop souvent, de larmes bien cruelbs!

Page 1