‹ Satires parisiennes du XIXe siècleChapitre 82 sur 135 · page · texte numérisé non relu

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On ne peut, sans argent, faire valoir ses droits mêmes de pauvre. A la maison de retraite de Nazareth, où la société de Saint-Vincent de Paul donne le logement à ceux de ses plus anciens pauvres qui ont assisté exactement aux instructions de l'œuvre de la Suinte-Famille, une chambre étant devenue vacante, on eut à choisir entre trois vieillards proposés. Je fus sur le point d'obtenir l'admission du plus âgé, du plus infirme et aussi du plus pauvre; mais enfin, il fut éliminé, après qu'on eut fait valoir que l'un des deux autres avait un franc de rente par jour. « C'était bien là, disait-on, le pauvre comme il le faut à la maison de Nazareth. » Oui, aujourd'hui, un pauvre... rentier, et demain un pauvre qui paye des rentes! C'est ainsi qu'on a été sans doute amené à préférer, pour les places vacantes dans un asile îles Petites-Soeurs, fondé par un curé de Paris, non les vieillards qui en ont besoin le plus. m. us ceux qui lui donnent le plus.

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Dans les fêtes publiques, on ne jette plus d'aliments à la volée, au milieu de la foule; il répugne actuellement à notre délicatesse, à notre pudeur de jouir du cruel spectacle d'hommes et de femmes qui se disputent de la nourriture, comme les chiens se battent pour un os. On fait des distributions à domicile, ce qui est plus digne d'une grande nation qui doit toujours avoir pour but, pour loi, de grandir et non d'avilir le cœur de ses enfants, de les rehausser eux-mêmes a leurs propres yeux. D'après ce principe, ne serait-il pas plus convenable, plus moral, de soustraire les pauvres à des investigations humiliantes, à l'effet de s'assurer s'ils ont ou non les moyens de payer les soins qu'on leur a donnés dans les hôpitaux? La France, a-t-on dit avec raison, est assez riche pour payer sa gloire ; les hôpitaux ne le sont-ils pas assez pour dédaigner une si triste économie? Louis XIV qui, dans ses mémoires, dit nettement que « la volonté de Dieu est que quiconque est né sujet obéisse sans discernement l , » ne voulait pas cependant que ce sujet, si minet qu'il fût, perdît sa dignité d'homme; je tire ma preuve de l'édit du 27 avril 1656, concernant V Hôpital général. Là, le roi s'exprime avecune noblesse qui console un peu d'avoir à tendre la main : « Considérant les pauvres mendiants comme membres vivants de Jésus-Christ, el non comme membres inutiles à l'État, et agissant en la conduite d'un si grand œuvre, non par ordre de police, mais par le seul motif de charité 2, etc.» De nos jours, ne faut-il pas avoir plus d:égards, s'il est possible, pour l'homme, quand tout citoyen, riche ou pauvre, est appelé à donner son vote, c'est-à-dire à exercer un acte qui exige de la dignité ?

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