LES DISCIPLES
Qui que vous soyez, vous n'êtes tous, comme moi, au jugement de Dieu, que des pécheurs.
(Brydaypœ, Sermon sur l'éternité, prononcé en 1751 à Saint-Sulpice, devant beaucoup de grands personnages, plusieurs évèques et une foule immense de prêtres.)
Disciples d'aujourd'hui, le sentier de la loi,
Le suivez- vous toujours? je ne le crois pas, moi !
De notre monde, hélas! la charité s'envole,
Si jamais elle y fut; et, sans but, sans boussole,
Sur les flots de la vie, orageux tourbillons,
La nef des chrétiens cède au vent des passions.
A la religion je ne suis pas hostile ;
A ses préceptes saints je demeure docile.
J'appris à la chérir dès mon | remier instant, El l'on aime toujours ce qu'on aimail enfant La loi que vous inculque une mère adorée, Au plus profond du cœur reste toujours sacrée. Ma plus fidèle amie au milieu des douleurs, Elle me consolait quand je versais des pleurs... Oui, par reconnaissance elle doit m'être chère, Et je joins son doux nom au doux nom de ma mère.
Si je veux respecter les prêlres à l'autel, Je suis, pour leurs défauts, un ennemi mortel. Non, je ne puis souffrir que prêchant la morale, Ils nous soient si souvent des sujets de scandale. Sans doute des élus le nombre n'est pas grand : Mais que la majesté de leur auguste rang Les préserve un peu mieux de ces fautes vulgaires Que leur bouche foudroie, à l'envi, dans les chaires. L'homme est fragile, il faut en prendre son parti, Et le prêtre est un homme, il doit être averti. Il a fait le serment d'être meilleur qu'un autre; S'il faillit trop de fois, il n'est plus un apôtre1. D'ailleurs qui le forçait do prononcer des vœux? Était-ce l'intérêt? Il fut un malheureux; Car. qui peut calculer tout h- mal qu'il va faire? S'il se croyait trop faible, il lui bien téméraire D'assumer sur son front le dangereux honneur De conduire au bercail les brebis du Seigneur. S'il n'a pu surmonter sa faiblesse, il fut lâche De négliger ainsi sa glorieuse lâche,
.'■" pas. monsieur, tant de perfection Des prêtres, par respecl pour la religion.
CHARITÉ DE DIEU — DES PRÊTRES. î
Si vous voulez des saints, en Italie, en France,
Partout, le culte, hélas! va rester en souffrance.
Où recruter des saints? Dans les p etits hameaux,
Les hommes qui vivront comme des animaux,
Oublieront ce grand Dieu qu'adoraient leurs ancêtres,
Si toujours à la loupe on observe les prêtres.
— Dieu ne peut s'oublier, tout nous parle de lui :
Il est assez puissant pour se passer d'appui.
Que l'on prenne le temps de choisir les vicaires ;
Les bons exemples sont les meilleures prières.
D'ailleurs que gagne-t-on à tant risquer les choix?
Tel village où déjà l'on a mis plusieurs fois
Un indigne curé, s'échauffe enfin la bile ;
Aux bons mêmes alors il est souvent hostile.
Et puis d'un ton béat on dira désormais :
« Pourquoi dans ce pays un esprit si mauvais?
« Plus de religion ! » — Difficile problème!. .
Ne doit-on pas toujours récolter ce qu'on sème?
Encor si dans ces cœurs, pleins de fragilité,
Palpitait la suave et tendre Charité2 !
Celle des bonnes gens, si franche, si naïve,
Qui de l'âme jaillit, pure comme une eau vive,
Pour inonder les maux d'un baume souverain,
La Charité du Christ et du Samaritain,
Et non la Charité dont tels docteurs moroses
Ont donné la recette, ont calculé les doses,
Contre-poison qu'on livre au pauvre genre humain,
Les yeux sur la formule et la b i lance en main.
Laissez la Charité vivre sa propre vie;
Dieu lui-même défend qu'on la tienne asservie.
Pour le Dieu de bonté, l'amour c'est du pardon. Usons donc largement d'un si précieux don.
En vérité, messieurs les ecclésiastiques, Croyez-vous, en ce point, surpasser les laïques:' Par état cependant vous devez être bons, Et je vois, chaque jour, combien nous vous valons. Est-ce la Charité qui vous règle et vous guide, Alors qu'à vos'penchants abandonnai la bride, Vous aussi, vous seniblez aux communes erreurs Ouvrir à deux battants les portes de vos cœurs? De la Divinité ce sont les plus beaux temples; Que n'en fort-il toujours de sublimes exemples? Dans ce siècle où l'argent est la suprême loi. Si vous disiez chacun : « Je suis maître chez moi: « Chez moi n'entrera pas cette passion \ ile « Qui dévore aujourd'hui le village et la ville. « On ne peut point servir deux maîtres à la fois; « Je sers Dieu, non l'argent, à lui seul je me dois ! Pensez-vous que le peuple, à cel arrêl sévère, Ne respecterait pas votre auguste misère ? Mais quand vous avez tout, presqu'à discrétion, Allez donc lui parler de résignation Aux volonlés du Dieu né dans la paw re crèche, Prêcher l'humilité quand c'est l'orgueil qui prêche!