POUR LE TIEUS ESTAT
Par nostre Dame , Messieurs , vous nous lavez baillé belle. 11 n'estoit ja besoin que nos curez nous preschasscnt qu'il falloit nous dcsbourber, et desbourbonner*^. A ce que je voy par vos dis-
* Cette harangue, aussi judicieuse que spirituelle, est de Pierre Pithou. C'est, pour la force du raisonnement, la finesse des détails, et la vei*ve brillante et naïve du style, le modèle des Provinciales.
' Claude d'Aubray, qui parle ici pour le tiers État, éloit celui que les ligueurs rcgardoient comme le cheF des politiques à Paris. Il doit à la Satyre Menippve un genre d'immortalité bien glorieux. Pierre Pitbou a cru pouvoir placer dans sa bouche l'expression de toutes les idées honorables et raisonnables de son temps.
* Cette insolente allusion du nom de Bourbon au mot bourbe avoit été faite par le docteur Boucher, dans un sermon qu'il prêcha à Notre-Dame, le 12 mai i5()3.
cours les pauvres Parisiens en ont dans les bottes bien avant, et sera prou ' difficile de les desbourber. Il est désormais temps de nous appercevoir que le faux Catholicon d'Espagne est une dro{juc qui prend les gens par le nez : et ce n'est pas sans cause que les autres nations nous appellent caillettes^; puisque comme pauvres cailles coiffées, et trop crédules , les prédicateurs, et sorbonistes, parleurs caillets enchanteurs ^^ nous ont faict donner dans les rets des tyrans, et nous ont par après mis en cage, renfermez dedans nos murailles pour apprendre à chanter. Il faut confesser que nous sommes pris à ce coup , plus serfs , et plus esclaves , que les chrestiens en Turquie, et les juifs en Avignon. Nous n avons plus de volonté , ny de yoix au chapitre. Nous n'avons plus rien de propre , que nous puissions dire cela est mien : tout est à vous, Messieurs, qui nous tenez le pied sur la
* Vieux mot signifiant, beaucoup, fort, assez, trop. On dit encore trivialement peu ou prou, pour signifier , peu ou beaucoup.
> « Il ne faut point douter, dit Le Duchat, que le mot caillette^ « lorsqu'il est pris par les Parisiens pour une injure , ne vienne « de ce Caillette qui étoit le fou de François I". » Il est bien plus probable qu'il vient du caquet insupportable des cailles, et le nom de Caillette en venoit probablement aussi.
^ Allusion à Guillaume Gaillet., qui avoit comme enchanté les mutins de la Jacquerie qui le firent leur capitaine. Le
g[orge, et qui remplissez nos maisons de garnisons. Nos privile{][es et franchises anciennes sont à vau-l'eau * : nostre hostel de ville que j ay veu estre lasseuré refuge du secours des roys en leurs urgentes affiiires , est à la boucherie ' : nostre cour de parlement est nulle : nostre Sorbonne est au bourdel, et l'université devenue sauvage. Mais l'extrémité de nos misères est , qu'entre tant de malheurs, et de nécessitez, il ne nous est pas permis de nous plaindre, ny demander secours: et faut qu'ayants la mort entre les dents, nous disions que nous nous portons bien, et que sommes trop heureux d estre malheureux pour si bonne cause. O Paris qui n'est plus Paris , mais une spelunque ^ de bestes farouches, une citadelle d'Espagnols, Wallons, etNeapolitains^: unasyle, et seure re-
caillet étoit d'ailleurs un appeau dont on se servoit pour attirer les cailles.
' Par édit de Henri III donné à Blois , en février 1 689, amplifié par un édit donné à Ghàtellerault le mois de mai suivant.
* Allusion à Boucher, prévôt des marchands, et frère du fameux Boucher, curé de Saint-Benoit. Voyez ci-après, page i3, note '.
' Du latin spelunca, antre, caverne. Spelunque signifie ici la même chose que repaire.
^ On a déjà vu , dans le tome précédent , que la garnison de Paris était composée, presque en entier, d'Espagnols , de Wallons et d'Italiens.
traicte de voleurs, meurtriers, et assassinateurs, ne veux tu jamais te ressentir de ta dignité, et te souvenir qui tu as esté, au prix de ce que tu es, ne veux tu jamais te guarir de ceste frénésie, qui pour un légitime et gratieux roy, ta engendré cinquante roytelcts, et cinquante tyrans? Te voila aux fers, te voila en l'inquisition d'Espagne, plus intolérable mille fois, et plus dure à supporter aux esprits nez libres et francs, comme sont les François, que les plus cruelles morts, dont les Espagnols se sauroyent adviser. Tu n'as peu supporter une légère augmentation de tailles, et d'offices , et quelques nouveaux edicts qui ne t'importoyent nullement : et tu endures qu'on pille tes maisons, qu'on te rançonne jusques au sang , qu'on emprisonne les sénateurs , qu'on chasse et bannisse tes bons citoyens et conseillers: qu'on pende, qu'on massacre tes principaux magistrats ' : tu le vois , et tu l'endures : tu ne l'endures pas seulement, mais tu l'approuves , et le loues , et n oserois, et ne sçaurois faire autrement. Tu n'as peu supporter ton roy si débonnaire, si facile, si familier, qui s'estoit rendu comme concitoyen , et bourgeois de ta ville, qu'il a enrichie, qu'il a embellie de somptueux bastiments, accreue de forts et superbes rem-
' Le président Rrisson el autres.
parts , ornée de previleges et exemptions honorables : que dis-je? peu supporter? c'est bien pis : tu las chassé de sa ville, de sa maison , de son lict : quoy chassé? tu las poursuivy: quoy poursuivy? tu las assassiné : canonizé lassassinateur ' , et faict des feux de joye de sa mort. Et tu vois maintenant combien ceste mort ta prouffité ; car elle est cause qu'un autre est monté en sa place , bien plus vigilant, bien plus laborieux, bien plus guerrier, et qui sçaura bien te serrer de plus près , comme tu as à ton dam * déjà expérimenté. Je vous prie. Messieurs, s'il est permis de jetter encore ces derniers abois en liberté, considérons un peu, quel bien et quel prouffit nous est venu de ceste détestable mort , que nos prescheurs nous faiscyent croire estre le seul et unique moyen pour nous rendre heureux. Mais je ne puis en discourir qu'avec trop de regret de veoir les choses en Testât qu elles sont, au prix qu'elles estoyent lors : chacun avoit encore en ce temps-là du bled en son grenier, et du vin en sa cave: chacun avoit sa vaisselle d'argent, et sa* tapisserie, et ses meubles: les femmes avoyent encore leur demiceint ^ : les reliques estoyent en-
* Ce mot, déjà employé plus haut dans cette harangue, étoit encore en usage du temps de Richelet.
' Du latin damnum, perte, dommage.
^ Espèce d ajustement de prix dont la misère puhlique exigea le sacrifice.
tieres: on navoit point touché aux joyaux de la couronne : mais maintenant , qui se peut vanter d'avoir de quoy vivre pour trois semaines , si ce ne sont les voleurs , qui se sont engraissez de la substance du peuple, et qui ont pillé à toutes mains les meubles des présents et des absents. Avons nous pas consommé peu à peu toutes nos provisions , vendu nos meubles , fondu nostre vaisselle , engagé jusques à nos habits pour vivoter bien chetivement? ou sont nos sales et nos chambres tant bien garnies, tant diaprées, et tapissées? ou sont nos festins, et nos tables friandes? nous voila réduits au laict et au fromage blanc , comme les Souysses : nos banquets sont d'un morceau de vache pour tous metz : bien heureux qui n a point mangé de chair de cheval et de chiens, et bien heureux qui a tousjours eu du pain d avoine, et s'est peu passer de bouillie de son, vendue au coing des rues *, aux lieux qu'on vendoit jadis les friandises de langues, caillettes et pieds de mouton , et n'a pas tenu à monsieur le légat , et à lambassadeur Mendosse % que n'ayons mangé les os
' En iSgo.
' Le 1 5 juin de Tan 1 690. Voici les détails dans lesquels Du Puy entre à ce sujet. «Don Bernardin de Mendosse, ambassadeur « d'Espagne, se trouva en une assemblée chez monsieur Courtin, « conseiller en la cour, où se faisoit une épreuve de pain, où on « mcsioil de lavoine. Là cet ambassadeur fit ouverture d'un
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(le nos pères, comme font les sauvages de la nouvelle Espagne. Peut on se souvenir de toutes ces choses , sans larmes , et sans horreur? et ceux qui en leur conscience sçavent bien qu'ils en sont cause, peuvent ils en ouyr parler sans rougir, et sans appréhender la punition que Dieu leur reserve , pour tant de maux, dont ils sont autheurs? mcsmement, quand ils se représenteront les images de tant de pauvres bourgeois, quils ont veuz par les rues tomber tous roides morts de£iim : les petits enfants mourir à la mammelle de leurs mères allangouries ' , tirants pour néant % et ne trouvants que succer: les meilleurs habitants, et les soldats marcher par la ville , appuyez d'un baston , pasles et foibles , plus blancs et plus ternis qu'images de pierre : ressemblants plus des fantosmes que des hommes: et Tinhumaine response d aucuns, mesme des ecclésiastiques qui les accu-
•* moyen, sçavoir de faire passer sous la meule et par le moulin « les os des morts qui estoient au cimetière des Innocents de Paris, « pour les réduire en poudre, laquelle trempée et mollifîée avec « de l'ean, serviroic à faire du pain, ce qui fut exécuté, et on le « nomma le pain de madame de Montpcnsicr, qui en avoit loué « Tinvention. Gela dura peu, parce que ceux qui en mangèrent, « moururent. Il fut dit lors, qu il avoit esté faict à ce dessein. »
> Vieux mot signifiant la même chose que languissantes.
^ C'cst-à-dîrc, s'efforçant en vain de tirer du lait de ces mamelles épuisées.
soyent et menaçoyent, au lieu de les secourir ou consoler, fut il jamais barbarie ou cruauté pareille à celle que nous avons veue et endurée? fut il jamais t^Tannie et domination pareille à celle que nous voyons et endurons? ou est Fhonneur de nostre université? ou sont les collèges? ou sont les escholiers? ou sont les leçons publiques, ou l'on accouroit de toutes les parts du monde? ou sont les religieux estudiants aux con vents ' : ils ont pris les armes, les voila tous soldats débauchez. Ou sont nos chasses , ou sont nos précieuses reliques? les unes sont fondues et mangées : les autres sont enfouyes en terre de peur des voleurs et sacrilèges : ou est la révérence qu on portoit aux gens d église , et aux sacrez mystères? chacun maintenant faict une religion à sa guise : et le sei-vice divin ne sert plus qu a tromper le monde par hypocrisie : les prestres et les prédicateurs se sont renduz si vénaux, et si mcsprisez par leur vie scandaleuse, quon ne se soucie plus deux, ny de leurs sermons, sinon quand on en a affaire pour prescher quelques faulses nouvelles. Ou sont les princes du sang% qui ont tousjours esté personnes sacrées,
* Voyez tome I, page 1 43, note ♦.
^ Il n'y a voit aux États de la ligue ni officiers de la couronne, ni chancelier, ni maréchaux de France , ni présidents de cours souveraines, ni procureurs, ni avocats-généraux.
comme les colomnes et appuiz de la couronne, et monarchie françoise? Ou sont les pairs de France, qui devroyent estre icy les premiers pour ouvrir, et honorer les Estats? Tous ces noms ne sont plus que noms de faquins', dont on faict littiere aux chevaux de messieurs d'Espagne, et de Lorraine. Ou est la majesté et gravité du parlement, jadis tuteur des roys , et médiateur entre le peuple et le prince? vous l'avez mené en triomphe à la bastille, et trainé lauthorité, et la justice captive plus insolemment, et plus honteusement que n eussent faict les Turcs: vous avez chassé les meilleurs, et n'avez retenu que la racaille passionnée, ou de bas courage : encore parmy ceux qui ont demouré, vous ne voulez pas souffrir que quatre ou cinq disent ce qu'ils pensent, et les menacez de leur
' Le nom de faquin (du latin fasciculus) se donnoit ordinairement aux porte-faix, et autres gens de basse condition. Aujourd'hui il se prend tout-à-fait en mauvaise part, et signifie un homme accoutumé à faire des actions contraires à l'honneur et à la probité. Faquin étoit aussi un terme de manège, et se disoit de la figure d'un homme de bois ou de carton contre lequel on couroit pour s'exercer. C'est dans ce dernier sens qu^il faut l'entendre plus particulièrement ici, l'auteur faisant allusion à ce que dit Rabelais, que, « suivant la doctrine d'Elien, Gargantua, pour « oster à son cheval toute frayeur des corps morts, l'avoyt accous- « tumé a avoir un fantosme parmi son foin, et le faisoyt ordinai- « rement passer sur iccluy quand il luy bailloyt son avoine. »
lo SATYRE MENIPPÉE.
donner un billet ', comme à des hérétiques ou politiques. Et neantmoins voulez qu on croye que ce que vous en faictes, nest que pour la conservation de la religion et de TEstat. C'est bien dit: examinons un peu vos actions, et les deportements du roy d'Espagne envers nous : et si j'en ments de mot, que jamais monsieur sainct-Denys, et madame saincte-Geneviefve patrons de France ne me soyent en ayde. J'ay un peu estudié aux escholes, non pas tant que j'eusse désiré : mais depuis j'ay veu du pays*; et voyagé jusques en Turquie, et par toute la Natolie, Esclavonie et Mésopotamie^, jusques à l'Archipelago , etMar- Majour, et Tripoli de Syrie, ou j'ay appris le dire de Jesus-Christ nostre sauveur estre véritable : à fructibus eorum cognoscetis eos: on cognoist à la longue, quelles sont les intentions des hommes par leurs œuvres, et leurs efïects. Premièrement je diray avec préface d'honneur, que le roy dïs-
' Donner un billet , c'étoit notifier un ordre de bannissement ou d'emprisonnement. Cette espèce de billet sest appelée depuis lettre de cachet.
* L*auteur de cette harangue a voulu imiter Homère, qui, suivant la remarque de Pâquier, pour donner une idée plus étendue de la prudence d'Ulysse, dit que ce sage grec avoit beaucoup voyagé.
^ Ce mot manque dans les premières éditions.
SATYRE MENIPPÉE. ii
pagne ' est un grand prince, sage, cault % et ad visé : le plus puissant, et le plus grand terrien ^ de tous les princes chrestiens : et le seroit encore davantage si toutes ses terres et royaumes se tenoy eut , et estoyent joincts à l'approche l'un de l'autre : mais la France qui est entre l'Espagne et les Pays- Bas, est cause que ses seigneuries séparées luy coustent plus qu'elles ne luy valent, car sur toutes nations il redoute la Françoise, comme celle qu'il cognoist estre plus généreuse, et avoir plus de valeur, et impatiente du repos, et de la domination estrangere. C'est pourquoy comme prudent, prévoyant, et bien conseillé qu'il est, des lors qu'il fut contrainct de faire ceste misérable palx^ qui fut scellée, et signalée de la mort de nostre bon roy Henry II, n osant ouvertement y contrevenir, ny recommencer la guerre, pendant que la France estoit florissante , unie , bien d'accord, et de mesme volonté ensemble, il a tasché de semer la division et la discorde parmi nous mesmes : et si tost qu'il a veu nos princes se mescontenter , ou se bigear-
' Tout cet endroit est pris de Vadvis donné à Henri IH en 1 585 , par François de Noailles, évcque d'Acqs, concernant la guerre qu'il conseilloit de porter dans les Pays-Bas.
' Du latin cautus, prévoyant, prudent.
^ Celui qui possède une grande étendue de terres. On a renoncé à l'usage de ce terme sans lui substituer un équivalent.
* La paix de Cateau-Cambrésis , en i559.
rer', il s'est jette à la traverse pour encourager lun des partis, nourrir et fomenter nos divisions, et les rendre immortelles, pour nous amuser à nous quereller, entrebattre, et entretuer lun l'autre, afin destre cependant laissé en paix, et tandis que nous nous afFoiblirons , croistre et s augmenter de nostre perte et diminution. C'est la procédure qu'il a tenue * depuis qu'il veit messieurs les princes de Vendosme et de Condé mal contents, qui attirèrent avec eux la maison de Montmorency, et de Chastillon, pour s'opposer aux avantageux progrez, et advancements de vostre père et de vos oncles , monsieur le lieutenant^ qui avoyent envahi et usurpé toute l'authorité et puissance royale du temps du petit roy François , leur nepveu : je ne dy rien , que toute la France, jusques aux plus petits, voire que tout le monde universel ne sçache : car toutes les sanglantes tragédies qui ont depuis esté jouées sur ce pitoyable eschafaut françois^, sont toutes nées et procedees de ces premières querelles : et non de la
* Terme qui signifie ici à-peu-près la même chose que le précédent. On disoit anciennement bigearre pour sig[nifier bourru, fantasque, bizarre, qui en est peut-être dérivé.
* C'est-à-dire, tels ont été ses procédés, telle a été sa manière d'agir.
^ Cette figure étoit fort en usage alors, et les auteurs du temps scmbloient y recourir avec complaisance. H parut en 1649? ^^^^
SATYRE MENIPPÉE. i3
diversité de religion , comme sans raison on a faiet jusques icy croire aux simples et idiots. Je suis vieil , et ay veu des affaires du monde autant qu'un autre, voire j ay par la grâce de Dieu, et de mes amis, esté eschevin et prevost des marchands en ceste ville, du temps qu'on y procedoit par libre élection, et qu'on ne forçoit ny violentoit personne pour les voix et suffrages, comme avez faict, monsieur le lieutenant, depuis nagueres, ayant voulu faire continuer monsieur Boucher à vostre dévotion * : mais il me souvient encore de ces vieux
Blaea d'imsterdam, sous le titre de Theatrum tragicum^ un récit des proscriptions d'Angleterre.
' Depuis le 1 2 mai 1 588, époque des barricades ^ le prévôt des marchands, et les échevins de Paris avoient été créés d'une manière tout-à-fait opposée aux formes consacrées par Tusage. Le 18 octobre 1690, l'ordre ancien fut rétabli, et on élut ce jour-là pour prévôt des marchands Charles Boucher, sieur d'Orsay, président au grand conseil , et maitre des requêtes. Comme il fut un de ceux qui contribuèrent le plus au supplice de Louchard et de ses compagnons, le duc de Mayenne, qui lui en savoit bon gré, fit différer la nouvelle élection jusqu'au 9 novembre 1692. Boucher eut alors pour successeur Jean Lhuillier, qui , environ quatorze mois après, travailla fortement et avec succès à la reddition de Paris, et en fut récompensé par une charge de président en la chambre des comptes , le jour même de l'entrée de Henri FV dans cette ville. Ce n'est donc pas sans apparence de raison que l'auteur de cette harangu» insinue que le duc de Mayenne croyoit avoir beaucoup perdu de n'avoir pu faire continuer plus longtemps Boucher dans sa magistrature. Cependant Laget assure que
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temps, comme si ce nesloit que d'hier ou daujourd'huy. J ay bonne mémoire du commencement de la querelle qui vint entre feu monsieur vostre père, et feu monsieur le connestable, laquelle ne procéda que de jalousie de Fun sur l'autre : estants tous deux {];rands mignons et favoris du roy Henry second, leur maistre : comme nous avons veu messieurs de Joyeuse et d'Espernon soubs le roy Henry troisiesme son fils. Leur première dispute fut sur lestât de grand maistre, que le roy donna à monsieur vostre père, quand il feit monsieur de Montmorency connestable, qui estoit grand maistre auparavant, et qui avoit promesse du roy que ledit estât seroit conservé pour son fils ' . L'autre cause de leur mauvais mesnage , fut le comté de Dampmartin , que tous deux avoyent acheté de diverses façons *, et en estants entrez en procez, monsieur le connestable le gaigna par arrest. Gela les altéra tellement que cha-
quand Boucher auroit été rééla prévôt des marchands, le duc n*y anroit rien gagné; et qu*aa contraire, Boacher contribua plus à la soumission de Paris que Lhuillier lui-même.
* Au lieu de cette phrase, on lit dans les dernières éditions : et en despouilla monsieur de Montmorency connestable , qui l'avoit desja resignée à son fils auparavant.
' Le connétable, de Philippe de Boulainvilliers, et le duc de Guise, d*Odard de Rambures , frères utérins qui prétendoient tous deux que leur commune mère leur avoit donné ce comté.
SATYRE MENIPPÉE. i5
cun d'eux taschoit à désarçonner son compagnon : et delà vint le voyage que feit monsieur vostre père en Italie, ou il ne feit pas grand cas, [à cause que son ambition particulière le poussoit à la conqueste du royaume de Naples, ou il se promettoit avoir quelque droict * : et laissa loccasion de reprendre le duché de Milan , en passant, qui luy estoit aysé, n'y ayant pour le garder qu'un pauvre prestre le cardinal de Trente, qui estoit prest de quitter tout, si on leust attaqué : mais le destin de la France luy bandoit les yeux, et pendant son voyage ou il avoit emmené toute la noblesse, et toutes les plus belles forces de France, pour secourir le pape à
' Henri U ayant fait avec le pape Paul IV un traité, d'après lequel ce dernier s'eng^ageoit à donner Tinvestiture du royaume de Naples à un des fils de France, autre que le dauphin, le duc de Guise fut envoyé en Italie, à la fin de décembre 1 556 , pour prendre possession de ce royaume au nom du roi ; mais la conduite qu*il tint dans cette occasion ne tarda pas à laisser apercevoir qu il vouloit travailler pour son compte. Il étoit secondé dans ses vues par son frère le cardinal, qui, ayant été chargé lui-même d'une mission pour l'Italie, se permit d'abuser de ses pouvoirs pour favoriser ce projet, dont la réussite lui paroissoit très propre à servir celui qu'il avoit de se faire pape. Ce fut à l'occasion des desseins de ce cardinal que l'on fit les vers suivants , rapportés aux additions des Mémoires de Castelnau. (Tome I , page 4ofi-)
Quelque mine que tu fasse Bien aussi f&sché te voy De mourir sans estre pape , Que cestuy sans estre roy.
i6 SATYB NIPPÉE.
Ostie , nous perdismes ^^ ct-Quentin , et la journée de Sainct-Laurent , ou monsieur e connestable \ et plusieurs autres fîirert j >uis mon-
sieur vostre père à son retour*] par un heur "^ à la vérité fort admirable reprit les villes de Picardie que nous avions perdues , et Calais davantage : et pour se revancher des mauvais offices qu'il avoit sçeu qu'on lui avoit faict en son voyage, feit aussi tenir en longueur la prison de monsieur le connestable; et n'oublia rien d'artifice pour empescheretdilayer^ sa délivrance: qui donna occasion à ses nepveux messieurs de Ghastillon , d'implorer
* Anne de Montmorency fut blessé à la bataille de Saint- Quentin en 1 557, et fut fait prisonnier avec les ducs de Montpensier, de Longneviile, le maréchal de Saint- André et autres.
* Quoique ce passage ne soit pas dans la première édition, nous avons cru devoir le conserver comme renfermant une addition importante, qui ne peut être attribuée qu*aux auteurs euxmêmes. Au lieu de ce qui est entre deux crochets, il y avoit : parce que monsieur le connestable qui l'y avoit faict envoyer pour posséder le roy tout seul plus h son ayse ; empescha peut estre ou retarda les af" faires: mais il ne demoura gueres sans en estre ptiny, car il fut pris à la journée de Sainct^Laurent pendant V absence de vostre pere^ le quel estant de retour
^ Vieux mot signifiant la même chose que bonheur. Il étoit encore usité du temps de Corneille, dans les tragédies duquel on le rencontre assez souvent ; mais depuis cette époque il n*a plus été employé que d'une manière proverbiale ; heur et malheur.
* Du latin dilatio, délai, surséancc, renvoi à un autre terme; dilayer est ici un vieux synonyme de différer.
le secours, et se jetter entre les bras du roy de Navarre, père de ccstuy cy, et de monsieur le prince de Condé son frère , qui avoit espousé leur niepce. Voylà ces deux grandes maisons en factions et partialitez, qui s aigrirent encore par la contention' née entre monsieur le prince de Condé et monsieur d'Aumale vostre oncle pour lestât de colonel de la cavalerie légère. Il n estoit encore lors mention de religion ny de huguenots. A peine sçavoit on quelle estoit la doctrine de Calvin et de Luther, sinon au supplice de ceux qu'on voyoit brusler opiniastres' et neantmoins, la matière des guerres, et des inimitiez que nous avons veues, se preparoit des lors, et a duré jusques à présent \ Mais la vérité est, que quand messieurs de Chastillon hommes courageux et mal endurants , veirent que la faveur de vostre maison lemportoit sur la leur, et qu il n y avoit moyen de trouver crédit auprès du roy, pour les obstacles que les vostres leur donnoyent, ils furent conseillez de se retirer de la cour, et en leur retraicte
' Terme assez expressif emprunté du latin contentio. On diroit aujourd'hui débat, contestation. La nouvelle acception de ce mot dans le sens de forte application d'esprit^ lui a probablement fait perdre la première.
' Ce passage contient des vérités applicables ù jilus d'un pays et à plus d'une époque.
i8 SATYRE MENIPPÉE.
(ftist ce à bon escient, fust ce par ruse, et prudence) se monstrerent favoriser les nouveaux luthériens, qui ne preschoyent encore que dans les caves : et peu à peu se joifjnirent de fection et d'intelligence avec eux, plus pour se de£Fendre et garantir de vostre père et de vostre oncle, que pour attenter aucun remuement de nouveauté :
sinon lorsque le roy, à la suscitation de vostre oncle, qui luy en avoit faict escrire par le pape, prit luy mesme monsieur d'Andelot à Crecy * , et renvoya prisonnier à Meleun. Apres cet emprisonnement, et celuy du vidame de Chartres*, et de
' François de Coligny, seigneur d*Andelot, frère de lamirai de Cbâtillon. Ce fut à Monceaux et non à Greci que d'Andelot vint trouver Henri II qui lenvoya dans la prison de l'évéché de Meaux, d où il fut conduit dans celle de Melun, pour avoir dit à ce prince un peu trop librement sa pensée concernant la messe.
' François de Vendôme, vidame de Chartres, prince de Chabanois, colonel général de Finfanterie, avoit témoigné de rattachement pour les princes de Bourbon contre la maison de Guise; il avoit de plus pris ouvertement le parti du connétable et de la noblesse françoise en général contre les Guise; enfin il avoit témoigné ne pas faire grand cas des exploits du duc de Gube , qu'il ne croyoit pas fort brave. Tout cela, en supposant même qn*il ne s*y fût mêlé rien de particulier entre la reine mère et le vidaipe^ ne pouvoit manquer de causer bientôt la perte de ce seigneur, sous le règne de François II. Le vidame !âe Chartres fut donc mis à la Bastille le 27 août i56o. On le transporta ensuite au château des Toumelles, pour cause de maladie; et quand on vit quil n*cn pouvoit échapper, on lui rendit la liberté. Il mourut au mois de
quelques conseillers du parlement, survint la violente et miraculeuse mort du roy, qui esleva vostre maison au souverain dej^ré de puissance auprès du petit roy Francjois, et par le contraire, recula et abatit presque du tout celle de monsieur le connestable, et de tous ceux qui luy appartenoyent : et ce fut lors que les siens désespérez de moyens ordinaires , parce que tout bransloit soubs la faveur des vostres, se joignirent de secrettes intelligences avec les luthériens qk et là escartez par divers coings du royaume : et combien qu'ils eussent encore peu de créance avec eux, qui leur estoyent gens incogneuz, et n'ayant participé ny à cène, ny à synode, ou consistoire, ncantmoins par le moyen de leurs agents, bien entenduz es secrets, ils firent ceste mémorable entreprise d'Amboise, et assemblèrent de tous les quartiers du monde avec un silence merveilleux, une telle force de gens qu'ils furent prests, à jour nommé,
décembre de la même année. A larticlc de la mort , il répéta plusieurs fois ces mots au sujet de la reine mère qui persécutoit les princes du sang pour favoriser les Guise :
Catherine florentine Est de France la ruyne; Catherine de Florence Est la ruyne de France.
On vouloit lui faire croire qu'il révoit, mais il répondit qu'il savoit fort bien ce qu'il disoit.
de faire une cruelle exécution sur tous les vostres , soubs ce prétexte de délivrer le roy de la captivité ou vostre père et vos oncles le tenoyent : mais les bonnes gens ne se peurent garder des traistres ', dont s'ensuyvit la penderie d'Amboise, qui descouvrit les autheurs de la faction. Et de là scnsuyvit le mandement rigoureux qu'on fit au roy de Navarre, et la prison de monsieur le prince de Condé aux Estats d'Orléans, et beaucoup d autres tristes accidents longs à raconter : lesquels eussent continué beaucoup pires, si la soudaine mort du petit roy n'en eust destourné le cours , et rompu le coup qu'on alloit assener sur ces premiers princes du sang royal, et sur la famille de monsieur le connestable et des Chastillons. Il est aysé à juger combien vostre maison fut esbranlee et fracassée par ceste inopinée mort, et pouvez croire, monsieur le lieutenant, que monsieur vostre père, et messieurs vos oncles jouèrent tout un temps à resbahy% comme vous peustes faire, quand on vous porta la nouvelle de la mort de vos deux
* Cette entreptise, dirig;éc contre les Guise seuls, fut arrêtée à Mantes, et devoit s'exécuter le 6 mars i56o, à Dlois, où le roi étoit avec eux lorsqu'elle fut formée. Un avocat de Paris , nommé Desavenelles, qui étoitdu secret, découvrit la chose au cardinal de Lorraine; et un capitaine appelé Linièrcs, qui étoit aussi dans la confidence, déclara tout jusqu'aux moindres détails.
' Façon de parler proverbiale dont Rabelais fait l'un des jeux
frères. Mais non plus que vous, ils ne perdirent pas courage : et des lors eurent de bous advis et consolations du roy d'Espagne, duquel nous parlions tantost, qui durant ces premières dissensions estoit aux escoutes à qui il offriroit sa faveur, et attisoit le feu d'une part et d'autre, pour le faire croistre en la force et grandeur que nous l'avons veu, et voyons encore maintenant ardre', et consommer toute la France, qui est le but final de ses prétentions: sur lesperance don<' du support d'un si grand prince^ qui n espargnoit de promettre argent , et hommes , vostre père , sans s'estonner d'une si lourde cheute, voyant le roy de Navarre remis en son rang de premier prince du sang, pour la tutelle du petit roy Charles, et monsieur le connestable remis en sa charge, sçeut si dextrement jouer son rollet, qu'il les pratiqua tous deux , et tira à sa cordelle ^ , contre leurs propres frères, et leurs propres nepveux:
de Gargantua, du temps qu'il avoit été mis sous <les précepteurs sophistes, (liv. I, cliap. xxii.)
' Drûler; vieux mot emprunté du latin ardvre.
' Le mot cordelle, qui ne se dit plus aujnurcriiiii ({non teime de marine, s*employoit autrefois au figuré dans le sens de parti. Ainsi tirer quelqu'un h sa cordelle^ signiBoit la même chose que lattirei dans son parti.
On attire à sa curtlclti- IjU tciiinie la piii<> KdclU*.
repaissant l'un d'une espérance que jenose dire', et amadouant lautre par submissions, et honneurs, qu'il luy deferoit. Si bien que reprenant encore ses erres délaissées, et son ancien avantage, après que monsieur le prince de Condc fîit eslar{][}', qui l'avoit faîlly belle de deux ou trois jours seulement, il alla avec nombre de {][ens de guerre, et en grosse ti-oupe, se saisir du petit roy, et de Ifi royne sa mère à Fontainebleau, et les amena à Meieun. Et ce fut lors que mondit sieur le prince, et messieurs de Chastillon ne se sentants assez forts de leur chef, ny de leurs maisons, pour résister à si puissants ennemis, couverts de rauthorité et puissance royale , se firent luthériens tout à faict, et se déclarèrent chefs et protecteurs des nouveaux hérétiques, lesquels ils appellerent à leur secours, et par leur moyen, en guerre ouverte, se saisirent de plusieurs grosses villes de ce royaume, sans toutesfois faire aucune mention de leur religion, mais seulement pour la deffcnse du roy, et de sa mère, et pour les oster de la captivité, ou monsieur vostre père les detenoit : et vous sc^avez, monsieur le lieutenant, que ces gens là se sont toujours vantez que ce qu'ils en
* Cette espérance , dont les Guise repurent le roi de Kavarrc, et «juo d\Vubnii n'ose </ire, cioit tlojK>user la reine d*Écosse, Marie Stuart.
avoycQt faict avoit esté à la rcqucste et au mandcmeat de la royne mère, de laquelle ils ont publié, et faict imprimer les lettres à eux par elle escrites à cestc fin ' : vous u ignorez pas ce qui se passa en ceste guerre , et comment des lors le roy d'Espagne envoya à vos trc père du secours, mais tel que j ay honte d'en parler, tous bisognes^ ramassez, qui jamais ne voulurent combattre à la bataille de Dreux , et se couvrirent des chariots du bagage : toutcsfois cela fut une amorce pour allumer le courage des partisans, et de leur faire espérer qu'ils feroyent bien quelque chose davantage une autre fois, s'ils vcnoyent encore à s'entrebattre. Mais du depuis, les divers changements de nos affaires donnèrent bien à l^spagnol un autre jeu : car vostre j)ere mort , et la paix faicte , cognoissant neantmoins ces puissantes familles animées et aheurtees l'une contre l'autre, sans espoir de re-
' Il y en avoit quatre, entre autres, adressées au prince de Condé. Ces lettres de la reine au prince, datées de mars i56a, furent imprimées au mois d'août suivant.
' De l'espa^^nol bisonno; dénomination que l'on appliquoit aux troupes de nouvelles levées. Drantômc dit que, de son temps , on appcloit en France bisognes et en espa{jnol bison nos ^ toutes les troupes qui n avoient point servi dans les {>uerrcs du Piémont. Il est probable que ce mot vient de bisotjnay parce(|ue ces levées ctoient motivées sur une nécessité pressante. C'est ce qu'en d'autres pays ^ et d'une manière analo{>ue , on appelle la presse.
24 SATYRE MEMPPEE.
ranciliaiion . il praiiquâ monsieur le cardinal vosire oDcle <iui ne donuoii f3& de son oosté]^ pour entretenir les trc^ubîes et divisions en ce royaume. s^»u}>s ie nom spiecieux de la religion, de laquelle âu{.iaravani on a^oit f^îct peu ou point d'estax: monsieur vo>ije oucîe. comme il esloit adroii. ingénieux, et compLis>ant a qui il Tonloit, K-eut tellement gai,^;ner le cxeur de la poynemere, et la rc»}-ne mère celuy du njv. son fils, qull leur ].ter>uaJa que me^^siejr^ It-s princes de Bourbon, avdez de ceux de Montmoreuo, et deChastillon ne demaniit.»vent que sa ru\~ne. et uanrOTent i :imdi> piiiience. nv ce$>e . «juils ne l'eussent dias- <ee du rovaumo. lî renvovee en Italie chez ses j.areui>. Pieu hisse p.îrdoi: .- la K-inuedame! mais |xiur lapprebensiôn qu'elle en eut. jay grand peur qu'elle a este caiî>o de beaucoup de manx que nous avons vouz de sc»n temps: car sur ce sujet, elle les prit en leLc haine. qi:e jamais die ne cessa quVUc ne les eiisi nnTiez. o'onme elle fil Tun à la bauixle de .lorn.iL , et Tauire a la sainct* lxu'ihelem\, ou si îOii> it ux dv Mominorenc\- se Ir.sseiiî irouNi.- , i:s i. v*» oi:>senî j..i> c\i meilleur marclu. A quo\ niou>ic;ir x^^strt' ont if lenoit la main ton doxtiYinoîU . ci jv;îs>o:: vàiiLuument à la n>no |XMir mciuv !o rcu oîî ia icsie du jeune rtn CîiarKs s,in> la u\o\\ AutAul il lu taut dou-
SATYRE MENIPPÉE. :i5
ter qull n eust bien eu la raison de Tescorne ' que monsieur le mareschal de Montmorency luy avo it faicte en ceste ville, et à monsieur vostre frère, quand il leur fît faire tout en leurs chausses % parce qu ils portoyent armes deffendues sans son passeport. Mais il semble que les morts soudaines de ces trois roys subséquents Tun après Fautre, ayent tousjours rompu et desbauché les beaux desseins de vostre maison, et sauvé, ou prolongé la vie à vos principaux ennemis. Venons à ce qui est advenu depuis : car il est temps de parler de vous et de monsieur vostre frère, qui commenciez des lors à paroistre aux armées, et marcher sur
' Lorsqu il le fit arrêter, dans la rue Saint-Jacques, sous prétexte qu'il portoit des armes contre la défense du roi, en janvier 1 5G5. Quant au vieux mot escorne , qui sij^niBoit la même chose que détriment, échec, perte, dommage, il est depuis long-temps banni de tous les genres de style. jNuus en avons parlé ailleurs.
* Le duc François de Cuise étoit mort à l'époque dont parle d*AuL)rai; ainsi ces paroles ne rq'.ardcnt personnellement que le cardinal de Loriaine et le duc d'Aumale ses frères , et le jeune duc de Guise. D*Aubigné, qui raconle la chose en détail, dit que ceux qui avoient senti le parfum des culottes du cardinal de Lorraine, apprirent au peuple à <-hantcr avec eux dès le soir même, sous les fenêtres de fliotel <le Clufiy, où le cardinal et le duc d'Aumale s^étoient réfugiés: Fi, fi y fi, du cardinal , et ])lusieurs autres refrains de ce genre. Le Reueille-matin des François, imprimé en 1574) parle aus^i do la chanson de f*! , yî , qu'il dit avoii effectivement pris son origine en cette occasion
afi SATYUE MENIPCÉE.
les pas et traces de vos prédécesseurs : vous aviez desja faîcl paroistrc vos vaillances au sicfje de Pottiers, que derï'endîstes bravenieut, contre l'advis du premier luary de madame la lieutenaiide, mouâleur de Mon tpezal vostre devancier, qui vous conseilloit de quitter tout, et vous en aller: puis Justes à la bataille de Montcontuur : puis à !n journée de sain cl- Barthélémy, ou les compii[;uons hireat pris endormis, et bottez à dire dont venez vous : et encore que monsieur vostre oncle fust à feuilleter sou Itrcviaire en Italie, sï est ce que le jeu ne se Ht pas .sans son entremise ' pour en avoir l'approbation du roy d'Espajjnc, et l'absolution du pape, touchant le mariage qui servit de leurre et de trapusse' aux bufjucnots. Par après vous continuastes vos coups au sicf'e de la Rochelle, ou l'on veit que le roy de Navarre, qui est aujourd'huy, et monsieur vostre frère, n'cstoyeut qu'un cœur etuiieame, et en{;endroyenl jalousie
' \Ats hugucnols surprirent tlts leurcsadressicidula cour par le ctu'diiial (le Pi>lvé au curilîiinl de I.orniînet t[Ui s'cu alloit • Rome. Ces lettres justilioicni ijiic le nnrilînal de Lorraine éloit bien nverti de tnule Veut reprise.
' ■ Le roy CLiirles IX , dit du l'uy, ajjpellaît le devant de a» • iji'ussc sœur Marfrol , ta ti'a|)uï^e ou raiiri-e, où Iris luigueitotï . avoieni esié Rllrappm à la !aiii<'I-ltarlli<'li-my, lof* di- '.on iiiaria(;e -avcclerovdcîiiivsrrr, "
atout le inonde, pour leur {yrand privautc *. Mais il faut venir au poinct : quand vous veistes le roy Charles decedé, qui autrement ne vous aymoit pas beaucoup, et qui avoit plusieurs fois répété le dire du gi^and roy François, dont luy mesnie avoit faict ce quatrain, maintenant tout vul{jaire:
Le roy François ne faillit point.
Quand il prédit que ceux de Guyse Mettroyent ses enlaiit» en pourpoint , Et tous ses suhjects en elienii.se.
Quand vous le veistes, dis je, dccedc sans enfants, et le feu roy son frère marié avec vostre cousine' brehai{}ne 'etstcrile, vouscoiumenrastes, monsieur vostre frère et vous, à faire des desseins et projets, que beaucoup de gens disent estrc cause de tous nos mal-heurs. Je ne suis pas de ceux qui croyent que messieurs vostre père et oncle eussent des leurs temps jette les fondements de l'édifice , que vostre l'rere et vous, avez basti depuis. Encore qu'on parle des memoinjs de David , et de Piles \ qui ont pronostiqué mieux ([ue Kos-
' Autrefois oc tenue uo >c prcnuit pas toujours cii mauvaise }>art; il signifie ici la niénie chose que rainiliarité. ' La reine Louise de Lorraine.
* Vifii'^ ;aot qui simplifie la iiièiiie riiosi? (pu; stérile. Il ne ^r dit plus aujourd'hui (ju'eii parlant des biches.
* Vovez tome I, |ïa|;r 1 1 -i notes ' et '
28 SATYHK MEISIPPÉE.
tradamus ' tout ce que nous avons veu depuis leur mort. Et (ju on asseure que monsieur vostrc oncle avoit dresse un fonnulaire de tout Tordre qu'on y devoit tenir. Mais je ne puis croire que luy qui avoit de rcntendcment, ce qu'homme pou voit avoir, eust peu esjîcrer, de faire ses nepveuxroys de France, voyant encore trois frères enfants de la maison royale en droite ligne, tous puissants et en la îleiir de leur aa{je, prests à se marier: et ne j)Ouvoit pas deviner (pillsmourroyent sans lignée, comme ils oiitKiict par après. IVailleursil voyoit {{rand nombre de jirinces du sang royal, qui ne scstoycnt point frottez à la robe des hereti([ues: cela luy devoit cou])er toute espérance à ses desii'S. Je S(;ay bien ([ue de son temps il a esté autheur que Farcliidiacre de Thoid a escrit% que ceux de la
' MicLel Nosti.ulainus, iiK'tli*cin et astrolo{;ue du seizième sici'Io, né à Saiiit-Komi en l'ro\i.'iice, et mort en grande considération à Salon oîi se i'oii<ei'\enl eneoie i>on portrait ei son tom- Ijcau. Ses propliéiirs éerites à dessein dans le stylo énigniatique des oraeles, et qui ont dû à ienr obsenrité même le privilè^rc doccnpei bcaneoup d'inntiles loisirs, ont perdu depuis \ou(*temps leur eéléhritê ridieule, même parmi les rêveurs les plub obstinés.
' Los tlernicies ô(btiiui> p(irloii( , l'urchitliacrc [de Verdun) et depttisoiicoi'c t'eluyJc Thoul tnit rscrit. Cette additicm eslempruntée de l'édition de i (>.{(); mais elle n'est pas exacte, puisque jamais aucun arcliidiacre de Verdim nu écrit sur la généalogie <le In maison de T.oi raine . si l'on ru evopie {«irliard de \Va^sel)onn;
SATYRE MEMPFÉE. 9a)
maison de Lorraine estoycnt descendu/ de Cliarle-Magne, par les masles, sçavoir de Charles, duo de Lorraine, à qui le royaume appartenoit après la mort de Loys cinquiesnie, roy de France: et que l'ayant Hues Capet pris à Laon, et mené prisonnier avec sa femme à Orléans, il eut un fils masle, duquel il affermoit les ducs de Lorraine estre descenduz: cela s est souhs main jette parmy le peuple, dont vous n estiez pas marris : encore que les histoires communes et veritahles tesmoignent assez, qu'il y a eu interruption demasles en la race de Lorraine par deux femmes , et notamment en la femme ' de Godcfroy de Bouillon , nommée Idain^ Aussi en fit depuis ledit archidiacre lamende honorable par arrest, et s'en desdît [en présence de toute vostre famille^] comme lasche et poltron.
Mais enfin, il n'y avoit apparence que de ce temps là, mondit sieur vostre oncle, peust aspirer
Or cet historien étoit entièrement oppose à la prétention que le Cathoiicon attribue aux divers princes lorrains. Quant ù l'archidiacre de Thoul , qui se nommoit Uusières, son livre, intitule Stemmata Lotharingîœ et Barri dncum , etc, , fut eondamné et lacéré à cause des faussetés dont il étoit rempli, et lautcur Fut contraint de faire amende honorable.
' Les dernières éditions portent en la mère.
* Les dernières éditions ajoutent ou Ide.
^ Ces roots niunquenl dans les premières éditions.
i. SATYRE MEMPPEE.
a In royault. ayant tani «iobîstacles, et de testes, ou a combattre, ou a faire mourir par glaive, ou par poiâon : Lion est \ rav. que des son commencement il hit dinbliLtrux des ;;raiîdeur$. et du gouvernement de lEsîit plus que nul autre de son aa}je : et ne fay doute qu il n'ait désiré posséder les roys- et les tenir s il eust peu . en curatelle, comme faisoyent anciennement les maires du palais, pour (lisfKiser de tout a son appétit , et avancer ou reculer tous ceux qu il luy eust pieu : qui est ce à quov onlinairentcnt les plus «^randsaspireut. Cependant v estant a peu [«res parvenu, comme il a faict de son vivant, il vous avoit assemblé et préparé les matériaux, de^quels vous avez basti ce superbe dessein , d empiéter la couronne. Vous ayant laissé en main premièrement de ;;rands biens , de grands estais, les premiers offices et chargesdu royaume, de grands gouveruements, forces gens de guerre obligez par bieniaicts, force serviteurs, force intelligences avec le pape et le roy d'Espagne, et autres princes de vos parents et alliez : et q»ui plus est, une grande opinion envers le menu peuple que lussiez bons catholiques, et ennemis jurez des huguenots. Vous avez sçeu faire fort bien vostre proffit de ces prcj)aratoires, et des cstofFes qu avez
' C'cst-à-<lirc d'une inaiiiêro conforme à l'avirlito de -«es desii'S; du lattii iippetiiui, cupidité, convoitise
SATYRE MENIPPÉE. 3i
trouvées après sa mort, toutes prestes à mettre en œuvre. Quand je dy vous, j'entends parler de vos frères, et vos cousins. Apres la mort du roy Charles, beaucoup de choses vous ont succédé Tune après l'autre fort à propos : premièrement la stérilité du roy, ou de vostre cousine sa femme ' : pais la retraicte et absence du roy de Navarre, dont vous fiistes en partie cause, pour les deffiances ou vous le mettiez. Et par après la dissension, et division du roy, et de monsieur le duc son frère : de laquelle vous seuls fustes les autheurs, et promoteurs, aigrissant soubs main les esprits de l'un contre l'autre, et leur promettant secrettement de les assister. Une autre chose dont vous vous avez sçeu bien ayder, fut l'assistance que firent pour un temps messieurs les princes de Gonty, et de Soyssons au roy de Navarre, leur cousin g^ermain', quand ils veirent que c'estoit directement a toute leur famille que vous en vouliez, et que vous vous vantiez de supplanter, car
* Vers le mois de juin de i584 ^^ ^^ courir le bruit que la reine Louise étoit stérile, et quelques personnel crurent alors que le roi étott sur le point de la répudier comme telle; mais le véritable flKidf de ce divorce auroit été d'abaisser la trop grande autorité que le duc de Mercœur, frère de cette princesse, s'étoit arrogé ■ snrledncbé de Bretagne depuis quil en étoit gouverneur.
' Charles de Bourbon, comte de Soissons, et François de Bourbon , prince de Conti , tous deux frères de Henri , prince de Condé ,
là dessus vous pristes le sujet, que jamais navez laissé ny oublié depuis, de faire comprendre par la bulle du pape, et par les serments et protestations du roy d'Espagne, de n'approuver jamais les princes hérétiques , ni fils d'heretiques et trouvastes lors ces beaux noms d'adhérents , et fauteurs d'heretiques' .
ayant pénétré les desseins des Guise contre leur maison , s'étoicnt jetés dans le parti du roi de Navarre en i587.
* Henri IV avoit toujours déclaré qu'il vouloit conserver la religion catholique et maintenir les libertés de TÉglise gallicane, ce qui avoit attiré dans sou parti un grand nombre d'évéques et d'ecclésiastiques, les principaux seigneurs, et la plus saine partie de la noblesse du royaume. Le duc de Mayenne, afin de remédier à cette défection, avoit obtenu du pape Grégoire XIV, le premier mars 1691, deux bulles, Tune adressée aux ecclésiastiques attachés au parti du roi, par laquelle ce pape leur ordonnoit de le quitter sous peine d'cxcomniunicntion ; l'autre adressée aux princes , ducs , seigneurs , et autres , par laquelle il les exhortoit à abandonner le roi , avec menace d'employer des mesures plus sévères en cas d'obstination de leur part. C'est dans ces deux bulles que Henri IV est traité de fauteur d'héreliifues, ainsi qu'il Tavoit déjà été dans la bulle du pape Sixte V, du mois de septembre i585. Pour obvier aux mauvais effets de ces bulles , Henri IV publia, le
4 juillet iSqi, une déclaration par laquelle il confirmoit les promesses qu'il avoit faites concernant la religion catholique et les libertés gallicanes, ce qui retint dans son parti ceux qui Tavoicnt suivi jusqu'alors. Le parlement de Tours, indigné de la haulear avec laquelle Grégoire XIV avoit agi dans cette affaire, rendit le
5 août iSgi un arrêt par lequel il déclara ce pape ennemi de la paix de l'Église et fauteur de rebelles , et ordonna que le nonce
SATYRE MENIPPP:E. 33
Vous fistes des lors vos pratiques avec le roy d'Espagne plus manifestement, et asseurastes vos conditions, et stipuiastcs des lors vos pensions, luy promettant le royaume de Navarre, et le Bearn pour sa part, avec les villes qui seroyent à sa bienséance en Picardie, et Cham}. ifïiie : et convinstcs avec luy des moyens dont vous useriez pour empiéter TEstat. Et le prétexte qu'y prétendiez, estoit le mauvais gouvernement du roy, les prodigalitez qu'il faisoit à ses deux mignons , desquels vous tirastes Fun ' à vostre cordcllc% qui ne s'en trouva pas mieux : vous employasies toute vostre industrie à rendre le pauvre prince odieux à son peuple: luy conseilliez de surhausser les tailles, d'inventer nouveaux imposts, créer nouveaux offices, desquels vous mesmes profitiez*^ : car on maintint à monsieur vostre frère à Chartres après
Marcelline Handrianc, porteur de ces bulles, serait pris au corps pour luy estre son procès faict etparfaict.
* Anne, duc de Joyeuse , tué à Coutras en 1587. On rcfjardoit les Gnise comme auteurs de sa mort, parccquc c'étoit eux qui lui aboient fait donner le commandement de larniéc de Henri III, dans la vue de l'éloigner de ce prince auprès duquel il leur portoit ombrage.
* Voyez ci-dessus, page 21, note '.
' Les princes lorrains, sous le prétexte de la nécessite rie l.i guerre, avoient fait établir de nouveaux impôts dont ils détour- Doient la plus grande partie à leur profit.
34 SATYRE MESIPPÉE.
les barricades, qu*il aToit recea Fargent da party de trois edicts bursaux, €3rt pemicîeox, dont toutesfbis vous rejeniez la ba\Tie sur ce pauvre rov, lequel vous taisiez amuser à des devotioDS ridicules, cependant que vous briguiez la boune grâce de son peuple, et contre son gré preniez la charge et conduicte des grandes armées, attirant à vous les chefs et capitaines de guerre, et courtisants jusques aux simples soldats pour les gaigner: pratiquant les villes, achetant les gouvernements, et mettant aux meilleures places des gouverneurs, et gens à vostre dévotion. Et ce fut lors que vous conceustes tout à faict la royauté , comme Tappetit vient en mangeant , quand vous veistes le i-oy Henry sans espérance de lignée, les premiers princes tenuz pour hérétiques ou (auteurs d'heretiques , le consistoire de Rome vous hocher la bride ' : et le roy d Espagne vous donner Tesperon. Vous n'aviez plus que feu Monsieur, qui estoit un mauvais songe creux ', et qui sçaToit
' Location qui s'employoit aLnciennement an figuré pour signifier, sonder les sentiments de quelqu'un, ou, comme dans l'exemple actuel, favoriser ses projets. Aujourdliui elle ne se prend plus qu*eu termes de manège.
' Selon les Mémoires de Sully, Henri IV parla fort désavantageusement du feu duc d'Anjou au jeune duc de Guise; un joor que celoi-ci étoit venu faire sa cour au roi, après avoir traité avec lui , le roi lui dit que • jamais ny luy ny le deffunct duc de Guise
bien de quel bois vous vous chauffiez '. U se falloit défaire de luy, et le testament de Salcede * nous en a descouvert les moyens : mais la force n'ayant succédé, le poison fit la besonpne. Tous vos serviteurs predisoyent ceste mort plus de trois mois devant qu elle fust advenue. Alors vous ne fistes plus la petite bouche pour dissimuler vostre intention: vous n allastes plus connillant^, ny à cachette : vous vous declarastes tout à bon : [et me souvient que feu monsieur le cardinal de Guyse vostre frère, allant donner de leau beniste au corps de feu Monsieur frerc du feu roy, accompagné de feu monsieur le cardinal de Bourbon , ne se
« n'avoyent peu s'accommoder à l'humeur de ce prince , s'asseurcr • en son amitié , ny se confier en ses paroles , tant ils Testimoyent « prince de malin esprit, cauteleux et desloyal. »
* On prétendoit, dit un habile politique du temps, que si le doc d* Anjou eût vécu plus long-temps, le duc de Guise l'eût eu •or les bras.
* Salcède le jeune , frère de celui qui périt à la Saint-Barthclemi , étant prisonnier, avoit accusé les princes de Lorraine et de Guise d*avoir pris part à la conjuration contre le duc d*Alençon, et il lavoit confirmé à la question; mais il s'en rétracta avant sa mort, à rinstigation d'un religieux. (Journal de Henri III, août 1682, et Mézerai. )
^ Comme les connils ou lapins qui font leur chemin sous terre. Du latin cuniculum , et d'abord de cuneus un coin , dans l'une de ses deux acceptions qui présentent la même homonymie quen françob.
peut tenir de monstrer tant de rejouissance , que chacun s'appercevoit de ses risées, et des mocqueries qu'il faisoit au corps et à la religion , et au bon homme vivant, qu'il feignoit tant de vouloir servir, et honorer, et luy eschappa ce mot qui fut ouy de plusieurs : En ont ils maintenant? Geste mort donc vous haussa le cœur, et vous fit mettre aux champs à bannières dcsployees '.] Et néantmoins, pour avancer vos atFaires, vous voulustes faire croire aux bonnes gens que c estoit pour le bien public, et pour la deffense de la religion catholique, qui est un prétexte que les sediteux, et remueurs de nouvelletez ont tousjours pris. Dedans ce retz insensible vous attirastes ce bon homme monsieur le cardinal de Bourbon % prince sans malice ; et le sceutes si dextrement tourner, et manier , que luy mistes une folle et indiscrette ambition dedans la teste , pour faire de luy comme le chat de la sou riz, c'est à dire, après vous en estre joué, de le manger; vous y attirastes plu-
* Toat ce qui est compris ici entre deux crochets, manque dans les premières éditions.
' Pour appuyer les prétentions de ce cardinal, on publia un écrit intitulé : De la succession du droit et prérogative du premier prince du sang , déférée à monsieur le cardinal de Bourbon, par la loi du royaume et le décès de François de Gallois duc d'Anjou , traduit du latin du sieur Matthieu Zampini de Recanati , jurisconsulte, (Pa-^ ris, Rollin Thierry, i588. )
sieurs seigneurs de ce royaume, plusieurs gentilshommes et capitaines , plusieurs villes et communautez : et entre les autres , ceste-cy misérable , qui se laissa engluer , partie de hayne des comportements du feu roy, partie de l'impression que luy donniez, que la religion catholique s en alloit perdue, si le roy mourant sans enfants, la succession du royaume venoit au roy de Navarre, qui se disoit premier prince du sang. Vous forgeastes là dessus vostre premier manifeste, imprimé à Rheims^ qui ne portoit uii seul mot de la religion , mais bien demandiez tous les Estats et gouvernements de ce royaume, estre ostez à ceux qui les posscdoyent, qui n'estoyent à vostre dévotion : ce que vous corrigeastes par vostre second manifeste du conseil deRosne, qui, pour tout brouiller, dit qu'il ne falloit que mettre la religion en avant : et alors vous nous preschastes d'un synode à Montauban, et dune diète en Allemagne ' ou disiez (jue tous les huguenots du monde ' avoyent com])loté
' Ce synode étoit rassemblée de Montauban, tenue en septembre i584, avec la permission du roi qui y envoya monsieur de Belltèvre. Quant à cette diète en Allemagne, les ligueurs entendoicnt celle qui se tint à Magdebourg, le i5 décembre i584 ; mais tout ce qu'ils en débitoieut en cliairc et dans leurs libelles étoit purement chimérique.
' La reine d'Angleterre, le roi d'Ecosse, le roi de Dancmarck, le comte Palatin, les ducs de Saxe, de Poméranie et de ^Vurtenl-
de se saisir du royaume de France, et en chasser tous les prestres. Aucuns vous crurent, et quanta moy, qui ne suis pas des plus rusez, j'en eu quelque opinion, et me joigny de ce party, pour la crainte que j ay tousjours eue de perdre ma reli- {];ion : beaucoup de bonnes gens ont faict comme moy, qui ne s'en sont pas mieux trouvez : les autres, qui ne demandoyent que nouveaux remuements, firent semblant de le croire: plusieurs safFraniers, endebtez, criminels, contumacez, vous suy virent, comme gens qui avoyent besoin de la guerre civile. Ayant ainsi joué vostre partie et receu force doublons d'Espagne, vous vous mistes aux champs * avec une belle armée : quelques uns disent que cela ne se fit pas sans le seu et consentement de la royne mère, qui aymoitles troubles pour se rendre nécessaire, et estre employée à faire le hola , à quoy elle estoit fort propre : mais toute italienne, et ruzee qu'elle fust, si y fut
bcrg, le landgrave de Hcssc, le duc Casimir, le marquis de Brandcbour^^^ les Suisses protestants, les États de Hollande et Zclande, et autres provinces -unies des Pays-Bas. Toutes ces puissances envoyèrent effectivement du secours au roi de Navarre , mais c*étoit de laveu de Henri III , pour empêcher que ces deux princes ne succombassent sous les efforts des li^jueurs, et non, comme ceux-ci chcrchoient à le faire croire^ pour réduire la France à la réforme.
* Les dcmièi'es éditions portent en campagne
SATYRE MENIPPÉE. Sg
elle trompée : car elle ne croyoit pas du coniniencement que vos desseins volassent si haut, et ne descouvrit la mesche que bien tard après qu eustes mis le pied si avant qu il n y avoit pas moyen de le retirer, n estant pas vray semblable , encore qu'elle eust du mescontcntement de son fils, qui à la vérité se laissoit plus gouverner à d autres qu'à elle, elle eust voulu le laisser ruyner, et leveoir priver de la couronne, pour y establir vostre frère, de qui elle ne se fioit que de bonne façon. L'ayde donc que la bonne dame vous fit, n'estoit pas pour perdre son fils', mais pour le ramener à humilité et recognoissauce. Ce que pensant avoir faict par vostre moyen , elle vous fit par après dissiper vostre armée, qui ne vous servit de rien, sinon pour vous faire cognoistre vos forces, et jK)ur extorquer par violence cest edict de juillet', qui cassoit tous les autres edicts de pacification auparavant faicts, et rcmcttoit encore le
' La reine-mère ii*avoit pas effectivement pour but de perdre Henri ni; mais comme elle voyoit (jue^ d'après la loi salique, ce prince qui ne pouvoit avoir d'enfants laisseroit la couronne au roi de Navarre qu elle u'aimoit pas , elle se mit à favoriser la ligue dans l'espoir que cette faction élèvcroit sur le tronc ou le marquis de Pont-à-Mousson , son petit-fils, qu'elle ainioit beaucoup, ou du moins, Finfante Isabelle, sa pctite-fille.
' C'est l'édit de réunion, qui fut vériHé au parlement en présence du roi, le 18 août i585.
4o SATYRE MEMPPÉE.
feu et le carnage en France contre les huguenots. Mais vous ne demeurastes pas en si beau chemin : car ayant recogneu que la plus^rt des bonnes villes qui vous avoyent promis de s eslever pour vous, quand elles vous verroyent aux champs avec une armée , vous avoyent manqué , et estoyent encore retenues de quelque crainte et révérence du nom des roys, et de la majesté royale : vous pratiquastes sans vous desarmer, dedans toutes les villes, ceux des habitants que sçaviez avoir quelque créance et dignité sur le peuple: vous corrompistes les uns par argent, qui vous venoit en abondance d'Espagne , les autres par promesses de biens, offices, bénéfices, et les autres par impunité des crimes , dont ils estoyent poursuy\'is en justice: mais principalement vous dressastes vos machines contre ces te misérable ville, ou vous n oubliastes aucun artifice, jusques aux plus abjectes et honteuses submissions, pour rechercher et gaigner la simple populace *. Vostre frère s'en alla armer en Champagne et Bourgongne, pour surprendre les places du roy, non celles des huguenots, dont on ne parloit point en ce pays là,
' Charles Hotman , dit La Rochcblond , homme plus simple que méchant, fut le premier que gagnèrent les Guise pour former une lif^e à Paris. Celui-ci eu persuada d autres ^ qui tous ensemble lîient révolter les Parisiens.
SATYRE MENIPPÉE. 4i
sinon à Sedan, ou il fit mal ses besongnes '. Vous, monsieur le lieutenant, allastes en Guyenne' avec une puissante année pour attendre loccasion de jouer vos jeux : et c est à mon advis la raison que n'y fistes pas grand cas, parce que vouliez temporiser en attendant à frapper vostre coup par deçà, comme avez dit tantost. Mais les hcretiques de Sainctonge ne laissèrent de sen moquer : car à vostre retour, ils firent une petite rime en leur patois qui mérite que la sçachiez, et la voicy :
Haussez vos testes^ grands porteaux; Huys de Paris tenez vous hauts; Si entrera le duc de gloire,
' Ce fut le duc de Bouillon qui causa cette disgrâce au duc de Goise. Celui-ci, ne songeant plus qua porter la guerre dans la principauté de Sedan, depuis qu'il avoit repris Rocroi sur le dur. de Bouillon, étoit venu en mars 1 587 reconnoitix; de fort près les châteaux de Dagny et de Gironne. Le duc de Bouillon , accompagné d*un corps considérable de noblesse, fondit sur lui si biiisquementqu^il neut que le temps de prendre la fuite; encore laissa-t-il pour les gages à ceux qui le poursuivoicnt son manteau et ((uelques auti'cs de ses hesongna , entre autres le fourreau de son épéc, dit la Grande Histoire de Mézerai. C'est proprement cela qu'entend l'auteur de la harangue de d'Aubray, quand il dit que le duc de Guise fit mal ses besongnes auprès de Sedan. « Nous savons, disoit
• Dnplessis, que le roi se rit de monsieur de Guise qui perd son
• manteau en sa retraite de Sedan. >•
' En i585.
^ La plupart des éditions postérieures à celle que nous avons runstammcnt suivie portent voustes ;ui lieu de w^ick.
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Le •^^LTiin «^ en iric tôci pir deçà, est comman. ti:mchjLi:c îe^ {:«LiOH cp« ti:>os prisses.
Oe: of::rîje i'i zi«=îrr^ï- :c: Iljh^ par 2ifp».
Je ne p^-irieriv p«: In: de Ii t^ile prûe que vous h>re> du chiiCciu de Fr.-cj**: . et d'une jeune djime v^uî e^ïw.i: deùiii>. herLiLere de Ix maison de Ciuntra: • celi ne meri:e pas Jesire recîlé
* \z^Ln r^tfv'r i Aziî'.iî-fînK iCji:. .■•:axinff ^1K E^a & JuVeon, p*îtt cvcàiô.'i?; TiLT <<:c riint.T^^ L « "fc i" aîrcc-i cooieaerz mis 5";ci:i: ri^ccrc zn*v'-^'i za . i-ui :3<:aa<c:*caK . i iscik îxwr anor-
* La r*fCâ*« i«f ors ;-i.Mrtf T^^rr* ?e r-cvar^ 'hâos ' Crt» bfRStftv xit". K::c^ x Cvmxmc- la >ff«rcv. fiik lie
en ceste bonne conipa{][nie : encore que le bon homme de la Vauguyon en soit mort de dcsplaisir', n'ayant peu avoir justice contre vous. Aussi n estoit ce rien au prix de ce qu'aviez délibéré faire en ceste ville à vostre retour : dont vous sçavez que je sçay quelque chose, et non pas tout: Car je n avois point sceu que des lors vous eussiez projette de prendre le roy au Louvre, et tuer ou emprisonner tous ses meilleurs et plus signalez serviteurs, si le lieutenant du prevost Hardy* ne leust révélé, qui descouvrit toutes vos assemblées et entreprises , par tenants et aboutissants, et fut cause que le roy bien advcrty fit saisir le grand et petit Chastelet, l'Arsenal et Hostel de ville , et ren-
la-VaugnioD, devenu tuteur d'Anne de Caumont, Favoit mariée, malgré sa mère, à Charles dlEscars son fils, prince de Garancy. Le jeune Biron, qui s'étoit flatté d'épouser cette riche héritière, fit un appel au prince de Garancy, son heureux rival, et le tua en i5S6. « Du depuis, dit Mézerai, la Vau^iou, dans le dessein de
■ marier à sa fantaisie cette jeune et riche veuve, Tavoit toujours «gardée dans le château dont il portoit le nom. Ce fut là que le
■ due de Mayenne l'enleva pour en faire la femme de son fils
«Après tout, ce mariage ne se fit point, et Anne épousa depuis «François d'Orléans-Longueville, comte de Saint-Paul. » (Grande Histoire de Mézerai, tome III, page Bgi .)
*' Les dernières éditions portent, en ait receu beaucoup de dountnage,
* Ce lieutenant se nommoit Nicolas Poulain. Son Procès'verbal est une chose fort curieuse.
força ses gardes, pour empescher rexecution de vostre dessein. Vous confesserez que s'il eust feict alors ce qu'il devoit, et pouvoit, vous et tous vos agents et faciendaires ' estiez perduz, lesquels on cognoissoit par noms et par surnoms ; tout ainsi qu ils se sont déclarez par après. Mais on y procéda trop mollement, par le conseil de ceux qui disoyent, et disent encore aujourd'huy, qu'il ne faut rien aigrir. Depuis vous ne cessastes de pratiquer et solliciter tout le monde quasi à descouvert, et principalement les prescheurs et curez, à qui vous faisiez quelque petite part de vos doublons. Vous envoyastes une autre armée en Guyenne, dont faisiez estât, et que pensiez qui deust resserrer, ou prendre le roy de Navarre: mais de belles. Vous allastes précipiter et faire perdre ce jeune seigneur^, présomptueux des espérances que luy donniez, qu'il seroit roy de Toulouze. Vostre frère avoit d'autres forces sur pieds, qui luy vinrent bien à propK)s pour re-
' Subalternes cliar(jés du soin d'exécuter les ordres.
' Anne de Joyeuse^ favori de Henri UI, dont il a déjà été fait mention dans ce volume. Les Guise , avant de tenter l'ambition de ce jeune seigneur, lui inspirèrent de la jalousie contre le duc d*Épemon son rival en faveur. Il ne tarda pas à s'unir très étroitement avec eux, dans Tcspérance d'obtenir le Languedoc pour sa part du démembrement que les cbefs de la ligue prétcndoient faire de la monarchie Françoise. Cette ingratitude ne lui fît pas perdre
pousser les reistres' venants au secours des huguenots de Guyenne; et falut que vous mesine, monsieur le lieutenant, y allassiez en personne, encore ne sceustes vous les empesclicr de passer, et s'il ny eust eu que vous et les vostres tpii vous en fussiez meslez , quelque chose qii en ayez voulu faire croire, ils fussent vcnuz boire nostre vin jusques à nos portes, et vous eussent mis en merveilleux accessoire. Neantmoins vous voulustcs vous donner toute la gloire de leur desroute ', et ladesrober au roy, et à ses bons serviteurs, qui, ea temporisant et sopposant à leur passage de
tODt-à-coDp ramitié du roi, qui se proposoit de le ramener h sou devoir, mais clic porta du moins Flenri III à pouvoir souffrir réioi> gnement de Joyeuse qui lui demandoit le rommandcuient d'une année contre les huguenots de l'Auver(;ne. (Quelques lef'ers avantages qu'il remporta sur Tennemi avancèrent sa perte ; car ayant obtenu Tannée suivante le comniandeuient d'une autre armée contre le roi de Navarre, il fut tué à la bataille de Coutras^ au mois d^octobrc 1587.
' Ce mot vient de lallemand reitter, ([u\ signifie cavalier. Lefi nôtres étoient un corps de troupes allemandes que le roi de Navarre ayoit appelé au secours des calvinistes. Aujourd'hui ce mot n'a plus d*usagc que dans cette phrase burlesque : Ccst un vncux nître, pour dire, c'est un homme Hn, rusé, expérimenté au métier de la ^erre.
' C*est ce que faisoit à Rome le caixlinal de Pelvé, qui , devant le pape et les cardinaux, donnoit au duc de Guise, dont il étoit Fenvoyé, toute la gloire de la défaite de Tarmée allemande en i ?)87
Seine *, y avoyent apporté les plus grands efïects. Cela véritablement vous acquit un grand honneur, et faveur envers les Parisiens , dont la pluspart ne sçavoyent pas encore à quoy vous tendiez : mais ceux qui participoyent à vos secrets, et qui lors prirent le nom de catholiques zelez, faisoyent déjà un Dieu de vostre frère , l'invoquoyent en leurs afflictions, et avoient recours à luy quand on les mcnaçoit du roy, et de la justice. Dont il fut rendu si orgueilleux et téméraire, qu'il osa venir en ceste ville avec huit chevaux * contre les deffenses très expresses que le roy luy en avoit faictes : encore qu'on sçache bien qu'il avoit assigné cinq ou six cents hommes de cheval, qui se rendirent à mesme jour près de luy. Le pape Sixte cinquiesme sceut bien dire quelle peine cela meritoit^, quand il en sceut la nouvelle : et n'eust pas failly
* Les dernières éditions portent de Loire.
' A ]a journée des barricades.
' Le pape Sixte V, qui nMgnoroit pas Tambition da duc de Guise, ne put s*einpécher de s*écrier, en apprenant qu'il étoit allé trouver le roi à Paris un peu avant les barricades : « O le grand fou, « de $*étre ainsi livre témérairement entre les mains d*un prince « irrité ! «Mais apprenant presque en même temps que le roi l'avoit vu de bon œil, et qu il ne s*étoit pas assuré de sa personne, ce pape s*écria de nouveau : « Que voilà im ^and sot et un grand « benêt de prince, qui ayant une si belle occasion d'arrêter un en- « nemi, né pour être son fléau et sa ruine, ne la point fait! > ( De Thou, tome IV, page 288.)^
de le Élire, si telle chose luv fiist advenue : mais la bonne mère ' et ses bons conseillers % faicts de sa main, et de son humeur, dont nous n avons en* core que trop de reste, scenrent si dextrement imprimer la crainte en lesprit foible de ce pauvre prince, qu'il n osa rien entreprendre, de peur d'irriter les Parisiens, et craifjnant remettre encore les troubles et les misères de la (j^uerre en son royaume. Car encore ({uil naymast pas les huguenots plus que vous, si est ce c[u ayant expérimenté leur opiniastreté, et que pour néant on taschoit les vaincre et ranf^cr à la raison par la violence de la guerre, qui ruynoit son peuple: il s^estoit résolu de ne tenter plus les voyes de la force ^: mais par un plus {gracieux remède avoit commencé de les attirer à lobéissance, et recognoissance de leurs fautes passées : les privants de sa cour et de sa suitte, des honneurs, charges, gouvernements, offices, bénéfices, dont la pluspart d eux se faschoyent de se veoir cxcluz : si bien qu'il laut advouer que leurs forces s'estoyent plus alentîes et diminuées par cinq ou six ans de paix ,
' La reine mère.
' Et plus loin, ces traùtres conseillers. Ces hniis ou traîtres ron- 8ci]lersétoienL Villcquicr, d'O, et Villcroi. (Quelques uns y joij^ncnt le chancelier de Chivcrny, et autres.
^ Ce furent là, selon de Tliou, les motifs do la paix que le roi accorda aux hiu/uenots ii Poitiers, eu septemlnv i'*"^'-
48 SATYRE MESIPPÉE.
que par dix ans de guerre ouverte. Et ne se faisoit plus de nouveaux huguenots , les vieux se refh>idissants, et s ennuyants de la longueur, et la plus-part d'eux permettants que leurs enfants se fissent catholiques jx)ur participer aux honneurs et aux bénéfices comme les autres : mais vous et les vostres impatients du repos, et qui aviez peu de soin de la religion, pou^^'eu que par>'inssiez à vos attentes, ne pcustes souffrir ceste tranquillité, qui ne vous estoit pas saine. Vous aviez appris que la pescherie est meilleure quand Teau est trouble : si bien que neustes jamais repos que n eussiez veu naistre ceste belle journée des barricades, qui nousa , vous et nous ruy nez : encore qu'il soit assez notoire, et vostre frère ne le nieroit pas s'il estoit vivant, et tous ceux qui cstoyent de lentreprise, qui sont icy présents, me le confesseront, que si le roy eust voulu user de son pouvoir et de son authorité , nous estions des ce j our là tous perduz ' : estant bien certain que vous fustcs prevenuz et devancez de trois jours , et que le jour de lexploict qui se devoit faire, n estoit assigné quau diman-
' René de Villeqaicr persuada au roi de le charger d'aller par tout Paris ordonner aux troupes de ne rien entreprendre contre les bourgeois, et d'attendre tranquillement qu'on les instruisit de ce quelles auroient à faire. (Jette circonstance donna aux Parisiens le temps de reprendi'e courage.
che* : si bien que le roy qui sçavoît toute lentreprise, encore que ceux qui approchoyent le plus près de sa personne, taschassent luy dissuader, et divertir dadjouster fby aux rapports quon lay en Êiisoit, eut ses Souysses et ses gardes, et autres gens de guerre, tous prests avant jour, qui avoyentdesjaprislesplaces, carrefours, et cantons de la ville , des le matin auparavant que vostrc firere, ny aucuns des entrepreneurs fust éveillé: lequel, comme sçavez , ayant sçeuà son réveil, ce qui se passoit, se trouva si surpris et si esperdu, qail n attendoit rien moins , sinon qu on le vinst assiéger et prendre ou massacrer en Fhostel de Guy se, ou il s estoit résolu se defFendre seulement avec son espee, ny ayant faict préparatifs d'aucunes armes , de peur qu on y allast fouiller, et pour oster tout soupçon de luy : de mesme, tous les Seize, et les plus mutins de la faction se cachèrent dedans les caves, et chez leurs amis et voisins, n attendants rien que la mort : et n y cust aucun si hardy qui osast paroistre dedans la rue, quil ne fust plus de huict ou neuf heures : tellement que le roy eust peu, sans aucane résistance,
' Les ligueurs ayant pris Talarme au sujet de plusieurs de leurs projets que Nicolas Poulain avoit découverts, obligèrent le doc de Guise à hâter de quelques jours Tentrcprise des barricades.
5o SATYRE 11 E5IPPÉE.
se saisir d eiu. et de Tostre frère, et remcUie ab* solmnent scm aothorité, s*il enst permb que ses gens de guerre eussentjoné des mains, eCdbar|^ les premiers qui s'avancèrent à fidre barricades, et à boucher les passages des mes: mais sa timidité, on phistost sa natnreUe bonté, avec les impressions que luy donnoit sa mère, et ses traistres conseillers ', Fempescberent danser de TadTanlage qu'il avoit en main , Ëdsant defiendre à ses gens de guerre de fraper, ny ofienser personne, et se tenir coy sans rien entreprendre, ny faire eflfortà aucun des habitants : qui fut cause que les mutins reprenants cœur, sur les erres de leur entreprise projettee , eurent loisir de s'armer, et de renfermer comme entre deux gaufires ^, ceux qu'ils n'osoyent auparavant regarder au visage. Et vostre frère aussy voyant qu on tardoit tant à le venir attaquer, et que de toutes parts luy venoyent des gens en armes, que ceux du roy laissoyent librement pas* ser, parce qu'ils n avoyent point charge de prendre garde à luy, et sçachant que ceux de son party conunençoient à se recognoistre, et à fiiire teste aux quartiers, selon Tordre qu'on avoit auparavant projette, de désespéré qu'il estoit, il entra en
' Voyez ci-dessus, page 48, note '.
' Métonymie, pour deux fers à gaufres.
SATYRE MENIPPÉE. ;m
pleine asseurance, et envoya ses gentils-hommes destinez par les rues et cantons, pour assister et encourager les habitants, se saisir des portes, et des places de sa part , après s estre renforce de bon nombre dliommes armez, qui avoyent leur rendez vous à luy, sortit de sa maison sur les dix à unze heures, pour se faire' veoir par les rues, et par sa présence donner le signal de la révolte générale qui mit incontinent le feu en la teste de touslesconjurateurs, lesquels, comme fbrcenez et furieux, se ruèrent sur les Souysses du roy, qu ils taillèrent en pièces : et les autres gens de guerre se voyants renfermez entre deux barricades, devant et derrière , sans s'estre osé deffendre, à cause que le roy leur avoit deffendu , se rendirent à la mercyde vostre frère, qui les fit conduire en seureté hors de la ville, ce qu'il fit non tant par clémence et douceur qui luy fust naturelle, ([ue par ruses et cautelle ', pour mieux parvenir à son dernier but, qui estoit de se saisir du roy, le(|ucl il voyoit en armes sur ses gardes en son liOuvrc, mal aysé à forcer si promptemcnt , sans grand massacre. Son artifice donc fut de filer doux , et de con-
' VicDX synonyme de ruie, souvent employé autrefois. Nous avons conservé cauteleux dans le Ian(>a{jc familier ou satirique. Tout cela vient de cauius et de cavci-e, se défier. \mi prudence et la perfidie se touchent par un point dans le cœur humain.
5a SATYRE MEHIPPÉE.
trefaire le piteux \ disant qu'il avoit un extrême regret de ce qui estoit advenu : cependant il TÎsitoit les rues pour encourager les habitants, il sW seuroit des places fortes, il se fit maistrede l'arsenal , ou il avoit bonne intelligence avecSelincourt % pour avoir le canon , les poudres et boulets à sa dévotion: il enjôla de belles paroles le pauvre chevalier du guet ^, qui luy rendit la bastille par faute de bon appareil : il ne luy restoit plus que le Louvre : le palais estoit à luy, ce n'estoit rien £ûct s'il ne tenoit le maistre, lequel avoit une porte de derrière pour se retirer. Ce fut pourquoy pied i pied on avança les barricades, pour gaigner la porte neufve, et celle de Sainct-Honoré, mais le.pauvre prince, bien adverty de ce qu on deliberoit faire, et qu on n en vouloit qu a luy, ne s'osant fier en sa mcre, ny au gouverneur de Paris ^ qui estoit lors, qui Fentretenoyentde parlements et d'accord , prit
' c'est-à-dire, de se plaindre sans en avoir autant le sii|et qu*il vouloit le faire croire. Le mot piteux est entièrement banni aujourd'hui du style soutenu, et ne s'emploie plus guères que ptr manière de plaisanterie, dans ces phrases: (aire piteuse mine, piteuse chère ; être en piteux équipage ; raconter son piteux cas, eloi
> Qui en avoit la garde.
' Selon De Thou, ce fut par lâcheté que cet officier, nommé Laurent Testu , livra la bastille au duc de Guise , deux jours après les barricades.
♦ Villequier.
une résolution courageuse et approuvt.-e de beaucoup de gens de bien , qui fut de s'enfuir, et quitter tout. De quoy vostre frère se trouva bien estonné, voyant que la proye qu'il pensoit tenir en ses lacs, luy estoit escbappee. O feste mémorable des barricades \ que tes feries, et tes octaves sont bngues! Depuis ce temps là quWons nous eu que mal-heur et pauvreté? qu'angoisses, peurs, tremeurs', alarmes, deffiances, et toutes sortes de misères? Ce ne f ure nt plus que ruses , que finesses , dissimulations et feintises d'une part et d autre : pratiques, menées à qui mieux mieux, et à qui tromperoit son compagnon. Vous commen(;a$tes à marcher du pair avec vostre maistrc , et parce que n^aviezpeu 1 attraper par force ouverte, vous pristes conseil d y aller par finesse : vous faisiez les tristes et dolents de ce qui estoit arrive, quand vous envoyez vers luy : mais envers les estrangcrs, vous braviez, et vous vantiez d'estre maîstres de tout, et qu il n'avoit tenu qu a vous ([uc ne fussiez
' Dans une harangue prononcée en la chambre des députés du clergé aux États de Blois, celui qui porta la parole eut Tinsolcnce d'appeler la journée des barricades : heureuse et saincte journée des tabemacUs. Ce jour fut en effet la première des cinq fêtes que les ligueurs céléhi-èrentavec beaucoup de pompe jus(]U a répo(|Uc de l'entrée de Henri IV dans Paris.
' Synonyme suranné, mais élégant, de frayeur; du latin trcmère, trembler.
roys : et qu aviez gaigné en ceste journée des barricades , plus que si eussiez gaigpié trois batailles. De quoy vos lettres, et celles de vos agents font ample foy ' : vous envoyastes plusieurs fois diverses sortes d'ambassadeurs vers le roy, tant à Rouen qu a Chartres, pour faire croire que le peuple de Paris estoit plus à sa dévotion que jamais, et desiroit le veoir, et le chérir en sa bonne ville : et ne taschiez qu a ly attirer pour parfaire la besongne commencée : mais il n en voulut rien faire , et fît bien ; enfin après plusieurs déclarations que vous tirastes de luy, dont il ne fut chiche, comment il oublioit, et remettoit tout ce qui s'estoit passé, ou ne voulustes jamais qu on usast du mot de pardonner, vous vous allastes enfiler bien lourdement en la promotion des Estats, ou vous vous promettiez faire tout passer à vostre fantaisie % par le
' Ces lettres se trouvent dans les Mémoires de la ligue y tome II, page 340 et suivantes.
Le duc de Guise, profitant de la foiblesse du roi, qui, pendant les États de Blois, lui témoignoit souvent un véritable dégoût pour le gouvernement, prcssoit instamment ce monarque de lui accorder le commandement absolu des armées, avec le titre de connétable. Revêtu d*un tel pouvoir, il lui fût devenu facile de se faire déclarer roi par les États. (Voyez la note suivante.) Il protestoit bien , quil n 'en Ireprendroit rien contre le service du roi , tandis que ce prince seroit en vie ; mais il ne put s'empêcher de dire, tiua" près sa mort , i7 avoit autant d* espérance et de courage qu'aucun autre.
moyen des brigues que vous fistes à Telection des députez des provinces ' . En quoy on ne vit jamais une telle impudence que la vostre, qui envoyez de ville en ville faire eslire des hommes de vostre faction pour venir auxdits Estais, préparez de mémoire accommodez à vostre intention , les uns par force, les autres par corruption darf^ent, et les autres par crainte et menaces. Entre autres de ceste ville, vous envoyastes le président de Nuily, La Chapelle Marteau , Compan, Roland, et lavocat d'Orléans', qui estoyent notoirement les principaux autheurs de la rébellion, et les instruments dont vous vous serviez le plus, pour tromper le peuple. Qu'est il besoin de remémorer icy ce qui se passa à ces Estats de Blois^ et comment Dieu banda les yeux à ceux de vostre famille , pour
Ces paroles causèrent sa perte, parccque le roi, à qui elles furent rapportées, craignit que ce prince n*cmployât le crédit et l'autorité qa*il avoitdans les États pour le faire enfermer dans un cloître, ainsi que le bruit en circuloit.
' Les Guises travaillèrent dans toutes les provinces à (;<i{|;ner les nominations , et commencèrent à se servir., sur-tout en Lan(][uedoc , de Tordre des Feuillants, parmi lesquels ils clioisircnt, dit d'Au- Ingné, ceux de qui la passion, Vesprit et la créance étaient propres pour vn faire leurs émissaires. C'est a ce temps qu'il faut rapporter les premiers sermons séditieux du petit Feuillant.
' Grands ligueurs de la plupart desquels il a été fait mention en divers endroits de cette satire, et dont il va être question encore ci «après.
56 SATYRE MEMPPÉE.
s aller jetter dedans la fosse, qaïis a^oyent préparée pour autniy, alors qae pensiez estre au dessuz du vent après ceste belle loy fondamentale, par laquelle tous dedariez le feu cardinal de Bourbon, premier prince dU sang, et le roy de Navarre indignes de jamais succéder à la couronne \ non plus que ses cousins adhérents et fauteurs dlieretiques : voicy une bourrasque qui enlevé ces deux grosses colonnes de la foy, messieurs vos fîneres , Fun se disant lieutenant gênerai, grand maistre « et connestable de France, et lautre patriarche de l'Eglise gallicane , et les jette en un gouffine de mer si profond ' qu on ne les a jamais veuz ny ouys depuis. Fut ce pas un grand coup du ciel, et un merveilleux jugement de Dieu, que ceux qui pensoyent lenirleur maistreàla chaisne, et iaisoyent leur compte de l'amener dedans trois jours par force, ou autronent dedans cesie ville, pour le taire tondre en moyne. et le renfermer en un cloistre , se trouvèrent tout à coup eux mesmes pris , et renfermez par celuy qulls pensoyent prendre? Aucuns ont voulu dire que vous, monsieur le lieutenant, estant jaloux de la grandeur et haute fortune de monsieur vostre finere, advor-
* CV qui fut arrête ic\ États dtBlob^ m iS$9. ^ Ixtir» coqf^i furrat brùlês dans vue saDe basse da dilteia lie r!oi<
listes le deffunct roy de lentreprise qu'on faisoit de remmener \ et Fadmonestiéz de se haster d'y jprevenir. Si cela est vray, je m'en rapporte à vous ; mais c*est chose toute vulgaire , que madame d'Aumale', Tostre cousine fut à Blois exprez pour descouvrir tout le mystère au roy, ou elle ne perdit pas ses peines; et dit on que son mary et elle eussent des lors faict banqueroute à la li{];ue, si on luy eust voulu donner le gouvernement de Picardie et de Boulongne, et payer ses debtes. Quant à TOUS, je ne pense pas qu'ayez eu le cœur si laschc que de trahir vos frères ; et on sçait bien qu'estiez convié à venir et vous trouver aux nopces , ou Ton vous eust faict de leur livrée; mais, soit tpe vous vous defifiassiez de l'encloueure, ou que ne voulussiez vous bazarder tous trois ensemble ,
' La raisoD de cet aris du duc de Mayenne contre le duc de GuseySon propre frère, dit de Thou, étoit la jalousie qu'ils avoient Fonde l'autre au sujet d'une femme pour laquelle ils furent mémo for le point de se battre.
* m L'on publia à la cour que Marie, sœur du duc d'Elbœuf et > finmie du duc d'Aumale, qui autrefois avoiC employé ses attraits «à gagner les affectiohs du roi, avoit donné le même avis: et le ■eonte portoit que cette dame ayant demandé à parler au roi, • l'étoit mise à genoux au beau milieu de la chambre de la reine , «les mains jointes et les yeux levés au ciel, répondant à ceux •qms'étonnoientde sa dévotion en lieu si extraordinaire, qu'elle «irat de si grandes choses à révéler, qu'elle avoit besoin d'une •grâce particulière de Dieu. » (Mézerai, tome 111, page 56 1.)
vous voas tiiistes à Lyon aux esooutes^ pour at» tendre Fissue et Fexecuticm de Fentreprisey qui fut toute autre que n*esperiez; et peu s*en fidlut que vous mesmes ne fussiez de la fiurce, si le mi* gneur Alphonse Corse' neust esté devancé; madame vostre sœur eut la mesme firayeur que vont, qui, sçachant la nouvelle, ne se trouva pas atseuree aux fauxbours, et se retira en la ville^ O que nous serions maintenant à nos ayses, si ce prince eust eu le courage de passer outre, et con* tinuer ses coups. Nous ne verrions pas monsieur de Lyon assis près de vous, et vous servir d'aro* boutant pour faire vos pratiques et les siennes à Rome et en Espajpie , et pour empescher par ses sermons et ses raisons, colorées de religion, que n ayons la paix , dont nous avons tant de besoin^ Nous n eussions pas veu les furieuses administia» tions de Marteau , Nully, Compan , et Roland %
* Henri m aToit fkit partir en poste A^ibonse dTOniaiio, poar tucf le doc de Mayenne à Lyon avant ^*il eût reçn la mmiiBi de la mort de ses frères ; mais le marédial d*OEnano fnt denoMl de (jiiekpies heures par an coorrier <pe Mendoie aroit d^éckS au duc pour lui apprendre cette noQTelle. Le duc de Mayone se bâta de prendre la fiiite, cC de se retirer dans son gosvcnwmcnt de Bourigpogne.
' Ils furent arrêtés à Blois après la mort des Guises; mil fc roi les avoit renvoyés à I^rîs sur la promesse ^*ib fuuioÉl de leur mieux pour porter leun concitoyens à la paix. Ijmb 4e
qui ont mis le peuple au desespoir, si la justice,
qpie la renommée nous avoit apportée jusques icy
après leur capture, leur eust esté faicte comme
elle devoit; et toutes les autres grandes villes
n eussent pas bruslé du feu de la rébellion, si
i leurs députez eussent passé par le mesme fide-
. bon '• Mais la douceur de ce bon roy, qui n'estoit
j nullement sanguinaire , se contenta de veoir son
' principal ennemy et compétiteur abattu ; et s ar^
resta lors qu'il devoit plus vivement poursuyvre
ton chemin; toutesfois, si le sieur d'Entragues
eust faict ce quil avoit promis, de la réduction
d'Orléans, qu'il pensoit guarir comme il lavoit
gastee * et ne se fust point laissé devancer par
tenir cette promesse, ils firent du pis qa'ils parent, et contre Hani m, et contre Henri IV, principalement La Chapelle et Mutmii.
* Expression proverbiale empruntée de l'office des morts. Cfestè-dire si Ton eût enveloppé tous les députés des villes li-
dans la condamnation à mort de Marteau et des trois qa*on disoit avoir été suppliciés.
* Voici les détails dans lesquels Le Duchat entre à ce sujet : «Sosnite dn traité conclu le dernier jour de Tan i584) entre le •curdinal de Bourbon, ceux de Guise, et le roi d'Espagne à Join- •viDe, falné d*Entragues , François, qu'on avoit fait gouverneur •de FOrléannois, s'étoit emparé de la ville d'Orléans, et avoit •mis Dune, l'un de ses frères, dans le château. Ces deux frères •forait pendant quelque temps si bons ligueurs, qu'après le •traité fait à Nemours, entre le roi et les Guises, le duc de •Hontpensier s'étant présenté de la part du roi devant Orléans,
6o SATYRE MEMPP£E.
Samct-Manrioe etRossieiu', les choses ne se fussent pas debaachees comme elles firait, par fiiute de donner ordre à œ premier tnninlte, oa TOUS vinsles sur le commencement de leur re- T<dte, et leur donnastes coura^^e de se rebdler et opiniastrer à bon escient^ et à leur eiemple tous nous en fistes £ûre autant; puis^ qpasy tout à un coup, ce feu onbrasa tt>utes les bonnes villes de ce royaume, et y. en a peu qui se puissent Tanler dœ avoir esté exemptes, tant vous aviez sceu
nançois dTatraçoes aroh fait tâcr le aoon sv HL Cet frères saKirait le parti de fat hçmc josqa'cBvinHi le tcBps iks bankades, «im^mI, soit qpa ncoBBOÙant le roi îk fassent ie plus grands aTantaçes qplis n*cn aroient reçB qpe4à de ceox de Gotse, oa que, penoadés par dTkiCn^iics, leor antre frère, iis se proposassent de se serrer le çoaremcaïait dTOriéans, dont la TîUe ▼cnnît dTtee tlonnée en otage an doc de G«îse, <|ai Toaloit en «ioBBer le an prince de Gcmville son fils, ils àlakigneL Ce p en dan t, Kgnen rS yib amicnt cntietenn soi^KBScnnent le penpie Ak léans dms icspin de rêrotte, ce qne paC nire U^ne, aBRS <pK knonreOe y fnt Tenne de k Bort des Cni»T,celntép
le dbâtcw éqê. assiégé pnr ks s en cmpantient en moins «an nnâsw • ^ Trésorier de Fiance à Otkans. gcncnl des ▼mes de rt^ion, et depnè seciêcaiie dTêtnE de k I^kl fl J fc ys M fwr du» le» dernières ê^ÔQBS, dTaprès ▼ation laite fur I^Pny: mais on ne ^nit pns trop sv^noiDn ^iT se fbndoit ponr propowi ce dongCMcnt, et on dans les ècrrraitts dn temp» rin qni |iniiiit T\
SATYRE MENIPPÉE. 6ï
dextrement pratiquer hommes de toutes parts.
Là dessuz , pour nous rendre irréconciliables avec nostre maistre , vous nous luy fistes Êiire son procez \ vous nous fistes pendre et brusler son e£Sgie, vous defFendistes de parler de luy sinon en qualité de tyran ^ ; vous le fistes excommunier^, vous le fistes exécrer, détester, et maudire par les curez, par les prescheurs^ par les enfants en leurs prières. Et se peut il dire ou alléguer rien de si horrible et espouvantable que ce que vous fistes faire à Bussy le Clerc, petit procureur, accoustumé d*estre prosterné à genoux devant la cour de parlement^, laquelle il eut le cœur et la rage daller prendre au siège vénérable de la jus-
* L'auteur de cette hanmgue poavoit parler d'autant plus acieiiiineDt do procès fait à Henri III , qu*il en conserva chez lui JQMpi'à sa mort les pièces manuscrites.
* Depais le décret rcndn par la Sorbonne, le 7 janvier 1689, et fondé sur ce qne la ligue prétendoit que la majesté des États «foit été violée à Blois par Henri III. A Toulouse , les enfants , tntnant par les rues l'effigie du roi , crioient en leur langage : Nustre tymn de roy à vendre à cinq sous pour luy acheter un Ikou.
' En 1589, P^ Sixte V qui prétendit que le roi n a voit pu, mis commettre ui sacrilège, faire mourir le cardinal de Guise, qii'O soutenoit n'avoir plus été sujet de Henri III, du moment que les ordres sacrés lui avoient été conférés.
* Autrefois les procureurs au parlement ne pari oient qu'à genoux devant cette cour.
62 SATYRE MEMPPÉE.
tice souveraine*, et la mener captive et prisonnière en triomphe par les mes, jusipies à son fort et tanière de la Bastille, dont elle nest sortie que par pièces ^, avec mille concassions, exactions, et vilenies, quil a exercées sur les gens de bien? Je laisse les pillages de plusieurs riches maisons, la vente des précieux meubles, les emprisonnements et rançonnements des habitants et gentilshonmies qu on sçavoit estre pecunieux, et garnis d'argent , lesqueb on baptisoit du nom de politiques, ou d adhérents et fauteurs dlioretiques; et, sur ce propos, fîit Êdcte de ce temps là une plaisante rime, que j*estime digne d^estre insérée aux registres et cayers de nos Estats.
Pour cognoistre les politkpies , Adhérents, fauteurs dlieretûiiies.
Tant soyent ils cadies et conreits, U ne faut <{ae lire ces Ters.
Qui se plaint dn temps et des hommes En ce siècle d'or on noos somme» ; Qui ne Tent donner tout son bien
' En janvier 1S89. U en a été lait mmtioii avec qneiqiie détail dans le tome précédent.
* Les uns furent mis en liberté dès Taprès midi; les antics, pendant les dm on trois jours sairants, parceq[alb ne se troovoient pas snr la liste de Le Clerc, on «p'ayant donné de Faryent ponr soitir^ ik passoient après cela ponr bons catbo&iBes. (^wr- <mI dr Êltmri iUy j«mcr 1SS9.)
A ceste cause il ne vaut rien ;
Qui tard l'Union a jurée ,
Qui a pris sa robe fourrée
Au lieu de prendre son harnois ;
Qui ne dit point le Biarnois,
Âins dit le roy, et qui le loue;
Qui a faict aux seize la moue,
Les pensant hors de tout crédit ;
Qui en murmure ou en mesdit,
Qui aux quarante a faict la fi^e,
Qui n'a point la barbe à la li^e;
Qui a veu lettres de delà :
Ne vous fiez en tout cela.
Qui ne va point chez les princesses ,
Qui à Pasques n'oyt que deux messes,
Qui n'a des chapelets au col %
Mérite y avoir un licol.
Qui se fasche quand on l'appelle
A la porte, à la sentinelle,
A la tranchée, et au rampart,
n n'est point de la bonne part.
Qui fait mention de concorde,
U sent le fagot ou la corde;
Qui confit en dévotions,
Court à toutes processions ,
Prières et pèlerinages,
SU entremesle en ses suffrages
Un Da pacem ^, en souspirant,
' n y avoit alors une confrairie dite du, Chapelet y dont tous ht principaux ligueurs faisoient partie.
' Le parlement ligueur avoit fait défense de parler de paix, tous peine de la vie. C*est pourquoi, pendant la harangue de
64 SATYRE MEMPPÉE.
Ccsc pour le moins on adkmt; Gwili i fn qall hâte bonne mine Gardes qu'il ne toos enfnîne.
Qui n'ayme point ooyr |»œli e i Gw nH MJet, Linirstr ectBoodier'; Et qm Tolonticn ne saine Loodiafd % La Morticre \ et La Rne4;
CVst on manentre, fC nn ncfai \ Krtfpi^wn turc onmanuncin.
Qm nlmnoce la srignruii e De Bastoo, Madianh, Adiarie^ Et qm a dict en quelque endroict.
Que jamatt boitenz nlroit droictT;
et MiTiiirn îmtluu 1 y»'— jr tast,ct ledncde Maycmie 9«*o« /ut lifaicr, p ci MM e noaot dire /«sz-lk Cet incroTible éisoréi^ didées et de wêbêm ne s*cst imuniflé qii*i h
Lmeestre, mtrv poor na tcBps, pois par le roi dans la cme de Saim-Ocnû; Bouclier, cmé de SoiiiC-llcDoît, chassé de Pms lors de Fcntiée de Henri !¥; tons indiqnés défa dans des noies aniérîeucs, et qœ nons citons ici poor mémoire.
' Cn des sene qni fat pcndn.
' I^ des scîie; d'abord notûre, pais lientenant-oimind de rme comte.
4 TûOrar, grand lîgiieor.
* Tcme înjorîeax qoi ponnoîl Tour de ritalîen fntimeem, dom on a fiût /B«/vWMdbr y poor désigner une chose qoi a qoelqae apparence, mais qui est de nnlle Taleor. On dit en profince fnier, poor désigner faction dn feu sor nne chose U^tn ^
s'enflamme à rinstauL
an ligueur Acliarie et an petit Feuillant, tout
SATYRE MKNIlM'Ét:. (\:^
Qui demande par la ienestre
A ses voisins que ce peut estre
Aux alarmes, et toque-saincts;
Qui n'eust point peur à la toussaincts ' ;
Qui la bonne feste nommée
Des barricades n'a cliomee ;
Qui ne parle reveremment
Du Cousteau de frerc Clément ;
Qui, lors que Bichon ou Nivelle
Ont imprimé quelque nouvelle,
En doute, et s'enquiert de Tautheun
Je (jage que c'est un fauteur.
D'autres encores on remarque
A une plus certaine marque :
Sainct-Cosme, Olivier, et Hussy',
Empoignez moi ces gallants-cy :
Ils en sont; et pourquoy? et pource
Qu'ils ont de l'argent en leur bourse^.
J ay retenu ces vers par cœur, parce qu ils sont si vulguaires que les femmes et petits enfants les ont appris, et qu il ne se peut rieu faire de plus
deux boiteux. Ce vers a été omis par erreur dans l'édition de «599.
* Jonr de la prise du faubourg par le roi.
' Trois des plus scélérats d cuti*c les ligueurs. H a déjà été parlé en beaucoup d'endroits de cette Satyre du la plupart des personnages mentionnés dans ces vers.
' Cette pensée est prise d'un écrit de i584, dans lequel l'auteur prédisoit aux François les maux que produiroit le renouvellement des guerres civiles.
6f} SATYRE MESIPPÉE.
naif pour exprimer nos procédures, et les façons dont nous avons usé pour trouver de l'argent; mais on a oublié d'y mettre lor de Molan \ et le tkrcsor du grand prieur de Champagne % qui vous aydercnt bien à taire vostre voyage de Tours, qui ne fut pas long, ny de grand efleet. Car, après avoir mené je ne sçay quelle troupe ramassée de gens transportez d erreur, et d amour de nouveauté que leur mettiez en la teste, pour braver vostre maistre, que pensiez prendre à de»pourveu , ou avec espérance que ceux de Tours feiwent «juelque tumulte pour le vous livrer; sitost que veistes qu'on parloit à vous à coups de canon , et que le roy de Navarre estoit venu assister et secourir son frère, ayant un notable interest qu'il ne tombast entre vos mains, la frayeur vous saisit tellement au lustre des eschar^
' Selon Mézcrai et Varillas, co furent les domestiques du duc de Mayenne qui découvrirent cet or en fouillant dans la maison de Molan ; et ce que les ligueui's appelèrent en cette occasion le trésor ou l'or de Moian , consistoit environ en .{00,000 écus d*or.
* Ce personna^rc étoit Michel de Sèvre, chevalier de Malte, et grand prieur de Tordre en Champagne. Henri III Tayant fait tuer pour lui avoir manqué d'une manière très grave, les ligueurs s'enipaivrcut de son argent. Les dernières éditions ajoutent : Celujr de Vei'csque de Meaux, vostre chancelier , de tevcsque dAu» xerre , Jttivot , jadii grand aumosnier, et du prieur de 5aîncf-/irîcolas-tleS'Chantfis , et autrvs.
SATYRE MEMPPÉE. G-j
pes blanches, que ce fut à vous de vous retirer en diligence par des ckcniins esgare/ , ou il u y avoit point de pierres; et voulustes colorer vostre fuite sur la prière que nous vous fismcs de nous secourir contre les courses de messieurs de Lon- {pieville, de La Noue, et de Givry, après la honteuse levée du siège de Scnlis'. Estant icy, vous TOUS deffiastes bien qu on ne tarderoit gucres à vous suyvre de près, ayant deux si puissants dogues à la queue, et donnastes quelque ordre pour la deflense de Paris, par un «intidote, pire que le mal neust esté, si on nous eust pris; et ce Alt lors que les Parisiens commencèrent a veoir des hostes, vivants à discrétion en leurs maisons , contre tous les anciens privilèges à eux accordez parles defïuncts roys; mais ce ne furent que fleurettes au prix de ce que nous avons souffert depuis : vous laissastcs neantmoins prendre, à vostre nez, Estampes et Pontoyse sans les secourir. Et, voyant qu'on retournoit à vous, pour vous attirer à la bataille, ou vous resserrer entre nos mu* railles, vous viestes bien , au progrcz des affiiircs du roy, que les vostres s'en alloyent ruynces, et qu'il n y avoit plus moyen de vous en sauver sans un coup du ciel , qui estoit par la mort de vostre
' En 1589. Il en est fait mention clans le tuinc prtWMlcnt.
M SATYUP: MENIPPÉE.
maistrc, vostre bienfaictcur, vostre prince, vostrc Yoy ; je dy vostre roy, car je trouve emphase * en ce nu)t, qui emporte une personne sacrée, oincte, et chérie de Dieu, comme mitoyenne entre les an- ({es et les hommes; car, comment seroit il possible «puni homme seul, foible, nud, désarmé, peust commaniU'r à tant de milHers d'hommes, se faire craindre, suyvre, et obéir en toutes ses volontez', s'il n\ avoit(|ueKpie divinité, etcpielque parcelle de la puissance de Dieu nieslee? comme on dit que les dénions se meslent, et entrejettent dedans les nues du tonnerre, ou ils font ces estranges et es- |H>uvantables feux qui passent de bien loin le fru matériel, et element;iire. Je ne veux pas dire que ce fut vous qui choisistes particulièrement ce meschant v?i''- iEyrtn créa \ pour aller faiiY cet exécrable coup, que les furies denier eussent rctloutc de taire; mais il est assez notoire
tV nuM 0*1 pn* w\ en bonne jvirt Ctsi en «t endroit . une cxpix^iion «'ntty.u^iK- .:.ii Ij-^'^c p'.::* .\ jvr.*<T iju tl'e D'c\priiiie, *clon U lU^.niiKm *;u\n âonr.c Kuîitki. L{Tix]oloçii|Deiiiciit <-»^.:-S :sr nt >î••.r.^^e ^^uiino iiMnitrv de !.iirv voir ou de démontrer sji iviîMV. »U'ft-.n::x'î: :v*nx\xir y.us exAvU* ^ue celiede RichcleC. e\ «jin iY% :*•:*.: i *-\-'.'.e %:;■ '. t'.c^^iur.cx" . u rvs:e it dictionnaire dcf UK^:* .:'"'■ V*'.-'. *■<■;•:•. i* : ji.vv:^-...t.. vc î^rvi: £iii:v plus court que
\ /.v.o-. À x\'i. i." V., *: .V ". ■'.: v:r J: Frire JM«|ue«
SATYRE MENIPPÉE. 6g
quauparavant qu'il s acheminast à ceste maiidicte entreprise, vous le viestcs, et je diroybiêules lieux et endroits' si je vouloy, ou rencouragcastes% TOUS luy promistes abbayes, eveschez \ et monts et merveilles, et laissastes faire le reste a madame vostre sœur^, aux jesuistes, et à son prieur^ qui passoyent bien plus oultre, et ne luy promettoyent rien moins, qu'une place en paradis, au dessuz des apostres, s'il adveuoit qu'il y fust martyrisé **. Qu*ainsy ne soit, et que ne fussiez bien adverty
' Les ioformations secrètes qui furent faites depuis sur cet Assassinat, dit de Tliou , fournirent la preuve que ce moine, sor- Umde Paris pour Taller commetti-e, avoit passé par le faubourf^ Saût-Martin, et conféré dans Saint-Lazare avec le duc de Mayenne et La Chapelle Mai*teau. L'autorité de ce savant autour, qui rénnissoit les qualités de Furateur de Ciccron, la probité et le Inen dire , n*est cependant pas tellement infaillible qu'on ne puisse féroquer en doute celte borrible connivence. Il ne faut jamais cnoire des partis autant de mal qu'on en dit, sur-tout (juand ils n'ont pas triomphé.
' On lit dans les dernières éditions ■ Pour l'encourager.
' Quelques uns ont écrit qu'tm lui promit un chapeau de cardinal.
* Il y eut des personnes qui crurent et qui publièrent que la duchesse de Montpensier, pour en|;a{>;cr le Jacobin ù commettre ce parricide, n'avoit pas rou{;i de le soumettre par d'autres moyens de séduction que ceux qui viennent du ciel. Pithou parolt avoir wlopté cette exécrable supposition.
^ Edme Bourgoin, qui fut convaincu par témoins d'avoir encourage Clément à tuer le rai.
** Ceci n'est point une exagération, et Hourgoin nvoil en effet
de tout le mystère , vous faisiez prescher le peuple qui parloit de se rendre, quon eust encore patience sept ou huict jours, et qu'avant la fin de la semaine on verroit quelque grande chose qui nous mettroit à nostre ayse. Les prescheurs de Rouen , d'Orléans , et d'Amiens , le prescherent en mesme temps, et en mesmes termes; puis, sitost que vostre moyne endiablé fut party, vous fistes arrester et prendre prisonniers en ceste ville plus de deux cents des principaux citoyens et autres ' que pensiez avoir des biens, des amis, et du crédit avec ceux du party du roy, comme une précaution dont vous vous proposiez servir pour rascheter le meschant Astaroth^, en cas qu'il eust esté pris avant le faict ou après ; car, ayant le gage de tant d'honnestes honmies , vous pensiez qu'on n eust osé faire mourir cest assassin, sur la
promis à Clément une place en paradis au-dessus des apôtres, dans le cas où ce dernier pcriroit en exécutant son entrepiise.
' Ce passage, et une partie de ce qui suit, se retrouve dans les Mémoires de la ligue. De Thou ne compte que cent et quelques personnes incarcérées en cette occasion. Il y auroit peut-être moyen de concilier ces deux témoignages, en supposant que, dans le premier calcul, se trouvent compris ceux qui étoient déjà renfermés à la Bastille et au Louvre, à cause de leur attachement prononcé pour le roi.
' D'Aubray croit ne pouvoir mieux désigner ce moine que par le nom d'un démon.
xnenace qu'eussiez faicte, de faire mourir en contreschange ceux que teniez prisonniers. Lesquels À la vérité sont bien obligez à ceux qui , par une précipitée colère, tuèrent à coups cFespee ce meschant, après son coup faict ' ; et vous mesme ne les devez pas moins remercier; car, si on Teust laissé vivre , comme il falioit , et mis entre les mains de justice, nous eussions eu tout le fil de l'entreprise naifyement deduict, et y eussiez esté couché en blancs draps, pour une marque ineffiiçable de vostre desloyauté et félonie. Mais Dieu ne la pas ainsy permis, et ne sçavons encore ce qall vous garde; car si les exemples du temps passé portent quelque conséquence pour juger des affaires du temps présent, jamais on ne veit vassal et subject qui eust entrepris de chasser son prince, mourir en son lict. Je ne veux fortifier Geste maxime par beaucoup d'histoires, ny réfuter celles que nos prescheurs allèguent pour deffendre et justifier cest acte horrible : je n en diray que deux ; Tune de la Bible , et Vautre des livres romains. Vous pouvez avoir ouy prescher que ceux qui tuèrent Ahsalon, combien qu'il fust eslevé en armes contre son perc, son roy, et son pays, neantmoins furent punis de mort, par le
' Quand ou apprit la Hii tragique de Clément, la plupart de ces prisonniers furent mis sur-lc-chanip en liheiir.
7» SATYRE MESiPPÉE.
commandement de David ', à qui il fiûsoit la guerre. Si vous avez leu les conflicts qui furent faicts entre Galba, Otho, et Vitellius, pour Fempirc de Rome , vous aurez trouvé que Y iteUius fit mourir plus de six vingts hommes qui se vantoyent d avoir tue Galba son prédécesseur, et avoyent présenté recjueste pour en avoir recompense; non, comme dit Tautheur, qui sert aujouixI*huy (rcvangeliste à plusieurs % pour amitié c|U*il portast «à Galba, ny honneur qui! luy voulust faire; mais pour enseigner tous les princes^ d asseurcr leur vie et leur estât présent, et faire cognoistre à ceux qui entrcprcndroyent d attenter à leurs personnes, que lautre prince leur successeur, bien qu'eunemy, en quelque façon que ce soit, vengera leur mort. C'est pourquoy, monsieur le lieutenant, vous eustes grand tort de faire démonstration de tant d'allégresse, ayant sceu la nouvelle du cruel accident de celuy, par la mort duquel vous entriez au chemin de la
' L'édition de 1 699 ajoute, Son j^ère. De même quelques lignes plus bas ou y lit, Qi»i disovent^ avant les mots tjui se vantoytnt. Os additions, tout-à-fait insi('uihantos, ne se trouvent ni dans les premières ni dans les dernières éditions.
Ccst-à-dirc aux partisans du feu duc de Guise, qui étadioit tort Tbistorien Tacite, au lieu que llcnri III Faisoit sa principale élude de Macbiavel. (Mczerai , tome III, p. G5o.)
L édition de i5c)f) ]»orto : Tous /♦•> nivs et princts.
loyauté; vous tistes des feux de joyc', au lieu qp'en deviez faire de funèbres; vous pristes l'escharpe verde en sig[ne de resjouissance, au lieu tpe deviez redoubler la vostre noire % en sig[ne de deuil. Vous deviez imiter David qui fk recueillir lesosdeSauP, et les fit honorablement ensepulturer; combien que par sa mort il dcmeuroit roy paisible, et perdoit en luy sou plus grand ennemy; ou faire comme Alexandre le Grand , qui fit de si superbes obsèques à Darius ; ou Jules César, qui pleura à chaudes larmes sçachant la mort de Pompée, son compétiteur et capital adversaire, et fit mourir ceux qui lavoyent tué. Mais vous, au contraire de ces grands personnages, vous riez, et faictes festins, feux de joye, et toutes sortes de resjouissance, quand vous sçavez la cruelle mort de celuy de qui vous teniez tout ce que vous et vos prédécesseurs aviez de bien, dlionneur, et d*authorité. Et, non content de ces communes allégresses, qui tesmoignoyent
■ A la nouvelle de la mort de Henri III, le duc de Mayenne Bt faire des feux de joie dans tout Paris. Il y eut des chants , des danses , et des distributions de comestibles , comme en un jour d'alégrcssc générale.
* Le duc de Mayenne et sa cour prirent l'écharpc verte, et quittèrent la noire , qu'ils avoient portée depuis la mort des Gaise.
^ L'édition de ir>9ç) ajoute, son predccesicur.
assez combien vous approuviez ce malheureux acte*, vous fistes faire leffigie du meurtrier* ]M>ur la monstrer eu public, comme d'un sainct cane* nisé, et fistes rechercher sa mère et ses parents, pour les eiarichir d aumosnes pubUques ; afin que cela fust un leurre et une amorce à d'autres qui pourroyeut entreprendre de faire encore un pareil coup au roy de Navarre, sur lasseurance qu'ils prendroyent par Texemple de ce nouveau martyr, qu après leur mort ils seroyent ainsy sanctifiez et leurs parents bien récompensez^. Or je ne veux point examiner plus avant vostre conscience, ny vous pronostiquer ce qui vous peut advenir pour ce faict là ; mais il faudroit que la parole de Dieu fust menteuse, ce qui n'est points
* Od ne se contenta pas , à Paris , d'ordonner aux prédicateurs d*cn faire Téioçe dans leurs sermons ; on fit publier encore différents ouvragées dans lesquels Tattcntat de Jacques Clément étoit comparé aux actions les plus héroïques dont parle FAncien Testament.
' Il y eut des ligueurs assez effrontés pour proposer qu'on lui érigeât une statue sur un pilier de marbre, dans Notre- Dame , comme au libérateur de la patrie. On fit un grand nombre de gravures, où il étoit représenté la tête entourée d*une auréole. Deux de ces portraits, devenus extrêmement rares, se trouvent dans l'inappréciable collection autographe des journaux de TÉtoile, sortie, je crois, de la bibliothèque de Saint- Acheul, et qui est aujourd'hui dans le commerce.
^ Ceci se rencontre également dans les Mémoires de la ligue.
SATYRE MENIPPÉE. yS
si vous ne recevez bientost le salaire que Dieu promet aux meurtriers , et assassinateurs comme ' VQStre frère a faict pour avoir assassine le feu amiral , et le feu amiral pour avoir faict assassiner ▼ostre père; mais je lairray traiter ceste matière aux théologiens, pour vous ramentevoir' une kmrde faute que fistes sur cest instant : car puisque n aviez point craint de déclarer en tant de lieux que vostre but estoit de régner , vous aviez lors et sur le coup, une belle occasion de vous faire eslire roy, et y fussiez mieux parvenu , que ne ferez pas à présent, que vous briguez de lestre. Le cardinal de Bourbon, à qui inconsidérément vous defierastes le tiltre de roy, estoit prisonnier^ : vostre nepveu, en qui se conferoyent toutes les recommandations de son père, lestoit aussy : et Fun et Fautre ne vous y pouvoit nuire, conune vostre nepveu^ faict à présent : vous aviez encore les peuples animez, ardents et courants à la nouveauté,
* Dans l'édidon de 1699 on lit : Comme de faict ils Vont receu, ^in^ qu'il est escritpar toutes les histoires anciennes et modernes y et comme aussy vostre frère a receu pour avoir, etc.
> littéralement, remettre en esprit, en mémoire, faire ressouvenir.
' A Fontenai en Poitou , où il mourut.ll en est fait mention dans le tome précédent.
^ Ce neveu étoit le jeune duc de Guise, qui avoit trouvé moyen de s'échapper de sa piison de Tours.
qui avoyent une grande opinion de vostre vail-
lance, dont vous estes fort descheu depuis, et ne fay doute que ne Feussiez emporté, en haine du légitime successeur , qui notoirement estoit huguenot. Et puis vous aviez les prescheurs qui eussent deduict mille raisons, pour persuader le peuple que la couronne vous appartenoit mieux qualuy. L occasion en estoit belle, sur le changement d une lignée en lautre : et combien que ce soit une mesme famille , et d une mesme tige ^ neantmoins la distance de plus de dix degrez , ou les docteurs disent cesser tout lien et droit de consanguinité, donnoit beau lustre' : encore que le docteur Balde a cscrit que ceste reQlefaUit in familiâ Borboniorum'' . Tant y a que vous aviez la force , et la faveur du temps en main , de laquelle ne sceustes pas vous servir, ainsparune pusillanimité et couardise trop lourde, et grossière, vous voulus tes garder quelque modestie et forme de loy civile, donnant le tiltre de roy à un pauvre prestre prisonnier, combien qu'en toutes autres choses, vous violiez impudemment toutes les loix
' G'cst-à-dirc belle passe de succès ; locution qui revient à cette manière de parler familière, donner ou avoir beau Jeu.
' Ce passage avoit déjà été allégué en i585, par ceux qui soutenoicnt les droits du roi de Navarre à la couronne, depuis la mort du duc d'Anjou.
SATYRE MEMPPÉii:. 77
du royaume , et tout le droit divin , des gens , naturel, et civil. Vous oubliastes toutes les maximes des grands maistres, en matière d'entreprise sur les Estats d autruy : mesniement celle de Jules Gesar, qui disoit souvent pour excuse ces vers d'un poète grec * :
S41 faut estre meschant, soy-le pour estre roy : Maû au reste soy juste, et vy selon la loy.
Vous eustes peur de prendre le tiltre de roy% et ne craigniez pas den usurper la puissance, laquelle vousdesguisastes d'une qualité toute nouvelle, dont on n'a voit jamais ouy parler en France, et je nes<^y qui en futTautheur, encore qu'on l'attribue au président Brisson ou Jeannin : mais c|uiconque inventa cest expédient, faillit aux termes de grammaire et d'Estat : on vous pouvoit donner le nom de régent, ou de lieutenant gênerai du
(Ei^RiPiDES, in rhœnissis. )
■ Nun si violandam est jus, regnanJi (pratb violaiidum est ; alii» rubus m pietatem colas. -
(SuFTOKius, in Julio, c. xxx.)
* Les amis et les ennemis du duc de Mayenne ju(rcrent qu'il avoit commis une très grande faute, après avoir pris les armes contre Uenri IH, et l'avoir fait assassiner, de mancjuer du roura{;e de se faire élire roi, ce qui ne lui eût pas été difficile.
-i SATYRE MEMPPÉE.
rov: comme on aToic fciict aotrefois. quand les roys estoyent prUonniers. ou absents de leur royaume : nuis lieutenant de l'Entât, et couronne, est un tiltre inouy. ef estrancje qui a trop longue queue, comme une chimère contre nature, qui faict peuraux petits entants. Quiconque est lieutenant, est lieutenant d'un autre, duquel il tient le lieu . qui ne peut taire sa fonction , à cause de son absence, ou autre empeschement ; et lieutenant est lieutenant d'un autre homme : mais de dire qu'un honune soit lieutenant d'une chose inanimée. ciDmme l'Estat. ou la couronne d'un rov, cest chose absurde, et qui ne se peutsoubstenir: etcnt esté plus tolerable de dire lieutenant en ITstat et couronne de France, que lieutenant de l'Estat ' : mais c'est peu de chose de faillir a parler, au prix de faillir à faire. Quand vous ftistes affublé de ceste belle qualité, vous curastes si rudement nos bourses, qu eustes moyen de mettre suz une grosse armée, avec laquelle vous promettiez poursuyvre, assiéger, prendre, et amener prisonnier le nouveau successeur à la couronne % qui ne se disoit {>as lieutenant, mais rov tout à faîct: vous nous aviez desj a faict garder nos places, et louerdes boutiques en la rue Saiuci-Anthoîne pourleveoirpas-
' Vovez les Mêmci^fs Se U /:j-w?
' Vovez tome I . fM^«f ^o
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ser enchaisné, quand lameneriez de Dieppe prisonnier ' . Que fistes vous de cette grande armée , grossie de tous vos secours estrangcrs d'Italie , d'Espagne , et d'Allemagne ; sinon faire cognoistre vostre fbiblesse imprudente , et mauvaise conduite: n ayant osé, avec trente mille hommes, en attaquer cinq ou six mille , qui vous firent teste à Arques, et enfin vous contraignirent lever le cul honteusement, et chercher vous mesme seureté au delà de la rivière de Somme. Nous fusmes bien esbahisy quand au lieu de veoir ce nouveau roy à laBastille, nous le veismes dedans nos fauxbourgs, avec son armée, comme un foudre de guerre, qui devança nos pensées , et les vostres : mais vous vinttes à nostre secours, lors qu estions asseurez qu'il ne nous feroit plus de mal [ et faut confesser, que sans la résistance que luy fit à la porte de Bussy un qui luy est aujourd'huy serviteur, il nous eust is, avant que fussiez arrive^ ]. Depuis ce temps
* Ce qu'il y a de plus étonnaDt dans la forfanterie des li(jueiirs, ^6tt qu'ils aient osé représenter la bataille d'xVrques elle-même ocMnine une affaire glorieuse pour leur parti. Les curieux ont conservé la relation de cet étrange succès. Jamais on n*a abusé pins efFrontément de la figure de rhétorique, appelée contrevérUé. On chanta le Te Deum.
* Ces mots retranchés, on ne sait trop pourquoi, dans les dernières éditions, regardent vraisemblablement Ohrislophe de Bftssompierre , gentil-homme Lorrain^ père du maréchal de Has-
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là , vous ne fistes rien de mémorable en vostre lieutenance, que Icstablissement de vostre conseil des Quarante ' , et des Seize que vous avez depuis révoqué , et dissipé tant qu a vez peu : et cependant que vous vous amusiez à faire Testât de vostre maison, et que laissiez tremper en prison vostre roy imaginaire , sans le secourir, ny d'argent, ny de moyens pour entretenir son estât royal, le roy de faict se mit en possession du Dunois, du Vandosmois, du Mayne, du Perche, et de la meilleure partie de Normandie : tant qu a la fin , après qu'il eut en conquérant faict la ronde du tiers de son royaume , vous fustes contrainct , moitié de honte, moitié de desespoir, et par Timportunite qu'on vous fit, luy aller au devant, lorsqu'il assie^ geoit Dreux: ou il vous fit un tour de vieil ^uer-
sompièrc. Le duc de MayeDDe s*étoit déjà servi de lui en i5Sf> pour lui garder, avec trois cents bommes dééerminés, cette même porte Bussy, et la lui tcuir ouverte au cas que rentreprise qu'on prétend qu'il avoit formée contre la personne du rui vint à échouer.
' Ce conseil, qui ne devoit être que de quarante membres, se trouva composé de cinquante-quatre, le 19 février 1589. Les quarante établis par le peuple, étoient : Brezé, évéque de Meanx, garde des sceaux du conseil; Roze, évéque de Senlis, de Villars, évéque d'Agcn, Prévôt, curé de Sainl-Sevcrin, Boucber, curé de Saint-Benoit, Aubry, cu^c de Saint-André-dcs-Arcs, Pelletier, curé de Saint- Jacques, Pigenat, curé deSaint-Nicolas-des-Champs, et Launoy, chanoine de Soissons, pour le clergé; le duc d*Au-
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rier', pour avoir moyen de vous combattre: car il leva son siège, et fit semblant de reculer dedans le Perche, pour vous attirer plus avant, et vous faire passer les rivières à le suyvre : mais sitost quil vous vit passé, et engagé en la plaine, il tourna visage dix)it à vous , et vous donna la bataille que perdistes , plus par faute de courage, et de conduite, que par faute d'hommes, le nombre des vostres passant de beaucoup les siens. Encore en ceste grande affliction ne pustes vous vous tenir de nous donner une bourde , comme vous estes coustumier, vous et vostre sœur, de nous
Dttle, les siears de Manncville, marquis de Canillac, Saint-Paul , deBosne, de Montberault, de Flautefort, et du Saussay, pour la noblesse; les sieurs de Masparauté, de Nully, Coquelcy, Mydoige, Machault, Baston, Marillac, Acharic, de Bray, Le Bcaudcre, de la Bruyère, Anroux, Fontanon, Drouart, Crucé, de Bordcanx, Halvequin, Soly, BcUangcr, Ponclier, Scnault, Gobclin , at Charpentier pour le tiers-état. Les quatorze qui furent ajoutés i ce conseil , que le duc de Mayenne, qui s*en déciaroit chef, Toulat qu*on appelât désormais le conseil (];éuéral de TUnion, étoîent: Hennequin, évéque de Rennes, Lenoncourt, abbé; les présidents Jeannin et Vêtus; les sieurs de Sermoise, Dampierrc ; le président Le Maître, Damours, conseiller, Villeroi père, Villefoi fils, La Bourdaisièrc, Du Fay, et les présidents d*Ormesson , et VîdcviUe. La plupart de ces conseillers, dont le nombi-c se troura augmenté ensuite d'une manière illimitée, étoicnt dépoui- ▼os de connoissances ou pleins de mauvais desseins.
' Il parolt que Henri IV n avoit levé le s'ibQc de Dreux que pour attirer les ligueurs à Ivri.
paistrc de mensonges et fausses nouvelles ; et nous voulustes faire croire, pour nous consoler en ceste perte, que le Biarnois estoit mort*, duquel vous n aviez osé attendre la veue, ni la rencontre : mais nous vismes ce mort, bien tost près de nos portes ', et vous mesme eustes si grand peur de son ombre, que ne pristes loisir devons reposer, que ne fussiez passé en Flandres, ou vous fîstes ce beau marché avec le duc de Parme, qui depuis nous a cousté si cher, et qui vous a tellement ruyné d'honneur et de réputation, que je ne veoy pas moyen devons en pouvoir jamais relever^. Car au lieu de maistre, vous vous allastes rendre valet, et esclave de la nation la plus insolente qui soit soubsle cieL Vous vous asservistes à Fhomme le plus fier et ambitieux , qu'eussiez sceu choisir , comme avez depuis expérimenté, quand il vous faisoit naqueter* après luy, et attendre à sa porte, avant que vous Élire une response de peu d'importance.
Dequoy les gentils-hommes françois qui vous ac-
' Voyez tome I, page 40.
* Si Henri IV eût pu se résoudre à faire une attaque dans les formes, il est probable qu'il se seroit rendu maître de Paris dès cette époque.
* Voyez tome I, page 68.
^ Ou laqueter. Ces lettres se confondent souvent. En province , on dit des nentilles^ pour des lentilles; des nandiers, pour des landiers, Naquet pour laquais se trouve dans les vieux auteurs.
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compagnoyent, avoycnt despit, et desdain : et vous seul n'aviez honte de vous rendre vil et abject, en deshonorant vostre lif^nee, et vostre nation, tant estiez transporté d appétit de vangeance, et d ambition: or pendant ces indignitez, et deshonnestes submissions que faisiez au préjudice du nom françois, et de vostre qualité, notre nouveau roy ne chommoit pas, car il nous boucha nostre rivière en haut et en bas, par la prise de Mantes, de Poissy, deCorbeil, Mclun, et Montreau: puis nous vint oster la plaine de France , par la prise de Sainct-Denys : cela faict, il n'y avoit plus de difficulté que ne fussions assiégez, comme nous le iusmes incontinent après. Que fistes vous pour nous secourir? mais plustost que ne fistes vous point pour nous perdre et rendre misérables? Je ne veux pas dire ce qu'aucuns ont raporté de vous, que disiez communément, que la prise de ceste ville seroit plus préjudiciable a vostre ennemy, que profitable, et que son armée se perdroit et dissiperoit en la prenant*. Je ne sçauroy croirequ'eussiezpris plaisir de veoir tomber vostre femme, vos enfants, vostre frère, et vostre sœur, à la mercy de vos ennemis. Mais si faut il dire"",
' Tout ceci est presque mot pour mot dans les Mi^nwires de la ligue.
^ Tout le morceau qui suit est de la plus grande l)eauté, et
que le temps que vous mistes à nous venir secourir fîit si long, quil cuida nous mettre plusieurs fois au desespoir : et croy que si le roy vous eust demandé un terme pour nous prendre, il nen eust pas demandé davantage que luy en donnastes. O que nous eussions esté heureux si nous eussions esté pris des le lendemain que fusmes assiégez ! O que nous serions maintenant riches , si nous eussions iaict ceste perte. Mais nous avons bruslé à petit feu , nous avons languy, et si ne sommes pas guaris. Deslors le soldat victorieux eust pillé nos meubles, mais nous avions de Fargent pour les racheter, et depuis nous avons mangé nos meubles , et nostre argent. Il eust forcé quelques femmes et filles , encore eust il e^ pargné les plus notables, et celles qui eussent peu garantir leur pudicité par respect, ou par amis. Mais depuis , elles se sont mises au bordeau d*dles mesmes, et y sont encore par la force de la neces-
cette harangue de d*Aubray est digne en tout point des anciens. On ne s'arrêtera pas ici à toutes les belles expressions qn'eUe présente; mais remarquez entre autres une eoutume effrontée , qu'on oseroit à peine écrire aujourd'hui en poésie, tant notre langue est devenue prosaïque, et notre goût méticuleux. Il est vrai que le Paysan du Danube n*auroit pas été compris quelques années plus tard :
On ne sut pas long-temps à Rome Cette éloquence entretenir.
site *, qui est plus violente, et de plus longue infamie, que la force transitoire du soldat, qui se dissimule, et ensevelit incontinent: au lieu que ceste cy se divulgue, se continue, et se rend à la fin en coustume effrontée ■ sans retour. Nos reliques seroyent entières, les anciens joyaux de la couronne de nos roys ne seroyent pas fonduz comme ils sont^. Nos fauxbourgs seroyent en leur estre, et habitez comme ils estoyent, au lieu qu ils sont ruynez, déserts, et abatuz : nostrc ville seroit riche, opulente et peuplée comme elle estoit; nos rentes de lliostel de ville nous seroyent payées : au lieu que vous en tirez la mouelle , et le plus dair denier ; nos fermes des champs seroyent labourées, et en recevrions le revenu , au lieu qu'elles sont abandonnées, désertes, et en friche. Nous n'aurions pas veu mourir cinquante mille personnes de faim, d*ennuy, et de pauvreté , qui sont
* Pendant le siège de Paris, les femmes de la classe du peuple vendoicnt leurs parures, leurs vêtements, et souvent leur pudeur pour un nQU>rceau de pain.
* Voyez ci-dessus, page 83, note \
* On a déjà vu en plusieurs endroits de cette Satyre , que les ligueurs n épargnèrent ni les reliques des saints , ni les joyaux de la couronne. Il est heureusement du naturel de tous les partis parvenus au plus haut degré d*exaltation, de flétrir et d abhorrer les choses et les sentimcns qui leur ont servi de prétexte , et c'est pour cela que les partis ne font que passer.
morts en trois mois par les rues, et dans les hospitaux, sans miséricorde, et sans secours. Nous verrions encore nostre université florissante, et fréquentée, au lieu qu elle est du tout solitaire, ne servant plus qu aux paysans , et aux vaches des villages voisins ; nous verrions nostre palais remply de gens d'honneur de toutes qualitez, et la sale, et la galerie des merciers pleines de peuple à toutes heures, au lieu que n y voyons plus que gens de loisir, se pourmener au large, et l'herbe verte qui croist là ou les hommes avoyent à peine espace de se remuer: les boutiques de nos rues seroyent garnies d artisans, au lieu qu elles sont vuides, et fermées; la presse des charettes et des coches seroit sur nos ponts, au lieu qu'en huict jours on n en veoit passer une seule , que celle du legat. Nos ports de Grève et de TEscole seroyent couverts de batteaux, pleins de bleds, de vins, de foin et de bois. Nos haies et nos marchez seroyent foulez de presse de marchands et de vivres , au lieu que tout est vuide, et vague, et n'avons plus rien qu'à la mercy des soldats de Sainct-Denys, fort de Grournay, qu'on appelle maintenant Bride Badaut',
* Ces mots, qu'on appelle maintenant bride badaut, ne se trouvent point dans les premières éditions. Mézerai qui parle de ce fort , le nomme Pille - Badaud, Voici ce qu il en dit : « En « may 1692, après la levée du siège de Rouen, le roi, ne voulant
Chevreuse, et Corbeil. lia! monsieur le lieutenant, permettez moy que je m'exclame en cest endroit par une petite digression , hors du cours de ma harangue, pour de]>lorer le pitoyable estât de ceste royne des villes, de ce microcosme ' , et abrégé du monde ! Ha ! messieurs les députez de Lyon , Thoulouze, Rouen , Amiens, Troyes , et Orléans, regardez à nous, et y prenez exemple, que nos misères vous fassent sages à nos despens : vous sçaveztous quels nous avons esté, et voyez maintenant quels nous sommes. Vous sçavez tous en quel goufre et abisme de désolation nous avons esté par ce long et misérable siège, et si ne le sçavez,
■ point attaquer Meaiu, qui étoit trop fort, et voulant couper « aux Parisiens les vivres qu*ils tiroient de là par la rivière de «Marne , fit bâtir un! fort dans Tile de Gournai , qui est sur
■ cette rivière à quatre lieues de Paris. On le nomma Pille-
• BaJaudy (dit-il en marge, d'après Cayet,) et le roi en donna le «gouvernement à Odet de La Noue, dont la fidélité incorruptible
• lui répondoit de la garde très exacte de ce passage. » Cayet nous apprend que ce fort, construit seulement avec de la terre, étoit défendu par six pièces de canon. C'est de ce même fort de Coomai dont il est fait mention dans le tome précédent, en cet endroit où il est dit : Qu'à peine put on tenir son régiment de moynes et de pédants, qu'ils ne s'encourussent de ce pas attaquer les forts de Goumay et Sainct-Denys ; mais qu'on les retint avec un peu ieau beniste.
* De fMMfOfff petit, et «ccy^oc, monde; terme dont fauteur reproduit le sens immédiatement après par les mot$ abrégé du nonde.
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lisez Ihistoîre de Josephe, de la ^erre des Juifi, et du siège de Jérusalem par Titus', qui représente au naïf celuy de nostre ville. Il n y a rien au monde qui se rapporte tant Fun à lautre, comme Jérusalem et Paris, excepté fissue et la fin du siège. Jérusalem estoit la plus grande et plus riche , et peuplée ville du monde : aussi l'estoit Paris ,
Qui eslevoit son chef sur toutes aatres Tilles, Aatant que le sapin sur les bruyères viles ^
Jérusalem ne pouvoit endurer les bons prophètes qui luy remonstroyent ses erreurs et idolâtries : et Paris ne peut soufFrir ses pasteurs et curez , qui blasment et accusent ses superstitions, et folles vanitez, et Tambition de ses princes: nous faisons la guerre aux curez de Sainct-Eustache, et de Sainct-Mederic ^, parcequ'ils nous re-
* Cette comparaison est prise d*un Discours et récit , etc. qui se trouve dans les Mémoires de la ligue.
« VerùiD hse taotàm alias inter caput extulit orbes , ' m Quaotàm lenta soient inter vibuma cupressi. •
(ViRG., Ecl. 1, V. a5.)
' René Benoit, curé de Saint-Eustache, et Claude Morenne, curé de Saint-Médéric (par corruption Saint-Méry ) furent chassés de Paris, parcequ*ils tàchoient d'inspirer à leurs paroissiens la résipiscence de leur rchcllion et l'obéissance à Henri IV. Ce roi
moDstrent nos fautes , et nous prédisent le malheur qui nous en doit arriver. Jérusalem fît mourir son roy, et son oinct de la race de David , elle fit trahir par un de ses disciples, et de sa natiou : Paris a chassé son prince , son roy , son oinct naturel, et après Fa faict assassiner et trahir par un de ses moynes. Les docteurs de Jérusalem donnoyentà entendre au peuple, que leur roy avoit le diable au corps, au nom duquel il ^isoit ses miracles : nos prescheurs et docteurs ont ils pas presché que le feu roy estoit sorcier, et adoroit le diable, au nom duquel il faisoit toutes ses dévotions*, et mesme aucuns ont esté si impudents de montrer en chaire publiquement à leurs auditeurs, des effigies faictes à plaisir, qu'ils juroyent ertre l'idole du diable, que le tyran adoroit*, ainsy parloyent ils de leur maistre , et de leur roy. Ces mesmes docteurs de Jérusalem prouvoyent par Tescriture que Jésus -Christ meritoit la mort, et crioyent tout haut : Nos legem habemus , et secun-
donna par la suite à Morcone Tévéché de Séez , en récompense (le sa fidélité. Quant à René Benoit , il fut à la vérité nommé à léyéché de Troyes en 1694; mais il ne put obtenir du pape son investiture pour s être montré favorable aux protestants en plus <>QQe occasion, tant dans ses sermons que dans ses écrits.
' L édition de 1699 porte : ses vocations.
* "Le mercredy jour des cendres, dit le Journal du règne de