‹ Satyre Menippée de la vertu du catholicon d'Espagne et de la tenue des Estats de Paris; augm. de notes tirées des éditions de Du Puy de Le Duchat, et d'un commentaire historique, littéraire, et philologiqueChapitre 26 sur 61 · ESPAGNOLE · texte numérisé non relu

ESPAGNOLE

Sire,

imemoirede tant de bienfaicts que tout nostre î en gênerai a receu de vous, et reçoit jourment, et en souvenance du bon père Ignace e fondateur, qui estoit vostre subject naturel, environ cinquante ans ou moins, vous sça* 58 bons services que nous vous avons faicts , dedans que dehors vostre royaume, quand nous avez faict cest honneur de nous emap à ce qu'avez cogneu qu estions propres vos affaires , et selon le temps. Il n'y a celuy «tre royaume qui ne sçache, que la plus-part I qu'il vous a pieu nous commander, a esté lous si dextrement manié qu'en avez receu et et honneur. Si y avez faict despence , la B et le butin le vaut. C'est par nos travaux et os subtilitez qu'estes maintenant seigneur des i , desquelles tirez des doublons qui vous ont r, avec nos sermons et artifices à vous rendre ble possesseur de tant d'autres royaumes ,

236 SATYRE MEKIPPÉE.

dont les couronnes vous chargent tellement qu*eii estes tout courbé et contrefaict. Ces doublons vous servent de charme si souverain , qu'avec icduy pouvez ensorceler, et faire rendre à vous les plus farouches et sauvages peuples. Quand aux meurtres et cruautez qui ont esté perpétrez , en vous acquérant ceste fine drogue , conune j e sçay qu^avous faict massacrer un petit monde de pauvres innocents, par les plus exécrables tourments qu^il est possible excogiter, cela vous est pardonné , puis^ qu en avez labsolution de vostre père confesseur, avec la nostrc qui ne vous manquera point. Cest de nostre invention toutes ces sortes de tourments et gesnes qui se pratiquent aujourd'huy par tous les pays de vostre obeyssance, et principalement es nouveaux conquis. Pcrillus ny fit œuvre , et le tout pour le plaisir et service de vostre majesté, comme d un second Phalaris. L'inquisition qui a tant de vogue par toute Testendue de vostre domination, est elle pas de nostre cru? Elle vous sert de mords, et d'esperon pour tenir et faire trotter qui il vous plaist. Si quelqu^un de vos subjects vous deplaist , ou les moyens d un autre vous plaisent, il ne faut que le signal à monsieur Finquisiteur, aussy tost avez la depesche de lun, et la bource de lautre. Bref sans icelle, tous les pays que tenez unis , se desuniroyent ; et m'asseure que

vos fecoades Indes, le Portugal, TEcosse, et tous YOS autres pays bridez par Tinquisition , vous jouefoyent de beaux tours sans icelle. Tel des vostres qui vous honore, qui vousmorgueroit : nous donnerons ordre à ce qu elle soit tousjours exactement observée, et lestablirons encore ailleurs, afin de nouft&ire, comme en vos pays caresser, embrasser, et honorer, connue petits dieux. Tout cecy ne dy je pour reproche , mais seulement pour monstrer que nous sommes acquittez des charges, aux^ quelles il a pieu à vostre majesté nous commettre. Helas! Sire, s'il eust pieu à Dieu donner heureux succez aux entreprises et desseins qu avions projettez sur la France , vous estiez trop fort. Il n eust resté que Testahlissement de nostre saincte inquisition : car autrement n eussiez jouy de lacquest pour vous rendre le plus grand roy de vostre race. Les Seize nagueres pilliers de Paris, et main* texiant de Mont-faucon, estoyent par nostre moyen pour vous. Ils vous avoyent passé contract de vendil^tion de la ville capitale de ce beau royaume, stipulants par nous vos très fidelles et loyaux ^Igents , et experts facteurs en ce traffyc. Ils avoyent j ^ touché une partie du prix , et estoyent prests de (W.ire la deUvrance de la marchandise, mais au f^rand desastre, ils s'y sont trouvez courts, je dy oourts attachez. Je ne sçay s'ils ont emporté avec

eux la bource , mais je suis asseuré qu'ils y ontdn moins laissé les pendants. Je ne puis parler de ceste renverse de fortune sans souspirer, car nom ne serions maintenant à chercher fortune aillenn. Vous sçavez, nonobstant le desastre advenu à œi saincts personnages, les hons devoirs qu'avoni faicts depuis. Nous avons suscité des assassins, pour vous destrapper de vostre capital ennemy. Nous fismes en sorte , et soubs main , qu'un nommé Pierre Barrière, soldat qui avoit suyvy le party de rUnion, homme grossier, et débile d'entendement : car ce n est pas aux plus fins que noiu nous adressons, vint se confesser à lun de nons. Il s accusa de quelque énorme péché, duqud il ne pouvoit avoir remission , sinon qu'il fist qudique grand coup pour trouver grâce devant Dieu, et éterniser sa mémoire. Que s'il pouvoit tuerie roy de France à présent régnant, qu'il ne pouvoit faire œuvre plus méritoire, et plus redondante à Fhonneur de Dieu , que ce coup.

Que la crainte qu'il pourroit avoir d'y perdre la vie ne le devoit empescher de passer outre. Qu'il y seroit assisté de la mesme. faveur spéciale de Dieu, que fut Judith qui tàa Holopheme, et retourna saine et sauve vers les siens, et Aod qui tua Eglon , roy des Moabites , d'un Cousteau , et n'en receut aucun mal. Qu'à ces exemples il devoit

bixe ce coup, afin qu'il peust comme eux aller tout droit au ciel: car comme il est escrit, cœlum mm patitur et violenti rapiunt illud, qu a tout le moins il seroit canonisé , comme avoit esté de firaische mémoire frère Jacques Clément. Voylà comme nous prenons les passages de la Saincte- Eicriture, laquelle est faicte pour nous, et non notis pour elle, afin d'embobeliner les pauvres gens. Ce soldat bien instruit, conune dit est, et mettant en devoir de s acquérir paradis, fut surpris à Meleun à no^tre ires grand regret, et en porta la foie enchère. Sur la fin de Tannée dernière, nous pratiquasmes un semblable coup , en la personne d un jeune escholier natif de Paris, lequel avoit esté instruit des son jeune aage en nc»tre collège ; et induit par les mesmes voyes quedessuz, se bazarda pour avoir place en paradis, aussy bien que les autres. Et de faict fit bien davantage : car il aborda jusques à la personne du roy, et luy donna un coup de Cousteau en la fiice^ pensant bien le porter ailleurs. Ce fîit un grand malencontre pour vous et pour nous, que ce ccup ne descendit plus bas; vous ne séries maLntenant en la peii^ que vous estes, et n auriez peuàT de perdre vos Pays-Bas , qui s ébranlent fort , et de tout ce que par droit de bienséance usurpez. Nevous estonnez point, Sire, nos ruses et subtilités

24o SATYRE MENIPPÉE.

ne sont point diminuées en nous , et semble qu ce roy nous craigne. Toutesfois sa cour de parie—-*" ment veille pour luy, et a jà faict pendre quelqi uns de nos compagnons et le reste de nous exilez de la France, sans y pouvoir avoir auconi retraite, a confisqué toutes nos possessions biens, dont ceux de l'université de Paris espereal en avoir des plumes. En vertu de larrest de cest^ cour souveraine, il nous a fallu deslo^er sans trompette , et aller chercher nostre houxifi adventure , la cherchants encore à présent. Of est il que peu de jours y a, ainsy que passions pays, arrivez que fusmes en une hostellerie , nous nous trouvasmes à table avec quatre compagnons divers de bonne adventure, lesquels nous entretinrent de discours tout du long souper, et entr autres nous contoyent merveilles du pays ou ils avoyent esté, signamment des régions de la lune, ou ils afifirmoyent avoir par lespace de sept mois séjourné. Us discouroyent de la manière de vivre , et de Y» trange façon des habitants de là, des singularités des lieux, et belles remarques quils y avoyent fiEiict^s, et particulicrement de la description au vray des prouesses d un valeureux chef de guerre, nommé Jean de Lagny qui avoit autrefois esté en France , et estimé le factotum du roy d'Espagne, ainsy parloyent ils. A ce discours nous pris-

SATYRE MENIPPÉE. a4t

tous grand plaisir, et moy singulièrement, oyant parler de vostre nom , et de Tun de vos hallebardiers. Or après beaucoup d^antres discours , Viin d*iceux compagnons tira de sa malette un demy cayer de papier, et s'adressant à moy, me dit : Monsieur, de tout ce que nous avez ouy discourir en yoicy un petit recueil , que j ay dressé ; ^V0yez le plus particulièrement. Je le suppiiay de m'en donner une copie, ce qu'il fit, et estoit en la forme que je la présente à vostre majesté : la nuict auy vante, comme j'estoy couché, je suis certain que je %s ravy et transporté par quelque genius, dans une hotte, en ces régions, ou j ay trouvé ettre véritable tout ce qui est contenu au présent discours, auquel partant je nay ajousté ny diminué d un iota. L'occasion principale pourquoy je le vous présente, est pour supplier vostre majesté de vouloir dresser une armée , soubs la conduite du capitaine Cocodrille, ou tel autre qu aviserez pour la conqueste de ces régions de la lune nouvellement descouvertes. La prise ne vous en sera si pénible que celle des Indes, et vous asseure qu'y gaignerez davantage qu'en France. En ce pays là on ne trouve comme es Indes For soubs terre , mais es chausses d'un chascun. Quand vous aurez conqueste quelque coing de ce pays, qui sera, Dieu

aydant, en peu de temps, nous vous supplions afa. i6

fectueusettient de nous mettre en la première bourgade, et fonder un collège, et nous laÎMi faire du reste. Nous prescherons si bien , nous m» nierons si dextrement le baston, quen peud( temps en serez roy ; s*il ne tient qu a séduire h peuple , le faire rebeller contre son prince , lui apposter et envoyer des assassins , nous en Tien drons bien à bout. Les gens de ce pays là sercmt i vous, avant qu'ils puissent descouvrir aucunes d nos ruses. De ce vous supplions tant qu'il nous es possible: Sire, au nom de Dieu que faisons toui jours estre de vostre costé, ayez pitié de nous considérez que si ne nous placez en quelques un de vos pays, nous sommes en danger de demourc vagabonds comme les loups. En France la peste ye pour nous, en Allemagne la corde , en Angleten le feu . En Italie, et aux autres terres de vostre obey sance, nous ne pouvons y avancer de beaucou vos affaires, attendu que nostre principal mestic est, et ne sçavons presque autre chose, qua £di révolter les subjects contr.e leurs seigneurs, < brouiller leurs estats en vostre faveur. Je m'as seure que si employez quelque heure à la lectui de ce présent discours , vous serez d^autant plus ii cité à lavancement de ceste belle conqueste, afi de nous y envoyer en façon de colonnie , pour von y rendre le service que nous vous devons. Cepei

dant, Sire, nous prierons Dieu affectueusement qu'il vous en fiisse la grâce, et donne heureux succez à ceste saincte entreprise.

Voftre très humble et très obeyssant serviteur,

D. P. P., lESmSTB.

ifi.

riMPRIMEUR

Page 1