‹ Satyre Menippée de la vertu du catholicon d'Espagne et de la tenue des Estats de Paris; augm. de notes tirées des éditions de Du Puy de Le Duchat, et d'un commentaire historique, littéraire, et philologiqueChapitre 36 sur 61 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Da second quartier de la luoc, d*où nous furent monstrez les pays

des cens delà Feaa.

Rien ne fut obmis de Testât de la terre, comme dit est, qui ne fust par nous considéré de ceste trape, et remarquée la misérable condition des hommes qui y babitoyent; de là fîismes soudain menez au second quartier de la lune, car elle a quatre quartiers comme vous sçavez. Vous me demanderez peut estre de quelle matière est la lune, et que c'est. Certainement, mes bons amis, je n*en sçay que dire, je lay oublié, tant avions les esprits occupez à la considération des choses qui s'y oyent; si vous n estes satisfaits, allez y

veoir , et ne laissez pourtant à contenter vm femmes, de peur de mélancolie, et dîi malropiii* mun aux veaux qui conmiencent à croistre; Âxth vez donc que fîismes à ce second quartier; rea w» trasmes en cheniin plusieurs personnes wofpf^ menants la face bas, qui là, qui çà, tous par in verses voyes escartees les unes des autretr^ et sceusmes que c*estoit le quartier des phUotcqplMii lesquels ainsy cheminoyent ruminants, et mtf^ motants des lèvres comme guenons. CSonmmt, dit lors Roger, ceux cy sont ils sages jusques i h haute gamme? ils en ont la mine, je le veoif.'De grâce, oyons les un peu parler, il faict bon tooip jours apprendre. Non , non , dict lors nostre oonduicte, ne vous attendez à. ceux cy, que voj« ainsi metagraboulisez, ils n'ont de pbilosoplm que la barbe et le sourcil ; mais tournez leur k dos, et voyez ces gentils fallots qui dancent icy au soleil le bouquet sur Taureille. CTestoy ent oon^ pagnons de la bouteille , tous bons altérez, eCtnii? queurs. Si tost qu apperceuz ils nous eurent, ib rompirent leur dance pour nous accoler, faisants tout Thonneste recueil qu'eussions désirer, monstrants tousjours une chère joyeme, au contraire des susdicts pasles, de&icts, et oontreËdcts. Nous demandasmes à quoy ils passoyoït le temps? A bien faire, respondirent ils tous, et

H nous rejouyr. Hc bien! quoy, leur dit Rojjer, depuis quaud est la venue en ces quartiers? Nous ne sçavons, respondirent ils; nous ne contons ny n'observons point le temps et faisons icy, c est à faire à gens de delà l'eau. Quels gens de delà l'eau? repliquasmes nous. Ne les veistes vous oncques? demanda Tun d'entre eux. Non, que s(;acliions, respondict maistre Âliboron ; mais à la pareille , &tctes nous les veoir. Je le veux, dit le compagnon; regardez par ce trou en terre. Ce disant, ouvrit un guichet qui estoit soubs ses pieds, par lequel regardants ensemble , upperceusmes le pays ou ils demouroyent. Je vous diray premièrement une chose de ccste contrée là, j)i'esque incroyable, et neantmoiusaussy certaine, cpie vous estes tous des vidazes. C'est qu'encore (ju'aucun cosmographe n'en ait parlé, et (jue personne ne Fait veue , non pas mesme Thevet cjui a vcu les choses invisibles; toutesfois le plan est tel, que des quatre coings qui la font quarree, il touche aux quatre parties du monde, et, qui plus est, participe à tous les climats , nourrissant des hommes de toutes sortes, lesquels ont ceste fac;ou entre eux, que le plus sot est le plus heureux, iaisant d'un buiïle un éléphant, et d'un maucho de balet un coursier de Naples, (ît d'un Icstu un thresor. Leurs maisons sont de bourre cl cru-

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SATYHE MENIPPÉE.

chat , ou ils sont la plus-part du temps enfermes, resveretsyllo^iser combien dureront leurs liiibit employants Vautre à dormir le bcz contre terr«. Que si à quelque beau jour de l'an il leur udv^ noit de sortir hors, c'estoil pour s'csplucher au soleil comme chappons du Mans, ou à cscrire contre un mur nvec hs ongle»; cela fa'ict, aussj tost se renferment, se regardants les uns les lotrcs par les fcnestres. Cela nous cuntoit le romps- {;Doasus(lict,ain8y quclesregardious clcontenplious. Quant à leur vivre, i) estoît, sceusmes nous aussy, si reserré que c'estoit pitié; car ils ne mangent qu'une fois le jour, eneore un iicude souppe réchauffée, avec un demy trait de piscaotiue trouble, qu'ils hument tousjnurs en graognant, par l'ordonnance de leurs cliichcs nroriseurs,etsif6nt, a ce qu'ils se plaignent, de fjrauds despens enme8nage;ei mettants pour ceste cause tout leur soin et contentement à feirc amas de vieux drapeaux , et d'escuz tant qu'ils peuvent, lasquels, quand ils en peuvent avoir, trottent perpe* tucUement, peur que la rouille s'y mette, content, repreignent , remettent, rejettent, resset^ rent en leurs tirelires, clouées à doubles banda de fer, avec autant de serrures, enfermants Tune dans l'autre ; outre le coffre bien garny de bonnes serrures à cent ressorts, bien cnchaisné, et cade-

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nacé contre la parroy ou ils se tiennent, comme jay jadict, faisants le guet journellement, crainte des bienveillants.

Misérables humains , qui à chose si vile Rendent et leur raison et leur ame servile.

Au reste, cest une coustume fort observée entre eux qu'ils veulent tousjours faire croire à ceux qui les vont veoir qu'ils sont les plus habiles, accomplis de tout le monde, cuidants par ee:moyen gaigner la monarchie en matière de ravauderie, et persuader à leurs ci*eanciers qu'ils sont quittes et francs de toutes dettes. Comme autresfbis j en ay veu qui, par subtile invention, fieiisoyent d une cedule une quittance , ainsy que les pâtissiers de deçà d'un régiment de mousches un pasté d'assiette ; en quoy vous apprenez que c'est de la jurisprudence et des somptuositez de ees guilmins. Quant à la police, elle estoit prise sur le modelle des Mathurins à Paris , ou messieurs les maistres inertes se bourrent in modo et figura, à grands coups de bobelins, et chaperons; car premièrement ils sont fourrez de mesme, et s'assemblent par procureurs nationnaux, tous en belle ordonnance, bedeaux deçà, bedeaux delà. Pilis soudainement, comme si quelque arreste les tenoit au gosier, faisants premièrement chascun

agît SATYRE MENIPPÉE.

trois tours en ilespit du loup çarou, crient tous dune voix: Vival! inval! iwrtf/cliascun trois fois seulement, difïerents en ce pointa nos{];riinaux, qui nont aucune cesse jusques à tant quon leur jette une bénédiction en {][ueule. Cela fhict, se retirent chascun en leur chascuniere, vcrrouent leurs portes, et font le {piet aux fcnestres. Entre leurs coustumes, celle est la plus mal plaisante, qu on ne veoit leurs femmes qu au travers des vitres, comme si ce fussent reliques, n'osants, les pauvrettes, estaller leur marchandise, ainsy que nos dames , non crainte qu elles ayent d^estre battues, mais plustost de ne Festre point: car cest reli{][ion entre elles, comme en Moscovie, quand leurs maris les battent très bien , et s estime celle la mieux mariée qui a plus de coups, ce que j*estime croyez difficilement, si ne forgcay je rien du mien , comme ces afFronteurs , menteurs et imposteurs docteurs. Et à propos de docteurs, les gens de delà Feau , nous disoit on , en ont eu bonne quantité , lesquels tirent au court festin à qui le sera , il n'importe qu'ils ayent sçavoir ou non , pourveu qu'ils ayent bonne tix)n{jne ; mesnoie, s'il est trop sçavant, ils en font un hérétique, et le chassent d'entr eux ; ainsy n'ont ils garde de devenir fols d'estudier, comme plusieurs. S'il arrive (|uel([uesfois qu'ils ne soyent bien saouls et repeuz,

SATYRE MKXllMM'K. ay.i

i Is prendront plaisir de sermonner de continence, Cît estants à table, de discourir de guerre: ainsy cjue souvent on veoit entre nous des mirolc;ts, Cïoucliez sur la plume à leur a y se, maintiennent c(ue le dormir sur la dure n est pas si {j[rand mal <{uon le fiiict; comme d'autres qui, en gaillarde santé, donnent avec si grande confiance consolation aux malades, ou qui, assis auprès du feu, le verre à la main, en temps dliyver, soustiennent que le froid est salutaire pour corroborer les parties vitales. De belles. Ce n est pas tout, il faict bon courir la poule en ce pays là; car les hommes y sont si coyons, qu'ils se cachent en Feau et soubs terre, de peur des feuilles. Vray est qu'ils ont assez bon geste derrière un pourpoint de muraille^ et sçavent faire les ]>etits moulinets avec les deux espees au temps de desbauche, qu'il faut aller cmpescher le passa{>[e aux hannetons ({ui s'assemblent pour ronger leurs vijfues, et sur tout ont l)onne grâce à porter la pannaclie au bonnet pour effrayer les mousches. Ccst la cause pour hupielle Jean de Lagny les prit tous soubs sa protectirin , et s'en disoit roy, comme le héron des grenouilles, dont depuis ont esté quelque peu déniaisez, n'osants monstrer le nez hors leurs gistes, ny porter aureilles à descouvert, de peur d(îs uiauvaîs vcuts, se tenants nuict cl jour en sentinelle, [lour uuyi

nouvelles des terres neufves, d'où secours il attendent. Que si ainsy advient, il n*y aura pendart ny bclistre, qui n ayt liberté, ny femme qui nayt son congé. Mais c'est en vain, les nèfles seront molles avant ce temps là. Cependant les plus esveillez d'entr eux se tiennent mignons , propelets, frisez, testonnez. Lors que nous les contemplions là haut ils faisoyent leur monstre, par fortune, habillez à l'Espagnole, marchants le col levé comme oysons, un pied icy, l'autre là. SU» se mouchoyent , c'estoit par cérémonie ; s'ils se tournoyent , chascun se reculoit crainte d'endommager leurs fraizes; s'ils mangeoyent, on leur portoit avec petites fourchettes les morceaux tous maschez jusques au gosier, pour ne leur gaster les dents , et ainsy n'avoyent qu^à avaller tout doucement. En somme, c'estoit un peuple, comme nous pusmes apprendre, et à ce qu'en remar- (|uasmes en ce peu de temps que fusnies à les contem[)ler de là haut, bien maussade, ennuyeux et fainéant; aussy ne vous endirayje plus mot, pour ne démancher vostre patience. Je viens au reste.

ay:

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