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Lagny sur Marne , dont il a retenu le nom, et es toit moult grand plaisir de veoir nos gens cpi luy venoyent donner sur le derrière : car ainsf quun limaçon, si tost quon touche lune de sa cornes , l'autre se retire , se recrobile en sa coquille; ; ainsy faisoyent ces TiOmbards dans leurs tran- i chees, quils avoyent tousjours doubles, cni- ' gnants merveilleusement les dents de nos limien, et n estoit jamais asseuré leur capitaine conque- ] reur, qu'il ne vist trois rangs de fossez devant el l derrière luy, tous bien hérissez de picques et htmcroches, tant il estoit de sa nature sujet à estre efFrayë : ce qui me faict croire le proverbe qui dict en substance :
Gens cruels ont tousjours peur, Et jamais n^ont rien de seur.
Quoy que quelques uns ayent voulu maintenir estre prudence militaire à luy d ainsy bien garder sa queue, si ainsy est, les moyneaux gaignoont la monarchie sur les aigles, et fera beau veoir In renards avec leur queue en plaine campagne.
Mais laissons ceste dispute à Machiavel. Enfin^ Jean prist Lagny, et Lagny Jean , l'un vaut 1 autre. En cest assaut rien ny estoit espargné, autant le maigre que le gras, tout estoit mis en broche. l>clle conqueste! il ne falloit plus qu'Homère avec
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a vielle , pour en chanter les [ouan{;es. Cependant Sloitau sixiesnie tableau ledictconquei eu rpeinct iirun coursier de Naples, faisant la ronde autour Il village eonquis, la plume au lx)nnet, et abattit on toutes les maisons d autour, atin qu'il se romenast plus à son ayse; et ce fut lors (|ull parût de rompre la caveche à tout le monde, luy remettants les almanachs de ceste année là , que
grand Seigneur luy viendroit faire hommage •ut botté , le baisant au cul. Bref, es toit si hagard l'on ne le pouvoit tenir : et de ceste gloire s enïndra en luy lenvie de manger des pesches de 3rbeil, mais il luy cousta bon. Et se voyoit en Qimesme tableau la prise de ladicte ville , comme
fit despecbe , et furent ces gens despechez , «une chascun des siens portoit la hotte, et luy smouroit seul pensif, se mordant furieusement
lèvre inférieure. Ores s accoudant en un autre idroict sur 1 espaule de quelqu'un qui estoit là à ropos, pour le destacher, si d aventure, force î se pourmener, il luy prenoit envie de faire maire cuite. Ores frappant du pied contre terre, )ur faire sortir si grande quantité de Umpes , l'en un instant les tranchées en fussent parfaicment eslevees ; ou , comme se promettoit le rand Pompée , faire sourdre des gens armez en impagne, prestset défrayez à son service. En un
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petit quartier du tableau se voyoit un lieu doi, ou personne ncutroit que ses plus favoris. Là fiiisoit il un fjrand amas de eordes, en intention de parotter la ville tout autour, pour puis aprali mener en lesse, ou la renverser avec ses habitanti sens suz dessoubs , et en faire comme d*un codie • versé, torque lorgne , combien que quelques uni .^ en ayent voulu dire, que cestoit plustost poor "i l'enlever en Espagne, en quelque lieu, a rémois. Mais pourquoy que ce fust, il y eut bien du jea, car la corde rompist, et la plus-part de ceuxqoi estoyent destinez pour faire ce tant célébré garrotage , furent pris au pied du mur, et penduz à la barbe de ce discret personnage Jean de Lagnyï qui de fascberie qu'il en eust, comme sçavonstrei bien, cuida cliier dans ses chausses, et assomiM ce jour plusieurs des siens , tant il estoit vaillant, colère, et fit chevroter toutes les chèvres dedii lieues à la ronde à force de crier. Ses plus privO amis n osoyent pas mesme lacoster ce jour li} ains se tenoyent tous loin de luy muets comme poissons , attendants qu'il eust deschargé son Thomas; mais ils ne gaignerent rien, car le mil luy tint tousjours depuis; et quelque part qu^d passoit, personne nosoit paroistre devant luy, et escarteloit luy mesme les arbres pour se feire place , s y prenant aussy les doigts quelquefois
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joliement, comme un Milo Crotoniates. Ce que le peintre n'avoit oublie de bien représenter, aussy bien que ceste tragi-comédie qu'il joua , quand ses amis furent d avis de luy envoyer un menestrier pour jouer la pavanne: car il vous prit incontinent le violon , et le fit sonner sur la teste du pauvre hère tant qu'il fut en pièces. Et fîit lors qull fit sommer la ville, et qu'il menaçoit ceux de dedans qu il les escacheroit comme {grenouilles; car il avoit, disoit il, pouvoir de tonner oomme Dieu. Mais un gentil compagnon, qui estoit sur la muraille, luy monstra son derrière, luy faisant signe de mettre le nez dedans; et voyoit on au tableau comme il entroit à la brèche, on furent neantmoins une grande partie des siens tnez et atterez, tant que fut faicte la composition à cause du brave capitaine Rigault qui y mourut sur le haut de la brèche; dont fut faicte son epitaphe, attachée contre la muraille de la ville, en la sorte qu'il s ensuit, et quelle fut leue par nous audict tableau.
Brave Rigault, que la vertu fist naistre Pour nostre bien , et pour sauver Thonneur De nos François, à qui desjà le cœur Vottloit fléchir detsoubs un nouveau maistre.
Que puisse tu entre les dieux paroistre, Et, nouvel astre, au ciel pour ta valeur,
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Comnic un Castor nous prédire bonheur, Puis que tu as aux dieux changé ton estre.
Quand lu vivois pesle mesle parmy Les {jens ça Las , tu n'estois à demy Recoff neu tel que portoit ta fortune.
Mais maintenant qu'absent tu es là haut , Nostre air ne bruict que ton nom de Riçault, Et de clameur la France t'importune.
Apres ccste pièce de peincturc de la prise et reprise de Corbeil , se voyoit en une septiesme la retraictc de Jean de Lagny, et premièrement comme il asseuibloit son conseil, pour sçavoirles moYcns de retourner scurcment, car les chemins estoyent dangereux pour luy; et puis estant sujet à ccste maladie chancreuse d ambition, il se faschoit de s'en retourner, ayant si peu faict de choses. Je ne sçay pas ce qu'ils disoycnt en ce tableau : bien ai je maintes fois ouy conter que plusieurs furent de ceste opinion , qu'il s'enfuit aussy vîste qu'il estoit venu bellement j alléguants, pour le consoler de sa colique passion, que ce n estoit en cela qu'imiter son prédécesseur Alexandre, lecjuel autrefois contrainct par Ariobazancs, salli cacher dans les rochers de Suze, ainsy que tesmoîgnoit Diodorc en sa vie , livre sixiesme; et d'abondant, scfForroyent de luy prouver que pour cela
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il ne desrogeoit aucunement au tiltre de vaillant,
ains auroit toute sa vie la réputation d'homme de
bonne conscience , attendu que c*estoit un signe
infaillible d un bon cœur, que de fîiyr les coups.
Et de ce en a voyent , disoyent ils , tesmoignage
dans Pline, chapitre vingt et huict, livre sep-
tiesme , là ou est escrit qu en la célèbre bataille de
Cannes, les plus gens de bien gaignerent au pied ;
et que Plutarque, en la vie du grand Alexandre,
recitoit aussy que Darius fuyoit sans melancholie,
monté sur sa jument borgne. Bref, vouloyent
IPtfdntenir les nobles fuyarts , que les plus braves
ciqpitaines, à commencer depuis Nembroth le co-
-codrille, jusques à luy, avoyent fuy sans aucun
interest, et quil devoit à leur exemple prendre
ie galop. A quoy enfin il consentit, à cause de
Aiabitude de sa nature, comme je vous ay jà dict,
lieaucoup sujette aux frissons, syncopes, et pal-
|Mlations de cœur; aussy estoit il gaillardement
-représenté au tableau, fuyant, c'est à dir&pasle,
*dcfisiict , seiTant les jambes, sans regarder derrière
hakjj laissant par tout ou il passoit du bagage et
lies chevaux avec leurs maistres; vous pouvez
penser que les brides y demeuroyent aussy, non
àla feçon que les laissoit le grand Alexandre aux
Indes, à sçavoir plus grandes que ne porte la
Mustume , et faictes exprès pour donner au peuple 3. tii
du pays plus grande opinion de luy. Jean de Lagny, dy je, ne laissoit les brides de ses chevaux à ceste intention ; mais de belle peur qu il aToit, de par tous les diables. Encore, disoit il, quand il fut arrivé en son pays de beurre, que le monde * n estoit pas digne de le veoir ; et pource, afin que le peuple aussy ne se soulast de luy, s^il le voyoit continuellement, il ne se presentoit que par inte^ valles , et ne sortoit que bien peu en public, se reservant non plus ne moins qu on faisoit à Athènes la galère Salamienne. Et comme ce roy de merde Dejoces , Mede , vouloy je dire , qui ne vouloit permettre, dit Hérodote, qu'on le regai> dast, de peur que les siens voyants qu'il estoit pareil à eux, n'entreprissent sur luy, pour le desthrosner. Avec ce qu'il estoit devenu merveilleusement laid, à cause d'une courtoisie de sa dancie, qu'il avoit entre les jambes , c'est à dire d'un beau poulain de quinze jours , duquel aussy tost qu'il fut guary, et ne se souvenant plus de sa première peur, il remit ses esprits comme devant à &ire quelque nouvelle conqueste. La conqueste qu'il vouloit faire estoit du royaume d'Yvetot , laquelle avoit aussy les tableaux comme la précédente. Au premier se veoyoit son arrivée di£Ferente de la première, seulement en cela qu'il advança pour reculer, puis recula pour adviancer ainsy comme
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les nouveaux mariez. Au second se remarquoit comment il fut acculé dans un bois avec les siens par les capitaines Tire-avant et Taille-tout , dont il perdit bonne partie de ses gens, et y fust demouré, sans la nuict qui survint, laquelle estoit nayvement représentée avec les fuyarts, et leur duc qui pleuroit comme une vache : ce fut lors que commença la chaleur de ce beau conquérant à refroidir avec ses amours ; car il perdit de bonne encontre la moitié du membre à ceste charge, et demoura long temps dans ce bois à se faire panser. Cependant on le voyoit environné de tous costez au troisiesme tableau , et la famine fut meslee parmy son camp , qui affama tous ses soldats : si bien quils ne parloyent plus dacquerir honneur, et conquester pays, mais^ comme Troglodites, sentrefrottoyent à qui auroit le lopin. Ce que nous observions en la peincture, aussy bien que si nous y eussions esté présents en effect ; car nous les voyions représentez Acridoph âges, mangeants les tautereaux et hannetons. Ainsy la rencontre de Titus Quintius et des mousches qui sattachoyent dessuz Teau du bourbier à Philipœmen, ne convenoit pas mal lors à Jean de Lagny, quand il luy disoit en se mocquant de son armée, tu as de belles mains et de belles jambes , mais tu n as poiut de ventre. Aussy fut leau si cherc en son camp,
que plusieurs beuvoyent lurine ; ce que le peiùtrc sig^ifîoit par ceux quîl avoit peincts tirants la laugue comme corbillards : Feau du bourbier, comme on sçait, s y vendoit autant que le plus cher vin de Candie, mais n^ avoit que les capitaines qui y peussent avoir part, et ne leur Ëdk)it pas cligner les yeux, ny user du gobelet que les Laconistes appelloyent Cothon, pour ne point veoir les ordures qui estoyent au fond , car il y avoit presse à qui en humeroit. Et lalteiration estoit si grande par tout son camp , que plusieurs en mouroyent de mort subite , non plus ne moins qu'entre certains peuples d'Egypte, ceux qui , pour estre en un pays continuellement chaud, meurent tout soudain, s'ils ne boivent tout soudain. Ce vous est une belle exemple à vous autres petits beuvreaux, qui faictes tant des scrupuleux quand il faut payer chopine, et qui ne daignez seulement penser à vostre salut, mais laissez une infinité de vos amis en langueur, sans leur donner toute vostre vie une seule occasion de boire à vostre santé. Aussy voyez comme les catherres vous surprennent, encore n'en ferez vous rien. Et bien, tenez vous y à vostre damnation; je retourne à mon discours. La famine donc estoit si grande au camp de Jean de Lagny qu'il n'en fut jamais de pareille; et ce nous fut monstre
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au quatriesme tableau, quon divisoit les soldats par dizaines , pour reuouveller lantique decimation, et punir de dix Tun, que dy je punir, mais esgorger, embrocher, larder, carbonader, fricasser, et manger de broche en bouche; et de faict mangea sa part, ledict Jean de Lagny, de la fesse d'un Souysse qui estoit à son service. Peu le voudront croire, mais que m^en chaut il? Au cinquiesme se voyoit le bastiment du pont qu'il fit sur Seine, ou plusieurs furent noyez, et maints beurent de Teau , mais elle estoit salée, à cause de la mer proche de là, ce qui les faisoit tousser comme brebis morfondues, j'entends les délicats : car ceux qui avoyent esté long temps sans boire ^ la trouvoyent bonne, et en beuvoyent comme du vin marin^ que les Grecs appellent Talassite. D'une part plusieurs s'amusoyent, à l'exemple des Lydiens en pareil faict, à jouer aux dez et aux cartes, pour passer leur bonne envie de soupper. Mais que ne se pendoyent ils pour le plus court? Je ne sçay, pour le moins n'amendèrent ils guère de leur fortune, car ils feurent presque tous assommez en ce passage , ce qui ne fut pas oublié au sixiesme tableau. Quant au septiesme et dernier, c'estoit leur voyage de là en Brie, et de Brie en leur pays, avec la mort de leur hreneux duc, ou le peintre n'oublia d'en représenter plusieurs boi-
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teux et crochuz , pour les difficultez qulls eurent par les chemins. Ce qui est avéré aussy par bons tesmoins , qui les ont veuz sur les lieux alinsy crochuz comme Bretons , en danger que s'ils ont de la race pour ladvenir, qu'ils ne baillent les crochets à vos femmes. Tenez y lœil vous autres spéculatifs, car la lune nouvelle vous en menace. Or escoutez lepîtaphe de Jean de Lagny, telle qu'elle estoit escrite au susdict tableau dernier, après qu'il fîit mort , la vessie du cul tournée.
Gy gfist Jean de Lagny, qui s'en fit trop accroire. Qui fut QTand conquereur, et perdit tout le sien, Qui se nomme vaillant, et jamais ne fit rien , Qui pensoit estre Dieu , et mourut de la foire.