‹ Satyre Menippée de la vertu du catholicon d'Espagne et de la tenue des Estats de Paris; augm. de notes tirées des éditions de Du Puy de Le Duchat, et d'un commentaire historique, littéraire, et philologiqueChapitre 43 sur 61 · DE L'UNION · texte numérisé non relu

DE L'UNION

Je fiUe de Pluton es ténèbres conceue, Du plus profond d'enfer au monde suis veneue; Née entre les destroits des rudes Appennins Et des Alpes comuz, ou les mauvais devins Ayants preveu le sort de sa future altesse Proche de majesté , firent ma petitesse Nourrir et eslever en France finement , Si que Ion n eust de moy presque aucun sentiment , Et gousta on du fruict de mon adolescence Avant qu on s apperceut de ma fiere naissance; Lors comme aux plus légers plaisent les nouveautez D'honneurs, de biens, grandeurs, et de principautez Recogneue soudain je fus dame et maistresse.

Un chascun me venoit offrir à grand largesse Son service , son cœur, ses thresors et moyens, A Tenvy , l'on couroit, qui se rendroit des miens , Les villes, les chasteaux, et les places plus fortes M'ouvroyent, et sans refiiz, à toute heure leurs portes. Je foisonnoy en bien , et rien ne me manquoit : Mon los et ma grandeur de tous costez flanquoit : Des estats, des honneurs et des magistratures Librement disposoit : j avoy des créatures

Lesquels à un clin d^œil soubs mes commandements

Ployoyent sans s'informer d^aucuns événements.

J avoy le Dieu du ciel, ce sembloit, favorable,

Par tout je me rendoy et à tous redoutable ,

De mes soldats armez les plaines noircissoyent,

Au seul bruit de mon nom les peuples fremissoyent,

J avoy pour mes supposts les plus grands de la terre,

L'un m'aidoit de conseil, Tautre de gens de guerre.

Cestuy cy foumissoit de Tor et de Taisent,

Cestuy là des amis gaignoit par son agent.

Somme, quelplusgrandheurpouvoyjemepromettre,

Que de fouler aux pieds la couronne et le sceptre.

Mais helas ! ce grand heur n^a pas long temps duré ;

Ains le destin fatal contre moy conjuré ,

Ou plustost du grand Dieu la saincte providence,

Qui se mocque et se rit de la fîresle puissance

Des choses dlcy bas , et des plus hauts desseins

Que bastissent sans luy les mal sages humains.

Ce grand Dieu, dy je, helas ! dune tranchante lame,

A coupé le filet de ceste belle trame.

Et de mon tribunal minant le fondement,

A renversé soudain tout ce grand bastiment

D empire et royauté, et brisé les colonnes

Du sceptre imaginaire et fictives couronnes.

Si que cest ouvrier par le puissant effort,

D un Henry de Bourbon coujrageux brave et fort.

Au temps que je tenoy et vallée et montagne,

Peu à peu ma contrainct de quitter la campagne.

Lors cfaascun commença es forts se retirer,

Et aux grandes citez f oulle à f onlle tirer;

Sur le malheur public et misère conmiune,

Ghascun à part voulut establir sa fortune.

Le desastre fiit tel que la division

S empara des plus grands de la saincte Union ,

Par eux auparavant si fièrement jurée :

Des lors à mon malheur la chance fut virée ,

Des lors on commença soubs main à pratiquer

La noblesse et clergé, voire à communiquer

Mes plus pipfondihdesseins; lors ma rage allumée ,

Et mes premiers conseils sont allez en fumée :

Mes partisans changez , et du tout refroidis,

Les villes regrettant le repos qui jadis

Les souloit bien heurer , des maux passez lassées

Dressent ores ailleurs le vol de leurs pensées.

Chascun jettant les yeux sur un nouveau soleil ,

Quitte ma cour, ma suitte , et tout mon appareil ,

Le peuple se distrait de mon obeyssance,

Et ne veut plus fournir au frais de ma despence.

Bref, tel qui ma perché et monté à TEstat,

Maintenant dit que c'est un félon attentat,

Si que comme je suis en la France venue,

Me voylà ridicule à présent toute nue.

Dont j'ay eu si grand deuil , et tant de crevé cœur ,

Que depuis n'ay vescu qu'en regrets et langueur.

Et petit à petit telle mélancolie

Mortelle ma plongé en ceste maladie ,

34o SATYRE MENIPPÉE.

Qui me rendra bien tost aux rives d'Acheron , Pour après m embarquer au vaisseau de Garon.

C'est pourquoy en mon lict moribonde gisante Quoy que saine d'esprit, d'une bouche mourante, Ne voulant décéder sans de mes biens tester, Et disposer de tout ce qui me peut rester^ Avant que de mon corps ma triste ame desloge. Publiquement je fay ce mien dernier éloge.

En premier lieu mon ame à tous les noirs démons, Qui voltigent sans cesse et par vaux et par monts, Pour tenter les mortels , et les melîleurs^eduire , Démons enfants d'horreur, d'indignatiètti, d'ire. Mon ame à ces démons je recommanderay.

Mon corps entre les bras des miens je laisseray Pour en faire par eux selon leur fantaisie^ Ce n'est rien de ce corps après l'ame ravie.

Plus suyvant la coustume, et anciennes loix , Je fay mon héritier tout le peuple François ; Je luy laisse les pleurs, le sang, les pilleries. Les meurtres, assassins, insignes volleries.

Les veufves, orphelins , et les violements^ Les larmes, les regrets, et les rançonnements, Les ruynes des bourgs , des villes , des villages , Des chasteaux , des maisons et tant de brigandages, Les ennuis et douleurs , et tous les maux receuz Par surprise ou assauts, par les flames et feux. Bref de son cher pays les cendreuses reliques. Restes de mes labeurs et secrettes pratiques.

SATYRE MENIPPÉE. 34i

La cherté , la famine , et la mendicité ,

La bezace, soûlas seul de nécessité ;

Plus par forme de lay au Sainct Père je donne

Les terribles effrois de sa triple couronne,

Mesme la tyrannie et lusurpation

Soubs le masque et manteau de la religion.

Dessuz les plus grands rays et princes de la terre ,

En vertu de son foudre et esclattant tonnerre.

Item à l'Espagnol je lègue mes desseins ,

Ma créance et ma foy , mes projets plus hautains ,

Mes conseils plus secrets, et mon intelligence ,

Tant dehoflt que dedans le royaume de France ,

Une guerre future , et l'usurpation

De ses pays, loyer de son ambition.

Je laisse d'abondant à ce duc de Mayenne

Mes frayeurs et mes peurs , mes travaux et mes peines ,

Les tourments, les chagrins, les mescontentements.

Qu'apportent des mutins les divers mouvements.

Et du caut Bazanné la trompeuse alliance ,

De son ambition la juste recompense,

Le desespoir final , les malédictions

Du peuple sur lautheur de tant d'afflictions.

L'ire du ciel vengeur, le remords de l'offense ,

Bourreau perpétuel de Tame et conscience :

Somme pour tout loyer , je luy laisse le prix

Ifun tardif repentir d'avoir trop entrepris.

J'ordonne outre cela que ceste bonne dame

Qui, le nom sacré sainct de Montpensier diffame^

34î SATYRE MENIPPÉE.

Avant tout autre leg de ce mien testament,

Ayt après mon decez le Cousteau de Clément.

Au Guysard Phaeton Fombre de la couronne

Qu il s est imaginé, je laisse, lègue, et donne

L espoir de parvenir à Thymen aspiré ,

Et le fruict du penser au grade désiré,

Un tourne dos de peuple , un revire fortune ,

Contre cil qui despend d'une sotte commune.

L'Estat mal asseuré la risque d'un vaisseau

Qui sans voile et patron bransle et flotte sur leau.

Le soucy d acquiter les debtes de son père,

L extresme ingratitude, et le grand viti%ere,

Qui jà ne logera de Ferry le surnom

Et des siens à jamais souillera le renom.

Je lègue au Savoyard la ruyne totale

Des siens , et une fiiite en la terre papale,

Ou bien vers l'Espagnol sur Tarriere saison.

Et au duc de Nemours une estroite prison.

A cet ingrat Mercure , et d'Aumale je l^;ue

La réputation des fuyards de la ligue.

Je laisse au duc Lorrain , et au marquis du Pont

Pour fruicts de leurs labeurs la honte sur le front,

Et en outre sans plus ceste belle espérance

Qu'ils ont eu de porter la couronne de France.

Davantage je donne au bon Bacchus Lorrain,

Qui est des moins mauvais deux flascons de bon vin.

Et pai*ceque je suis mère, et non point marastre,

Je lègue et laisse eu propre à mon fils de la Chastre,

SATYHE MENIPRÉE. 343

Tout Targent monnoyé lequel à mon aveu Pour nioy , et en mon nom recevoir il a peu , Pour luy, ses hoirs, à quoi que la somme se monte, Et sans qu'il soit tenu d en rendre jamais compte, Pourveu que toutesfois il garde mieux sa foy Qu il n a faict cy devant à son prince et son roy . Plus je donne au légat les cendres de sa bulle, Et pour s'en retourner quelque chetive uxulle , Et aux prélats qui vont les peuples décevant, Un espéré chapeau de futoëe et de vent.

Quant aux prédicateurs, qui chantants ma louange , Au vulgaire ignorant f aisoyent d'un diable un ange , Preschants le feu, le sang, et la rébellion.

Pour les poincts principaux de ma religion.

Athées mal-heureux, ministres de feintise.

Bacchantes forcenez , maquignons de l'Eglise , Séducteurs, apostats, je veux que de mon bien Egalement party on ne leur donne rien , Sinon la faim , la soif, le froid et la famine Qu'ils preschoyent dans Paris saouliez en ma cuisine , Et parceque j'entends et veux mon testament Sortir son plein effect, tout haut présentement Les Allemands je nonune, et cantons de Souysse Pour les exécuteurs , comme aimants la justice, Et pour plus grande foy j'ay signé cet escrit , De plusieurs bons tesmoins et notaires souscrit.

A TOUS BONS PJIESTRES

BELlOimiX IT VAAI8 GATH0LIQIJI8 PlAHÇOIS.

La transmontaine faction A faict par subtil monopole Du manteau de religion Une roupille à lIEspagnole.

AUTRE

François , dessillez vous les yeux ; Apprenez pour vous et les vostres , Qu'il n y a gens si factieux Que des porteurs de patenostres.

'^^*^^^^^^^%'*%/V%'V%^^^/%<^»»%^/%/%^»V%»V^V»^^%»V\ '%/^ % ^^^^0^%i^^%'%fWW^

AUTRE

La saincte Ligue culbutée Soubs le règne du grand Henry Se trouvera ressuscitee Soubs le règne d'un favory.

AUTRE

Tant que Ton verra dans le Louvre Un Jesuiste pour confesseur, Lïlstat ne sera jamais seur , Le temps passé nous le découvre.

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