‹ Satyre Menippée de la vertu du catholicon d'Espagne et de la tenue des Estats de Paris; augm. de notes tirées des éditions de Du Puy de Le Duchat, et d'un commentaire historique, littéraire, et philologiqueChapitre 46 sur 61 · ESTATS DE LA LIGUE · texte numérisé non relu

ESTATS DE LA LIGUE

Le tableau ou pourtraict de lespousee de la lig[ue, ou infante d'Espagne sise à haute veue, preste daller au moustier, et prendre à partie le premier qui sera pourveu, confirme et recogneu par la saincte ligue pour roy de Fnince ; au dessoubs dudict pourtraict estoit escrit ce qui s ensuit :

* Pourtant si je suis brunette , Amy, n'en prenez esmoy, Car autant aymer souhaite Qu'une plus blanche que moy.

Le magistrat costoyé des deux dames d'honneur de ladicte future espouse, duquel la proposition fut telle que s'ensuit :

Qui Qarde la place d'autruy, Sçachant qu'elle est propre pour luy,

N'est il pas fol de s'en démettre?

Chascun donc garde ce qu'il a.

Et chantons re, my, fa, sol, la, Moins vaut estre valet que maistre.

Au récit de quoy fut quelque murmure, ce qui donna occasion à iceluy, conmie supérieur mal recogneu, entrer en colère, qui toutes fois fiit amoderee par ces bonnes dames , lesquelles mirent en jeu la considération suyvante :

Maistre Jean , mon amy, c'est bien raison qu'il faut, Sauf un meilleur advis, que chascun soit le maistre; Vostre maintien poly, gros et gras faict paroistre, Qu'est icy, non ailleurs, la cour du roy Petaut.

Les Seize reduicts au nombre de douze portants chascun les faveurs d'icelle future espouse, telles qui s ensuyvent. Un colier de Tordre du reprouvé des Apostres, ou pend pour enseigne Timage dune bource, au dedans de laquelle sont quelques pillules rondes , composées de la plus fine drogue du Câtholicon d'Espagne, du poids et valeur de douze livres tournois chascune. Un bonnet d'escarlatte grivelee, fourré de peaux de connin, qui servoit de doubleure à Tun de ses vieils cotillons, auquel bonnet es toit attachée une des plumes du coq qui chanta à la broche pour leur servir de réveil ma-

tin r le tout envoyé d*Espagne par grande excellence.

La noblesse de la ligue jointe avec marchandise et labeur, le tout à la dévotion de ladicte dame, desquels les harangues et propositions sont amplement descriptes à la Satyre Menippée.

Les députez de Lyon, Poitiers, Orléans, et Rheims en Champagne, devisants les uns aux autres de la fabrication du prétendu roy, et ne sçachants par quel bout y commencer, prirent ceste resolution commune , disants pour toute conclusion ce qui s'ensuit :

Je veoy bien que de nos Estats Jà n'aurons bonne nouvelle , Et que vains sont nos débats Puisque leur force est femelle.

Un pauvre meneur d asne , pour avoir à Timproviste en chassant son baudet usé de quelquel^ paroles prétendues scandaleuses , fiit emmené devant messieurs des Estats, ou estants récitées,' fut procédé à son procez criminel , et iceluy exécuté

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exemplairement, la sentence duquel j*ay mise en

vers comme s ensuit :

Un pauvre asnier ne pensant pas Que fust un crime manifeste.

Dit : Allons, gros Jean, au Estats, Pensant faire haster sa beste :

Alors passaj^t le commissaire Des zelez, nommé Guillaudet, Qui sans s'informer de l'affaire, L'emmena luy et son baudet En ceste saincte synagogue , On, ayant le faict déclaré Au chef qui, d'apparence rogue.

S'en monstra estre coleré :

Pourquoy l'assemblée condamne Que ^leroit le pauvre affligé Attaché au cul de son asne.

Battu de verges et fustigé.

Voylà comment ce pauvre diable Eut aux Estats son passe-temps , Laissant son baudet responsable Pour la taxe de ses despens.

Lies Seize presque désespérez, voyants que tout )eul'altj)it mal à propos, et qu'en ces Estats Ton tIp sfc Vànçoit point a l'expédition d'un roy, mirent robir^bas, et s^efibrcerent en forger un à leur poste qui, à la. première apparence, pours^ estre employez trop chaudement , joint aussy qu'il n'es-

toit pas de bonne matière , se rompit et dWisa en plusieurs pièces et morceaux, en faveur de quoy un personnage a faict ce quatrain :

Les Seize à force de doublons, S'efforcèrent forger un roy, Qui en plusieurs pièces se rompt Pour n'estre pas de bon alo^

Phelippotin le roupieux, jadis trompette des Amazones , depuis par cas fortuit ayant perdu la veue, vielleur de ligue, accompagné de boute- ^ tout-cuire, son sufiragant, joueur de cymbales, gamy de sa besasse, entretenu aux despens de la future espouse : afin de servir de passe-temps , et remplir les pauses et intermissions des harangues et propositions faictes en icelle assemblée.

Corps de garde composé de quatre soldats ar-; mez à l'Espagnole, ayants chascun un basto deux bouts, devisants ensemblement de leurs grades à advenir.

Dans la salle ou estoyent tenuz les Est^t^1|e voyoyent plusieurs placards scandaleux, a^p^chez au destroit dlcelle, en foveur de riQiante,'<|fntre lesquels j'ay recueilly ceux qui suyvent :

Si vous avez au cul la rage , Retournez en vostre village, Car les ligueurs vous ont deceue , X Vous promettants estre poorvene ; Forçants la raison et les loix De la couronne des François :

Pourquoy ne croyez en parolles, Pleines de promesses f ri voiles, Car quand d^Estampes les sablons Auriez transformez en doublons, Rien n'y feriez, j'en jure Dieu:

Pourquoy cberchez quelque autre lieu, Retournez en vostre village.

Si vous avez au cul la rage.

A l'autre estoit escrit :

Faictes service à Tespousee :

Portez luy la chaise percée ; Car RK veut faire à plein fon^"^^ Vous voyant faire vos affaires Moins ne peut que de contrefaire Vos sales opérations.

Voylà ce que j ay peu recueillir et remarquer ^fen ces Estats, au plus près de la vérité, et vous puis bien asseurer que

Quand je fus entré en ce lieu V Je me signé au nom de Dieu,

Voyant si grande diablerie, ^

Puis ayant un peu demouré, Plus résolu, fus asseuré Que ce n'estoit que singerie.

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Durant iceux Estats les Seize et leurs adhérants , proditeurs de leur patrie, voyants que rien ne s advançoit à leur dévotion, ils commencèrent à s'ennuyer, pensants avoir desja perdu leur crédit : pourquoy se deslibererent remettre sur le pied , et faire parler d eux à bon escient , tenants tousjours nos misères en long^ueur, faire assemblée au couvent et monastère des Carmes à Paris, laquelle ne fut pas de gp^and effect, et seulement pour cause qu'il felloit nécessairement que ceux qui avoyent faict le serment de maintenir ceste saincte con- (][regation de la Seizerie fussent tous appeliez auparavant que celuy qui devoit proposer, ou haranguer, osa commencer, crai^ant l'apffM des absents; dont.a4vint que quelqu'un d^iceux estant malade au lidt^^chant bien ce reg;lement, y envoya sa femme, tant pour l'en excuser, qu aussy pour y estre receue par procuration, comme elle avoit esté autrefois aux consuls, playdant p0ur les lanternes et autres fratrasseries communes et usitées au public, à condition des marchandises re*^ ceues et non payées. Bref pour le faire court, elle communique sa prétendue authorité à ces messieurs les unis, qui sans la recog[noistre, en fempie de mépris, la mirent hors la porte; ce qui luy donnât sujet et occasion de se mettre en cÔlere en leur reprochant plusieurs fautes commises ,

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cooune aussy c est la coustume é» femmes de œler ce que ne sçavent point: toutesfoia ne voulant point les abandonner sans leur dire ce quïi lijl^ sembloit, leur proppsa ce qui s ensuit:

Messieurs, gardez qae Ton s'accorde Sans TOUS en demander advis ; Car après, sans mîsenoofde, Pourries bien au bout d^une corde Faire la moue à vos amis.

Durant donc ces fredaines de messieurs de la Ligue, quelques notables personnages solicitoyent au contraire vers la personne du roy pour le repos et soulagement des pauvres habitants de Paris, qui ll^esiroyent recognoistre en icelle, conàme leur roy légitime et naturel seiûMmr : et cependant qu'ils furent sur les ^^^iNBHpS) 1^ chef de la Ligue se sentant mal asseuré éiSfSblle , eust desja bien voulu avoir ployé bagage et s'en estre retiré, ce quffae se pouvoit pas aysement £ùre , sans la liberaUté du roy. Pourquoy ainsy que l'on me Ta raconté depuis , il fit tous ses efibrts de fiiire prier sa majesté pour avoir passe port et asseurance de sortir hors , ou un bon personnage , fidèle serviteur du roy, fit entendre à sa nutjesté que c estoit le moyen le plus certain pour la réduction de Vagi à son obeys^lince et service , iuy proposanMDe qw s ensuit en ces vers .

• AU ROY

De la belle Paris bientostvooftjouyrez^ SHl Toas plaist consentir que le renard eni sorte, jp. Et au gré d'un chascun paisible y entrerez, 'Louant Dieu qu'aurez mis le petar à la porte.

Par la sortie duquel les Seize , et autres semblables vermines, se voyants destituez de supports , furent contraincts caller le voile et faisants bonne mine,

Crier au Roy miséricorde , Pour les affranchir de la oorde.

Venu le vi^[t deuxiesme jour de Mars^, mil ciiiq cept9 i|î|flHii|||^atre, environ sur lès quatre heures du mwfm^ le roy entra à Paris en toute asseurance, dont très grande en fut la joye des habitants d'icdle ville, comme ayants req^vert leur père de famille et roy légitime, et naturel seigneur qui, par une saine prévoyance, donna si bon ordre at règlement aux soldats , qu en toute la ville ne fut faict tort à aucun bourgeois de la vaktir de cinq êoh: chose à la vérité grandement admirable^ et outre pardimna aux Seize , qui ne JRtenilfiyeiit pas d en estre quittes à si bon marché.

Voylà donc ce que j avoy envie de reciter,

M&ieurs de Paris, priant Dî^ q|ie par sa gp*ace et bonté inestimable , luy plaise jeter sur vous son œil de pitié, afin que pour Fad venir vous n'ayez plus envie, cbatouillez de quelque nouveauté, retomber à vos frénésies passées, mais au contraire tous unanimement recognoistre que

Les roys, enfants da ciel, sont de Dieu les images; Jupiter en prend cure et les garde dWtrages; Il les laict rererer, repatant les honneurs, Estre à luy mesme ^aicts, qu'on rend à ses seigneurs.

Et si faictes autrement vous ne faudrez jamais à encourir rindignation de la miséricorde de nostre Dieu , et cognoistre à vos despens Futilité du proverbe commun, qui dict, n'estre pas encore eschappé qui traine son lien. Pour tesmoignage de quoy je reciteray ce quatrain de Herre Ronsard.

Quand le Dîen etcjrnel se sent trop irrité, Soudaùa ne destruit pas ceux qui Tont mérité; Mais en temporisant punit le démérite, Au double de celuy qui pensoit estre quitte.

A quoy je feray fin , messieurs , vous suppliant entendre si bien à Futilité des choses deues, que uVn puissiez plus encourir scandale, vous recommandant sur toutes cboses 1 obeyssance de vos supérieurs, chose qui à la vérité est la vraye a&seurance de la paix et tranquillité publique,

pourquoy je termineray suyvant ma propos^tFon première :

Aymez Dieu, le roy, et justice, Qoii sont les vrays fléaux du vice, Et unis en relig^ion, Fuyez la rébellion.

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