‹ Satyre Menippée de la vertu du catholicon d'Espagne et de la tenue des Estats de Paris;Chapitre 1 sur 47 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

moins douteux qu'on s'avise à l'avenir de les faire passer dans une langue nouvelle. La Satyre Menippée au contraire a cela de particulier dans son intérêt historique, qu'elle appartient à tous les temps. Sous le rapport politique, c'est un cours complet d'enseignement pour les nations; sous le rapport littéraire, c'est un mélange de l'énergie hostile d'Aristophane et de l'ingénieuse ironie de Socrate. Point de satiriques à venir qui n'y trouvent des modèles, point de peuples à venir qui n'y trouvent des leçons; ce n'est qu'un tableau de genre, mais il est fait pour les siècles.

La Satyre Menippée qui a, comme on sait, pour objet la tenue des Estats de Paris au temps de la ligue, se distingue en deux parties bien caractérisées*, la première embrasse la description ironique de ces cérémonies, et les discours qui s'y sont tenus dans le sens de la ligue. Par un artifice dont Lucien a fourni de piquants modèles, chacun des orateurs y semble forcé au gré d'une puissance invincible à exprimer les vérités positives de sa situation, au lieu des arguments que devroit lui suggérer son intérêt mieux entendu et plus adroitement déguisé. L'ambition extra-

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valante de monsieur le lieutenant, le dévouement vénal du légat aux intérêts de l'étranger, le pédantisme séditieux du recteur de l'université, les rodomontades insolentes et cruelles d'un parvenu sans honneur et sans esprit, s'y révèlent avec une vérité merveilleuse, sous la forme naïve et mordante d'une discussion de bonne foi, où chacun fait à l'envi à ses auditeurs la confidence de son caractère, de ses motifs, et de ses prétentions. La seconde contient la réponse ingénieuse d'un homme simple et bien intentionné qui oppose les seules lumières de la raison aux absurdes folies et aux criminelles manœuvres de la ligue, déjà si habilement présentées sous leurs aspects les plus ridicules et les plus honteux par l'organe des personnages les plus intéressés à son succès. Jusqu'à la harangue de d'Aubray, la Satyre Menippée est une ironie admirable. Cette contre-partie plus admirable encore est un modèle de goût, de dialectique, et de bon sens. Quant au discours de l'imprimeur sur l'explication du mot de higuiero d'infierno qui termine cette belle composition, il est remarquable par un tour plein de finesse et d'originalité, et nous avons fait observer ailleurs

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que sous le rapport du style en particulier, il semble appartenir à un âge de notre littérature plus avancé, plus élégant, plus difficile que celui où il fut écrit, sur la politesse, et le véritable esprit de la langue. « Cette pièce, disoit le père Rapin en parlant de la Satyre Menippée dans ses Réflexions sur la poétique, (( surpasse tout ce qu'on a écrit en ce genre u dans ces derniers siècles. L'auteur instruit « fort plaisamment le public des intentions de u la maison de Guise pour la religion ; il règne u dans tout l'ouvrage une délicatesse d'esprit (( qui ne laisse pas d'éclater parmi les manières « rudes et grossières de ce temps-là, et les pe- « tits vers qui y sont répandus sont d'un caracutère très fin et très naturel. )) Ce jugement, qui estl'expressiondeceluid'un grand siècle littéraire, a été confirmé par le siècle qui l'a suivi , et le critique le plus malveillant qu'ait trouvé la Satyre Menippée n'a pas osé le contredire. Il n'existe aucun doute sur l'auteur ou les auteurs de la Satyre Menippée. Pierre Du Pny, qui avoit pu en connoître familièrement quelques uns, rapporte l'idée première de l'ouvrage à Pierre Le Roy, chanoine de Rouen, qui avoit été aumônier du jeune cardinal de

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Bourbon, et c'est à lui que l'attribue M. de Thou, livre cent cinquième de son Histoire, où il l'appelle vir bonus et à factione swnniè alienus. Le travail, dont il s'étoit sans doute conservé la révision, fut ensuite distribué entre divers coopérateurs, et la tradition a fait connoître aux générations postérieures la part que chacun d'eux y avoit eue. Suivant l'opinion la plus générale, la harangue du légat fut composée par Jacques Gillot, celle du cardinal de Pelvé ou Pellevé par Florent Chrestien, celle de l'archevêque de Lyon Pierre d'Espinac, et celle du recteur Rose, par Nicolas Rapin; celle de d'Aubray ou du Tiers-Etat est de Pitliou. Les vers passent communément pour être de Passerat, quoique Segrais les donne aussi à Rapin qui n'étoit pas moins capable de les faire. On peut supposer sans crainte de se tromper qu'ils y ont contribué tous les deux. Le Megret sur la mort de Vasne ligueur ne sauroit être contesté à Gilles Durant, sieur de la Bergerie, et le dernier éditeur de ses poésies a recueilli avec raison parmi elles cette charmante plaisanterie dont le tour ingénieux et la piquante naïveté caractérisent un digne précurseur de Voiture. On voit qu'il

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