IN DIE ULTIONIS VISITABO, ET HOC PECCATUM EORUM
La seconde pièce estoit un grand paysage de diverses histoires anciennes et modernes, distinctes et séparées l'une de l'autre, et neantmoins se rapportants fort ingénieusement àmesme perspective: au plus haut se voyoit représentée la belle entrée de nuict que fit le duc Jean de Bour-
' Qui étoit boiteuse.
2 Les premières éditions portent seulement deschevelee.
^ Qui déclarèrent Henri IV exclus du trône comme hérétique , l'an i588.
* Cet édit sur l'union des catholiques se trouve dans les Mémoires de la ligue , tom. Il, p. 574-
gongne à Paris; et quand les Parisiens crièrent Noël des la Toussaincts'.
A un des coings estoit la harelle de Rouen % ou un marchand nommé le Gras , estoit esleu roy par la populace. A l'autre coing estoit la jaquerie^ de Beauvoisin, avec leur capitaine Guillaume Gaillet : au coing d'embas estoyent les pourcelets^ liguez de Lyon, et à Tautre coing, les faicts héroïques des anciens maillotins ^ , soubs les capitaines
' Les faubourgs de Paris furent pris par le roi le jour de la Toussaint, et beaucoup de Parisiens périrent dans cette circonstance. Le cri de Noël, que les habitants de Paris firent entendre si mal-à-propos en cette occasion, étoit jadis en France un cri de réjouissance que l'on avoit coutume de faire retentir dans les solennités publiques.
^ Juvénal des TJrsins (Hist. de Charles VII, p. 2, an iSSa), rapportant la sédition de Rouen au sujet des impôts, dit que le peuple de cette ville élut roi un marchand de draps nommé le Gros à cause de son embonpoint, et l'élevabon gré, mal gré sur un char. Quant à la dénomination de harelle appliquée à cette sédition , voici l'explication qu'il en donne : « Possible cette commotion " s'appelle harelle pour le cri de haro , lorsqu'ils invoquoient le se- « cours du duc de Raoul, ou quelqu'un nommé Harelle (dont il « y a nombre en la province) auteur de la sédition, ou que l'im- « position se nommoit harelle. »
^ Sédition qui prit naissance dans le Reauvoisis sous le roi Jean, l'an i358. Elle fut appelée jaquerie, à cause de son chef, auquel les révoltés avoient donné le nom de Jacques Bon-homme.
* Ils reçurent ce nom d'un tripot appelé le Pourcelet, on fut arrêté le projet de renverser la citadelle.
^ Séditieux du règne de Charles VII, ainsi nommés des maillets
Simonnet, Caboche, et Jaques Aubriot, roys des bouchers , et escorcheurs : Et le tout en personnages racourcis , ne servant que de passage : mais au fond et au milieu de la pièce estoyent figurées les baricades de Paris , ou l'on voyoit un roy simple et bon catholique, et qui avoit tant faict de biens, et donné tant de privilèges aux Parisiens, estre chassé de sa maison, et assiégé de toutes parts, avec tonneaux et barriques, pour le prendre. Là estoyent représentez plusieurs braves stratagèmes ' des sires qui menoyent Tremont, Chastigneraye, Flavacourt% et autres bateurs dépavé^, au lieu d'honneur, et au bas de ladite pièce estoit escrit ce quatrain :
Jupiter de ses tonneaux Le bien et le mal nous verse :
Mais par ceux-ci tous nouveaux Il met tout à la renverse.
dont ils se servoient, et qu'ils avoient pris dans l'hôtel- de-ville de Paris. Sous le même roi, Caboche, écorcheur de la grande boucherie de Paris, souleva le peuple, et ces nouveaux révoltés reçurent le nom de cabochiens.
' Parcequ'ils ne faisoient rien que par ruse.
^ Ces trois personnages, et les autres que l'auteur ne nomme point, étoient des partisans du duc de Guise, entrés avec lui dans Paris, avant les barricades.
^ Expression qui alors ne signifioit pas seulement des fainéants , mais qui étoit encore synonyme de malfaiteurs ^ perturbateurs du repos public.
La troisiesme pièce coiitenoit l'histoire d'Absalon, qui baricada son père, et le chassa de la ville de Jérusalem : ayant gaigné et corromjDu par caresses indignes les plus abjects et faquins du menu peuple ' : puis se voyoit la punition qu'il en récent, et comment Architophel son mauvais conseiller finit mal-heureusement ses jours. Tous les visages estoyent aprochants d'aucuns desdits Estats , et se recognoissoyent aisément le président Jeannin% Marteau^, Ribaulf^, et autres à qui le feu duc de Guise faisoit tant de bona dies^ aux Estats de Blois. Aussi se voyoyent Glioulier'', la Rue, Pocart^, Senault et autres, bouchers, ma-
' Comme à Paris , où les baiTicades commencèrent au quartier de la place Maubert, qui n'étoit guère habité que par la populace.
^ Il fut adjoint au conseil des quarante, et le duc de Mayenne le chargea d'une mission pour l'Espagne.
^ La Chapelle Marteau, maître des comptes, prevot des marchands de Paris, député aux états de Blois, où il demeura quelque temps prisonnier. Il fut secrétaire d'état de la ligue.
* L'un des conseillers du duc de Mayenne, et son trésorier.
^ Tant de salutations caressantes, accompagnées d'un bonjour affectueux, comme celui de maître Janotus de Bragmardo, quand il vient réclamer les cloches de Notre-Dame : Mna dies, messieurs, mna dies.
^ Greffier de la cour des aides, qui fut chassé de Paris, le 3o mars 1694, avec quantité d'autres factieux de son espèce.
7 Toussaint Pocart, potier d'étain, auteur de plusieurs assassinats. Aidé d'un nommé Gilbert , charcutier, il gagna tous les bouchers et charcutiers de Paris, au nombre d'environ i5oo.
quignons, jiisques aux cureurs de fosses, tous gens d'honneur de leur mestier, que ledit defunct martyr baisoit en la bouche ' par zèle de religion. La quatriesnie representoit en gros les faicts d'armes des anciens et modernes assassins, autrement appeliez bédouins et arsacides, qui ne craignoyent d'aller tuer jusques à la chambre, et jusques au lict, ceux que leur prince imaginaire, Aloadin , surnommé le vieil des six ou sept montagnes^, leur commandoit. Entre autres, y avoit deux figures plus apparentes, l'une d'un comte de Tripoli, assassiné par un Sarrazin zélateur de sa religion, en lui baisant les mains. Et l'autre d'un roy de France et de Pologne proditoirement frappé d'un cousteau, par un moyne débauché zélateur en luy j)resentant à genoux une lettre missive j et sur le front dudit moyne estoit escrit en grosses lettres l'anagramme de son nom, frère Jacques Clément: