‹ Satyre Menippée de la vertu du catholicon d'Espagne et de la tenue des Estats de Paris;Chapitre 34 sur 47 · C'EST L'ENFER QUI M'A CRÉÉ · texte numérisé non relu

C'EST L'ENFER QUI M'A CRÉÉ

' Ce baiser avoit été long-temps particulier aux Italiens, qui l'introduisirent à la cour de Henri III. H. Etienne donne à cet indécent baiser le nom de catag lottisme.

2 II est impossible de désigner plus clairement le pape. Cette allégorie sanglante est même devenue le texte du rare ouvrage de David Home, intitulé: l'Assasinat(^ sic) du roy, ou maximes, du viel de la montagne vaticane et de ses assassins, pratiquées en la personne de deffunct Henry le grand. Imprimé nonvellenient. i6i4-

En la cinquiesnie se voyoit la bataille de Senlis, ou monsieur d'Auniale' fut faict connestable , et luy estoyent baillez les espérons aislez et zelez , par monsieur de Longueville, prince politique % et par la Noue bras de fer ', et Givry '' son suffragant : autour d'icelle estoyent escrits ces vers par quatrains :

A chacun nature donne ^ Des pieds pour le secourir :

Les pieds sauvent la personne; Il n'est que de bien courir.

' Claude de Lorraine, duc d'Aumale, qui perdit la bataille de Scnlis, et prit aussitôt la fuite. Voilà pourquoi l'auteur en fait le connétable de la ligue, et lui donne de grands éperons.

^ Henri d'Orléans , duc de Longueville , gouverneur de Picardie, et général des troupes qui gagnèrent la bataille de Senlis. Il est appelé ici politique, dans le sens attacbé à ce mot par les ligueurs , qui s'en servoient pour désigner tous les catboliques dévoués au roi , et désirant la paix.

^ François de La Noiie, qui fut tué au siège de Lamballe en iSgi. On le surnomma Bras-de-fer, parcequ'ayant eu le bras gauche fracassé d'un coup d'arquebuse, le 17 juin 1670, au siège de Fontenai-le-Comte , il s'en étoit fait remettre un de fer, dont il se servit depuis assez commodément.

* Anne d'Anglure, seigneur de Givry, gouverneur de Brie, tué au siège de Laon, en i594- Il est appelé suffragant de La Noiie, parcequ'il commandoit sous lui à la bataille de Senlis , à laquelle il avoit amené la noblesse de son gouvernement.

^ Ces vers sont de Passerat , ainsi que la plupart de ceux que l'on rencontre encore dans cette satire; les autres sont de Rapin.

Ce vaillant prince d'Aumale, Pour avoir fort bien couru , Quoy qu'il ait perdu sa maie, N'a pas la mort encouru.

Ceux qui estoyent à sa suitte Ne s'y endormirent point , Sauvants par heureuse fuitte Le moule de leur pourpoinct.

Quand ouverte est la barrière, De peur de blasme encourir, Ne demeurez pomt derrière :

Il n'est que de bien courir.

Courir vaut un diadesme , Les coureurs sont gens de bien.

Tremont ' et Balagny ^ mesme , Et Congy ^ le sçavent bien.

Bien courir n'est pas un vice, On court pour gagner le prix :

C'est un honneste exercice :

Bon coureur n'est jamais pris.

' Capitaine des gardes du duc de Mayenne, qui lui donna le commandement de la Bastille, en iSgi. Il avoit fui à la journée de Senlis.

^ Jean de Monluc-Balagny, qui se sauva à Paris après la déroute de Senlis , et qui ne laissa pas de faire trophée d'une légère blessuie qu'il avoit reçue dans sa fuite.

"* Chevalier du guet, grand poltron. Il avoit aussi pris la fuite à l'affaire de Senlis, et étoit venu se réfugier à Paris, où il se tint long-temps caché.

Qui bien couil, est homme habille :

Et a Dieu pour son confort :

Mais Chamois et Meneville ' Ne coururent assez fort.

Souvent celuy qui demeure, Est cause de son meschef :

Celuy qui fuit de bonne heure, Peut combattre de rechef ^.

Il vaut mieux des pieds combattre, En fendant l'air et le vent.

Que se faire occire ou battre Povir n'avoir pris le devant.

Qui a de l'honneur envie.

Ne doit pourtant en mourir :

Ou il y va de la vie Il n'est que de bien courir.

Et au coing de ladite pièce , se voyoit Pigenat^ au lict malade , furieux et enragé de ceste fortune , et attendant la response de la lettre qu'il avoit escrite en poste à madame saincte Geneviève, bonne Françoise s'il en fut jamais.

' Ils furent tués tous deux à la bataille de Senlis.

^ Allusion à la promesse que le fanfaron Balagny avoit faite aux Parisiens, de retourner dans trois jours à l'ennemi avec tous les fuyards et de nouvelles troupes.

^ Ou Pighenat, curé de Saint-Nicolas-des-Champs. Ligueur furieux, dont on a des libelles du plus horrible fanatisme, et entre

En la dixiesme estoit depeinct le miracle d'Arqués ', ou cinq ou six cents desconfortez, prests de passer la nier à nage , faisoyent la nique , et mettoyent en route parles charmes du Biarnois, douze ou quinze mille rodomonts, fendeurs de nazeaux, et mangeurs de charrettes ferrées : et ce qui en estoit le plus beau , estoyent les dames de Paris aux fenestres , et autres qui avoyent retenu place dix jours devant sur les boutiques et ouvroirs de la rue Sainct-Anthoine, pour veoir amener le Biarnois prisonnier en trionijohe , lié, et bagué, et comment il leur bailla belle , parce qu'il vint en autre habit par les faux-bourgs Sainct-Jacques et Sainct-Germain ^.

La septiesme contenoit la bataille d'Ivry la Chaussée , ou se voyoyent les Espagnols , Lorrains , et autres catholiques zelez, par moquerie ou autrement , monstrer leur cul aux maheustres^, et le Biarnois tout eschaufé, qui à bride abatue chevauchoit l'Union par derrière. Il y faisoit beau

auti'es la traduction en vers du livre intitulé : Prosa cleri Parisiensis ad ducem de Mena, post cœdeni Henrlcl III.

' La défaite des ligueurs à Arques, où Henri IV les battit complètement.

"^ Nouvelle allusion à la prise des faubourgs de Paris par Henri IV.

^ Terme emprunté de l'allemaud, et employé ici pour désigner les huguenots.

4o SATYRE MENIPPÉE.

veoir monsieur le lieutenant maudissant le dernier ' , et laissant le comte d'Egmont pour les gages, trompé d'outre moitié de juste prix, s'encourir sur un cheval turcq% pour prendre Mantes par le guichet ^ , et dire aux liahitants en note basse et courte haleine : « Mes amis, sauvez moy, et mes <f gens ; tout est perdu , mais le Biarnois est mort. » Sur tout y avoit un merveilleux plaisir d'y veoir sagement inventorier ses coffres et bahuts, et d'en veoir religieusement aveindrel'estendart de la foy, ou estoit peinct un crucifix sur taffetas noir, avec l'inscription :

JUSPICE CHRISTO,

tel qu'on le veoit pendant en l'église de Mantes ^. C'est celuy estendart, peuple chrestien, qui devoit servir d'oriflambe à ses successeurs roys, à l'ad venir, si la corde n'eust rompu. Au coing de ladite tapisserie y avoit une danse de bergers et

' Locution en usage dans ce temps-là pour signifier : fuyant en désordre.

' Ce cheval turc, sur lequel le duc de Mayenne avoit combattu à Ivri, étoit le plus beau de son espèce qu'on eût jamais amené en France.

^ Après la perte de la bataille d'Ivri , le duc de Mayenne , s'étant dirigé sur Mantes pour s'y réfugier, trouva la porte fermée ; on lui ouvrit seulement le guichet, par lequel il entra.

^ Tout ceci est tiré des Mémoires de la ligue ( tome IV , page 280 ).

SATYRE MENIPPÉE. 4i

paysants , et auprès d'eux comme un tableau , dedans lequel estoit escrit ceste chanson :

Reprenons la danse, Allons , c'est assez :

Le printemps commence , Les Roys sont passez.

Prenons quelque trefve ', Nous sommes lassez :

Ces Roys de la febve Nous ont harassez.

Un Roy seul demeure :

Les sots sont chassez :

Fortune à ceste heure Joue aux pots cassez.

Il vous faut tout rendre Roys embarrassez, Qui voulez tout prendre , Et rien n'embrassez.

Un grand caj^itaine Vous a terrassez : Allons , Jean du Mayne , Les Roys sont passez.

La huictiesme estoit la représentation des paradis de Paris, in pliirali, dedans lesquels et par dessus le sainct Ciboire, estoyent les images de

' La trêve fut en effet conclue peu de temps après.

4a SATYRE MENIPPÉE.

trois saincts ' nouvellement imprimées depuis le calendrier grégorien, portants jeusnes doubles. L'un d'iceux estoit habillé de noir et de blanc , en pie griesclie, ayant un petit cousteau en la main, comme un coupeur de bourse, tout autre que celuy de sainct Barthélémy. L'autre estoit vestu d'une soutane rouge , et d'une cuirasse par dessoubs, et un chapeau de mesme à longs cordons, ayant en la main une coupe pleine de sang , dont il sembloit vouloir boire, et de la bouche d'iceluy sortoit un escriteau en ces mots :

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