‹ Saül (volume 2)Chapitre 22 sur 58 · XXIV NOTICE SUR LAMARTINE · texte numérisé non relu

XXIV NOTICE SUR LAMARTINE

lement tout embelli de couleurs chrétiennes et catholiques; mais, pas plus que le prêtre illustre, il ne distingue cet avenir, ce règne évangélique, comme il l'appelle, du règne de la vraie liberté et des nobles lumières. Heureux songe, si ce n'est qu'un songe ! Consolante perspective, digne du poète religieux qui veut allier l'enchaînement et l'essor, la soumission et la conquête, et qui conserve en son cœur le Dieu individuel, le Dieu fait homme, le Dieu nommé et prié dès l'enfance, sans rejeter pour cela le Dieu universel et presque sourd qui régénère l'humanité en masse parles épreuves nécessaires ! Assez d'hommes dans ce siècle, assez de cœurs et des plus grands, n'admettent désormais à leur usage que ce dernier aspect de Dieu, cet universalisme inexorable qui assimile la Providence à une loi fatale de la nature, à un vaste rouage, intelligent si l'on veut, mais devant lequel les individus s'anéantissent, à un char incompréhensible qui fauche et broie, dans un but lointain, des générations vivantes, sans qu'il en rejaillisse du moins sur chacun une destinée immortelle. Lamartine est plus heureux que ces hommes, qui pourtant sont eux-mêmes de ceux qui espèrent ; il est plus complètement religieux qu'eux ; i croit aussi fermement aux fins générales de l'humanité, il croit en outre aux fins personnelles de chaque âme. Il n'immole aux vastes pressentiments qu'il nourrit ni l'or-

Page 1