SCENE PREMIERE
DAVID, seul, sans armes. Il est nuit.
DAVID
Enfin je vous revois, lieux chers à ma mémoire ! Lieux autrefois remplis de bonheur et de gloire ! 0 palais des guerriers ! ù tentes où mon roi
Du salut d'Israël se reposait sur moi !
Et vous, drapeaux sacrés! et vous, armes royales
Que Saùl confiait à ces mains filiales!
Après un si long temps d'exil et de malheurs,
Je vous vois, je vous touche et vous baigne de pleurs !.
Il embrasse les étendards et les trophées.
Invoquant de la nuit les ombres lutélaires, Je rentre en fugitif au milieu de mes frères; Je rentre, et nul guerrier ne reconnaît en moi Ce David, le soutien, le gendre de son roi! 0 Saùl, ô mon maître! Et toi, Dieu redoutable Dont la main m'éleva, dont la vigueur m'accable, Que ne me laissais-tu dans mon obscurité? Que mon bonheur fut court et fut trop acheté! Élevé par mon prince au sein de sa famille, Il m'approche du trône, il me donne sa fille; Il me nomme son fils, et, par un prompt retour, Il m'arrache l'objet de mon fidèle amour. Jaloux d'un défenseur dont Dieu bénit les armes, Pour sa propre puissance il ressent des alarmes,
Et je me vois trois ans proscrit de ces États Que l'Élernel venait de sauver par mon bras... C'en est trop, mes malheurs ont passé mon courage ! C'est languir trop longtemps dans ce honteux veuvage ! Quel que soit le succès de ce dernier effort, Je viens redemander ou Michol ou la mort.