‹ Saül (volume 2)Chapitre 26 sur 58 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

DAVID. J 0 N À T H A S , sortant des tentes du roi .

JONATIIAS, à demi-voix.

ije sommeil à la fin descend sur sa paupière; Veillons!

Il entend les pas de David.

Qu'ai-je entendu? — Quel mortel téméraire Ose franchir l'enceinte où repose son roi? Guerrier, quel est ton nom?

DAVID

Vive Israël! c'est moi!

JONATHAS

C'est la voix de David !

DAVID, se jetant dans ses b:as.

Oui, c'est lui, c'est ton frère, 0 mon cher Jonathasl

JONATHAS

David! qu'oses-tu faire?

Viens-tu braver du roi l'implacable courroux?

DAVID

Je Viens pour le, fléchir, ou tomber sous ses coups.

JONATHAS

Tes ennemis ici veillent pour sa vengeance.

DAVID

L'appui des innocents veille pour ma défense.

JONATHAS

Les pièges de la mort environnent tes pas.

DAVID

Ah! qui vit dans l'exil, ami, ne la craint pasl Banni, persécuté, privé de ma patrie, Errant loin de Michol, que m'importe la vie? Que m'importent des jours traînés dans les déserts, Loin du saint tabernacle et du Dieu que je sers?

JONATHAS

Et si, dernier soutien du peuple qui l'adore, Dieu réservait ton bras pour le sauver encore?

DAVID

Au secours d'Israël que ne puis-je l'offrir?

JONATHAS

C'est ainsi seulement que David doit mourir. Tu sais de quels fléaux le ciel, qui nous accable, Trouble les derniers jours d'un prince misérable ; Cet État, si longtemps affermi par ta main, Depuis qu'il t'a perdu penche vers son déclin ; Chaque jour nous enlève un reste de puissance, Chaque pas nous entraîne à notre décadence,

Et par tant de revers nos vainqueurs enhardis

Partagent en espoir nos iunestes débris.

Le Philistin triomphe, et Juda, sans courage,

Tend ses mains sans défense aux fers de l'esclavage;

Il touche à ces moments prédits par Samuel

Où le Jourdain verra les filles d'Israël,

D'un vainqueur insolent malheureuses captives,

S'asseoir loin de Gessen et pleurer sur ses rives.

Il ne nous reste plus qu'un noyau de soldats

Qui dispute Israël, et ne le sauve pas;

A des vainqueurs surpris de leur propre victoire

Ils imposent encor par un reste de gloire;

Mais de l'arche de Dieu les derniers défenseurs

Combattent sans espoir et tombent sans vengeurs.

DAVID

Sans vengeurs! et je vis! Il leur en reste encore.

JONATHAS

Dieu ne se souvient plus du peuple qui l'adore;

israël, autrefois l'objet de son amour,

Le jour qui va paraître est-il ton dernier jour?

DAVID

Que dis-tu?

JONATIIAS.

Que demain le combat recommence; Qu'aux pieds de Gelboé le Philistin s'avance, Et que, de toutes parts d'ennemis entourés, Il faut vaincre ou périr.

Chers amis, vous vaincrez !

Vous vaincrez, ou David, couché sur la poussière, Aura mêlé son sang au pur sang de son frère. Viens, que Saùl en moi retrouve enfin son fils !

jonathas.

Garde-toi de l'offrir à ses regards surpris !

Crains d'éveiller en lui cette fureur soudaine

Dont le bouillant transport à ton seul nom l'entraîne;

Attends que son esprit, par nos soins éclaire,

De ses préventions revienne par degré ;

Laisse agir de Michol la tendresse prudente;

Voici l'heure où, quittant le repos de sa tente, Quand sa douleur fidèle a chassé le sommeil, Elle vient de Saiil attendre le réveil, Aux forêts, à la nuit confier ses alarmes, Adresser au Seigneur sa prière et ses larmes, Et se plaignant au ciel, sans accuser son roi, Lui présenter les vœux qu'elle forme pour toi ! Aux transports accablants que causerait ta vue Laisse-moi préparer son âme trop émue.

Laisse... Mais la voici.

DAVID

C'est elle, je l'entends, Ah ! je la reconnais au trouble que je sens !

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