‹ Saül (volume 2)Chapitre 32 sur 58 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

SAUL, à David.

Approche, ami de Dieu, viens embrasser ton roi.

DAVID , tombant à genoux.

Ton esclave en tremblant s'avance devant toi, Et, tout chargé du poids de ta longue colère, Il implore à genoux un regard moins sévère.

Que fais-tu? c'est à moi de tomber à tes pies;

C'est à moi de baisser mes yeux humiliés :

Je fus ton oppresseur, et je vois ma victime !

Je fus injuste et dur, tu fus grand et sublime !

Je t'ai persécuté, tu viens me secourir!

Tu m'as vaincu, David, c'est à moi de rougir.

Mais je ne rougis point d'avouer ma faiblesse,

Hélas! on a tout fait pour tromper ma vieillesse :

Pour égarer mon cœur, un prestige fatal

Dans mon plus ferme appui me fit voir un rival.

Que ne puis-je effacer ces jours de ta disgrâce,

Que ne puis-je... ! ah ! du moins ma douleur les efface!

Viens, généreux ami, de ton roi malheureux

Viens en jours éclatants changer les jours affreux.

DAVID

0 mon maître, c'est trop ; ce jour, ce jour propice

Réparerait lui seul un siècle d'injustice ;

Eh quoi ! mon bienfaiteur, mon seigneur et mon roi

Jusqu'à me supplier s'abaisse devant moi !

Eh ! de vos mains, ô mon roi, ne suis-je pas l'ouvrage ?

Un héros tel que toi doit tout à son courage ; Il est l'œuvre de Dieu, le fils de ses exploits : Cesse de rappeler tout ce que tu me dois; Je te dois plus moi-même, et tant de modestie Ajoute un nouveau lustre à l'éclat de ta vie.

Apercevant l'humble vêtement de David.

Mais dans quel humble état parais-tu dans ces lieux ?

Où sont de tes exploits ces témoins glorieux?

Ces ornements guerriers, cette éclatante armure,

D'un gendre de Saûl belliqueuse parure?

Quel est cet humble habit, mon fils, où je te voi ?

DAVID

C'est celui d'un berger ; celui que devant toi L'humble fils d'Isaï portait dans son enfance, Quand il fut, dans Sichem, admis en ta présence.

Pourquoi l'as-tu repris?

DAVID

Son souvenir m'est doux :

Nu vous m'avez reçu, nu je reviens vers vous ! Tel que j'étais, Saiil, avant que ta tendresse Eût par tant de faveurs exalté ma jeunesse.

0 fils digne en effet de toute ma faveur, Dans cet abaissement j'admire ta grandeur ! Laisse-moi réparer un trop cruel outrage ! Reçois de mon amour, reçois ce nouveau gage.

Il lui donne sa lance.

Tiens, je n'ai pas besoin de t'en dire l'emploi, Tu sais ce qu'aujourd'hui Saùl attend de toi.

JONATHAS, lui offrant son casque.

0 mon frère, permets que ma main faible encore Offre aussi mon hommage au héros que j'honore ; Prends ce casque et qu'il soit, dans mes premiers combats, L'étendard glorieux qui dirige mes pas.

MICHOL, lui donnant le bo-jelier.

Et moi je viens t'offrir d'une main plus tremblante Un don plus rassurant pour le cœur d'une amante, Ce bouclier sacré qu'en des jours plus heureux Mes mains avaient orné d'emblèmes amoureux. Qu'il émousse les traits d'une main ennemie, Qu'il couvre de son ombre et ton peuple et ta vie ; Et loi, songe, ô David, en le portant toujours, Que c'est moi qu'il protège en protégeant tes jours.

DAVID, élevant son arme dans ses mains.

O toi qui de la fronde armas mes mains timides, Toi qui prêtas ta force à mes flèches rapides, Arbitre des combats, Dieu redouté, Dieu fort, Qui portes dans tes yeux l'épouvante et la mort, Daigne bénir encor ces armes plus terribles ; Quitte, quitte, Seigneur, tes hauteurs invisibles ; Viens, descends et combats, et, sous l'œil de mon roi, Fais-moi vaincre aujourd'hui pour ton peuple et pour toi l

Allons, déjà j'entends la trompette guerrière ;

Mes soldats de ces lieux assiègent la barrière. Viens montrer à Juda son dernier défenseur ! L'espoir, à ton aspect, renaîtra dans son cœur.

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