JONATHAS, DAVID
DAVID
E1j bien, cher Jonathas, que faut-il que j'espère? Faut-il quitter encore une terre si chère? Que fait Saiil?
JONATHAS
Hélas 1 Saùl n'est point changé:
Dans son égarement plus que jamais plongé, Nos larmes, nos soupirs, nos vœux, rien ne le touche
Tantôt s'enveloppant d'un silence farouche, Tantôt en cris fougueux éclatant devant nous, Il blasphème le ciel ou l'invoque à genoux. Souvent d'un pas rapide il parcourt sa demeure, Puis tout à coup s'arrête, et nous regarde, et pleure. Mais bientôt le courroux de son front sourcilleux, Même à travers ses pleurs, brille au fond de ses yeux; Il croit frapper David, il le nomme, il s'élance, Vingt fois d'un bras trompé perce l'air de sa lance; Puis enfin, succombant à ce pénible effort, Il chancelle, il retombe, il soupire, il s'endort. Quel sommeil agité! quel sinistre nuage Repose sur son front, obscurcit son visage ! Quel réveil il promet! Ainsi sur le Thabor, Lorsque dans nos vallons les vents dorment encor, Les foudres dont le mont environne sa tête Aux pasteurs effrayés présagent la tempête.
MaisMichol?
JONATIIAS.
Michol veille aux genoux de son roi;
Son amour filial a vaincu son effroi ; Renfermée avec lui dans l'ombre de sa tente, Tantôt elle affermit sa marche chancelante, Et tantôt, essayant d'apaiser ses fureurs, Elle baigne ses mains d'un long torrent de pleurs; Puis, quand un court sommeil assoupit sa paupière, Soutenant dans ses bras la tête de son père, Muette, elle retient ses soupirs dans son sein; Elle attend son réveil et, d'une tendre main Essuyant de son front la sueur enflammée, Rafraîchit du vieillard la paupière fermée, L'écoute, lui sourit, et semble à tous les yeux Un ange qui pour lui vient de quitter les cieux.
DAVID
0 vertu que j'admire, ô femme que j'adore 1 Je ne vous retrouvai que pour vous perdre encore! Je le vois, il faut fuir. Fuir sans elle ! — Oui, je doi Ce dernier sacrifice à mon malheureux roi.
JONÀTHAS.
Je reconnais David à ce trait magnanime!
Oui, pars, ô mon héros, oui, pars, ami sublime : Mais trop loin de ce camp ne porte plus tes pas, Et, le jour du péril, compte sur Jonathas.