SCÈNE PREMIÈRE
MICHOL, Prêtres', Lévites, Femmes.
MICHOL, aux prùtres et aux femmes qui la suivent.
Ah ! suivez-moi! rentrons dans cette auguste enceinte, Et périssons du moins aux pieds de l'arche sainte!
Elle jette les yeux sur les débris du camp.
Mais que vois-je? 0 douleur ! jusqu'en ce lieu sacré Le Philistin vainqueur a déjà pénétré, Et, repoussé trop tard par notre vain courage, Il a rempli le camp des traces du carnage.
UN PRÊTRE
Nuit suprême! aux fureurs d'un ennemi cruel Verras-tu donc livrer les restes d'Israël I
UNE ISRAÉLITE
Fuyons toutes !
UNE AUTRE
Où fuir?
MICIIOL.
La mort nous environne.
Sous les pas des guerriers la terre au loin résonne ; Le bruit approche, o ciel ! il redouble : écoutez t
UNE ISRAÉLITE
C'est le pas des coursiers dans la plaine emportés.
M I C H O L , s' approchant de la forêt pour écouter.
Ce sont des cris plaintifs, des voix, des sons funèbres
Roulant comme la foudre au milieu des ténèbres, — Le sifflement des traits, — la fuite des coursiers, — Le roulement des chars, — le choc des boucliers ; — De tous ces bruits confus se forme un bruit immense. — Écoutons. Mais tout meurt dans un vaste silence.
UNE ISRAÉLITE
C'est que l'un des deux camps à l'autre aura cédé
MICHOL
Doute affreux!
UN PRÊTRE
Dieu vengeur, qu'as-tu donc décidé?
MICHOL, écoutant de nouveau.
Quel tumulte nouveau! quelle tempête horrible Se réveille et m'annonce un combat plus terrible Écoutez, regardez ! le fer frappe le fer.
Des boucliers brisés sort un livide éclair!
Voyez, à chaque coup, comme dans la nuit sombre
Leur lance, en traits de feu, se dessine dans l'ombre.
Approchez, entendez ce long cri des mourants,
Ce sont peut-être, hélas ! nos frères expirants!
C'est peut-être Saûl ou Jonathas mon frère,
Qui nomme encor David à son heure dernière.
UN PRÊTRE
Enfant infortuné, généreux Jonathas, David à ton secours ne volera donc pas?
MICHOL
Non, pour perdre Israël, la vengeance céleste Éloigne ce héros dans cette nuit funeste ; Menacé par Saùl, j'ignore dans quel lieu Le retient loin de nous la colère de Dieu.
UNE ISRAÉLITE
Silence! d'un guerrier j'entends les pas rapides;
Du côté d'Engaddi, par ces sommets arides, Il gravit la montagne et s'avance vers nous.
MlCHOL.
Ah ! si c'était David !