‹ Saül (volume 2)Chapitre 51 sur 58 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

MICHOL, Prêtres', Lévites, Femmes.

MICHOL, aux prùtres et aux femmes qui la suivent.

Ah ! suivez-moi! rentrons dans cette auguste enceinte, Et périssons du moins aux pieds de l'arche sainte!

Elle jette les yeux sur les débris du camp.

Mais que vois-je? 0 douleur ! jusqu'en ce lieu sacré Le Philistin vainqueur a déjà pénétré, Et, repoussé trop tard par notre vain courage, Il a rempli le camp des traces du carnage.

UN PRÊTRE

Nuit suprême! aux fureurs d'un ennemi cruel Verras-tu donc livrer les restes d'Israël I

UNE ISRAÉLITE

Fuyons toutes !

UNE AUTRE

Où fuir?

MICIIOL.

La mort nous environne.

Sous les pas des guerriers la terre au loin résonne ; Le bruit approche, o ciel ! il redouble : écoutez t

UNE ISRAÉLITE

C'est le pas des coursiers dans la plaine emportés.

M I C H O L , s' approchant de la forêt pour écouter.

Ce sont des cris plaintifs, des voix, des sons funèbres

Roulant comme la foudre au milieu des ténèbres, — Le sifflement des traits, — la fuite des coursiers, — Le roulement des chars, — le choc des boucliers ; — De tous ces bruits confus se forme un bruit immense. — Écoutons. Mais tout meurt dans un vaste silence.

UNE ISRAÉLITE

C'est que l'un des deux camps à l'autre aura cédé

MICHOL

Doute affreux!

UN PRÊTRE

Dieu vengeur, qu'as-tu donc décidé?

MICHOL, écoutant de nouveau.

Quel tumulte nouveau! quelle tempête horrible Se réveille et m'annonce un combat plus terrible Écoutez, regardez ! le fer frappe le fer.

Des boucliers brisés sort un livide éclair!

Voyez, à chaque coup, comme dans la nuit sombre

Leur lance, en traits de feu, se dessine dans l'ombre.

Approchez, entendez ce long cri des mourants,

Ce sont peut-être, hélas ! nos frères expirants!

C'est peut-être Saûl ou Jonathas mon frère,

Qui nomme encor David à son heure dernière.

UN PRÊTRE

Enfant infortuné, généreux Jonathas, David à ton secours ne volera donc pas?

MICHOL

Non, pour perdre Israël, la vengeance céleste Éloigne ce héros dans cette nuit funeste ; Menacé par Saùl, j'ignore dans quel lieu Le retient loin de nous la colère de Dieu.

UNE ISRAÉLITE

Silence! d'un guerrier j'entends les pas rapides;

Du côté d'Engaddi, par ces sommets arides, Il gravit la montagne et s'avance vers nous.

MlCHOL.

Ah ! si c'était David !

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