‹ Saül (volume 2)Chapitre 54 sur 58 · JONATHAS, ESDRAS · texte numérisé non relu

JONATHAS, ESDRAS

Jonathas blessé, soutenu par son éeuyer, entre par le côté opposé à la scène.

JONATHASj avançant avec peine.

Esdras, où sommes-nous? où conduis-tu mes pas? Laisse-moi ! — Tous tes soins ne me sauveront pas! Mon sang coule à longs flots.— Mes yeux s'appesantissent, Et mes genoux sans force à chaque pas fléchissent.

ESDRAS, s'eflbrçant de le conduire pius loin.

Rappelez, ô mon fils, un reste de chaleur !

Ne tombez pas vivant dans les mains du vainqueur.

Encore quelques pas.

JONATHAS, essayant en vain de marcher.

Ma force m'abandonne ; Sous la main du trépas mon cœur serré frissonne : C'en est fait ! je succombe !

Il se laisse tomber au pied d'un sycomore. ES DR A S désespéré.

0 mortelle douleur!

Il tombe ! et je n'ai pu prévenir son malheur, A mon maître expirant donner des soins utiles, Ni d'un fardeau si cher charger mes bras débiles! Vieillard infortuné! loin de le secourir, Hélas! à ses côtés tune peux que mourir.

JONATHAS, avec effort.

Écoute, cher Esdras, ma dernière prière :

Si cette nuit fatale... épargne au moins mon père,

Raconte-lui ma mort ; dis-lui que Jonalhas

N'est pas tombé sans gloire en ses premiers combats.

Dis-lui que pour David j'implore sa clémence,

Que le Seigneur sur moi venge soa innocence,

Que je meurs sans me plaindre, et qu'en le bénissant,

Pour son peuple et pour lui j'ai versé tout mon sang.

ES DR A S baigné de larmes.

Quoi ! je verrais mourir l'enfant que j'ai vu naître ? Ai-je donc tant vécu pour survivre à mon maître? 0 douleur ! — Mais le ciel peut prolonger vos jours. Si l'aurore vers nous ramenait du secours? Si quelque fugitif, aidant mon bras débile, Vous portait avec moi vers un plus sûr asile ? J'écoute. — Mais partout un silence de mort...

JONATHAS

Va I je n'atlends plus rien des" hommes ni du sort . Si seulement, ah! Dieu! si je pouvais encore Ètancher d'un peu d'eau la soif qui me dévore!

ESDHAS, parcourant la scène.

C'est en vain que j'en cherche. Eu ces arides lieux, Nulle fontaine, hélas! ne réjouit mes yeux ;

D'aucune source au loin je n'entends le murmure ; Pas une goutte d'eau sur la pâle verdure!

JONATHAS

Eh bien, tiens, prends mon casque, et là, dans le vallon, Descends, pour le remplir des ondes du Cédron.

ESDRAS, prenant le casque et s'éloignant.

Faut-il le laisser seul? 0 tardive vieillesse! 0 Dieu ! rends à mes pas la force et la vitesse.

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