‹ SaülChapitre 57 sur 110 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

Ce bras, que soutiendra le bras de l'Éternel, Seul encor suffira pour sauver Israël !

SAÛL, avec une fureur concentrée.

Quel étrange discours et quel secret outrage !

Je reconnais, David, ce superbe langage !

C'est ainsi qu'autrefois on t'entendit parler,

Quand tes exploits aux miens osèrent s'égaler,

Que dis-je ? quand ce peuple, en son délire extrême,

Osa mettre ton bras au-dessus du mien même !

DAVID

Ah ! Seigneur, oubliez ces coupables clameurs, QjLi'ont assez expié mon exil et mes pleurs !

Puis-je les oublier si tu me les rappelles ?

Ai-je besoin de toi pour venger mes querelles? I Penses-tu que Saûl ne peut vaincre sans toi ?

Te crois-tu plus heureux ou plus vaillant que moi ?

Ton bras suffirait seul? — Et moi donc? Mon courage,

Éclipsé par le tien, est-il vaincu par l'âge ?

Crois-tu mon sang glacé? Crois-tu mon cœur vieilli, 3' Ma lance sans vigueur ou mon bras amolli ?

Jeune présomptueux, dont l'audace commune

S'exalte d'un succès qu'il doit à la fortune !

Va, ce bras qui soutint des fardeaux moins légers.

N'a jamais fait siffler la fronde des bergers, 3< Mais il saurait encor, malgré sa décadence.

Protéger tout un peuple à l'ombre de ma lance,

Ou, si ce bras vieilli demandait un soutien, Saûl en choisirait de plus sûr que le tien.

DAVID

Dieu sait si j'ai. Seigneur, mérité cet outrage.

JONATHAS, à Saûl.

7i<^ Démentez pour jamais cet odieux langage, Connaissez mieux enfin un héros, un ami. Un frère...

SAÛL ù Jonathas.

Connais mieux un perfide ennemi.

Sous des traits de vertu cachant les vœux du crime, Et qui peut-être, en toi, n'aime... que sa victime.

715 Crois-tu qu'il vienne ici pour nous prêter son bras? Il vient pour épier l'heure de ton trépas. Je sais ce qu'il attend, je vois ce qu'il espère; Le ciel, sur ses desseins, trop tard enfin m'éclaire, Mais peut-être assez tôt, du moins, pour prévenir

720 Le triomphe sanglant dont il venait jouir !

A David.

Va ! monstre, dont mes soins ont réchauffé l'enfance. Tes projets sont connus, va ! sors de ma présence ! Fuis, et tant que le jour éclairera mes yeux, De ton horrible aspect, ne souille plus ces lieux !

DAVID

725 Ah ! c'en est trop, Seigneur, prenez, prenez ma vie. Tranchez ces tristes jours, objet de tant d'envie ! Je puis sans murmurer mourir de votre main, Mais m'éloi^ner encor? — Vous l'ordonnez en vain

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