ACTE II J
Je n'irai plus traîner ma honte et mes misères
Loin des yeux de Micol, des tombeaux de mes pères ;
Je n'irai plus montrer aux ennemis de Dieu
David errant, proscrit, pleurant loin du Saint Lieu !
Plutôt, plutôt cent fois, aux pieds de l'arche même,
Arroser de mon sang une terre que j'aime,
Et, présentant mon sein sans défense à vos coups.
Prouver mon innocence à tout autre qu'à vous !
SAUL, brandissant sa lance.
Quoi ! tu prétends ici, malgré ton Roi?... Barbare !
JONATHAS, retenant son père. >
Que faites-vous, ô Roi ?
MICOI.
Qjaelle fureur l'égaré ?
JONATHAS, montrant David.
Il tombe à vos genoux sans défense. — Ah ! Seigneur, Au calme de son front, reconnaissez son cœur !
SAÛL, furieux et égaré.
Quoi ! tu ne perces pas le masque du perfide ? Quoi ! tu n'aperçois pas son glaive parricide ? Son œil cherche le sein que son fer doit percer, Et s'il hésite encor, c'est pour mieux l'enfoncer ! Le vois-tu? Le vois-tu ? — Fuis ! le fer étincelle ; Hélas ! il est trop tard ! — Du sang ! Le sang ruisselle ! Pour monter, à ta place, au trône qui l'attend, Il se fait de ton corps un marchepied sanglant !