ACTE III
Qui, n'osant en plein jour s'attaquer à mon bras,
De pièges ténébreux ont entouré mes pas.
Qui, d'un roi malheureux trompant la confiance,
Sous de noires couleurs lui peignent l'innocence.
Et se servant de lui pour assurer leurs coups,
Réveillent ses fureurs qu'ils dirigent sur nous !
Voilà ces ennemis ; mais, trop fier pour m'en plaindre.
Seigneur, je suis surtout trop brave pour les craindre !
Je ne les nomme pas. Je les soupçonne, Abner !
Et leur laisse, en partant, le soin de se nommer.
Adieu.
ABNER
Je reconnais cet injuste langage.
Et vois à qui s'adresse un si sanglant outrage ; Mais, dans de tels moments, Abner doit s'occuper De soins plus importants que de vous détromper. Au salut d'Israël, faisons le sacrifice De mon ressentiment et de votre injustice ; Sauvons ce peuple ensemble ! Et nous pourrons alors, S'il vous reste un soupçon, nous reprocher nos torts. Vous savez que Saùl, dans des transports funestes, Laisse de sa raison s'évanouir les restes. Et qu'accablé des coups d'un génie infernal, Les soins de la pitié ne font qu'aigrir son mal. Cependant, l'heure approche, et chaque instant menace ; Du Roi, dans les combats, qui donc tiendra la place? Sera-ce vous ? ou moi ?
DAVID
Qiioi ? vous osez...
821-824. ^^ ^^'"■^^ ^"' crayon en marge indique la suppression possible de ces quatre vers. 40. — 827. un tel moment, 42.
6o s A Cl
ABXER
Seigneur !
840 Tous deux, si vous voulez, partageons cet honneur! Que l'intérêt du peuple et du roi nous rassemble ! Délibérons, marchons et combattons ensemble ! Faisons, faisons tomber, sous nos coups réunis. Cet insultant orgueil de nos fiers ennemis !
^45 Et que le Philistin, si fort par votre absence, Reconnaisse David, et perde l'espérance ! Vous reviendrez après, plus sûrement. Seigneur, Devant l'heureux Saùl baisser un front vainqueur. Apporter à ses pieds les fruits de la victoire !
850 Après de tels garants, le roi pourra vous croire. Et vous même, une fois, vous pourrez éclaircir Si je voulus jamais vous perdre, ou vous servir.
DAVID
Non, sans chercher, Seigneur, à percer ce mystère.
Je ne dois aujourd'hui qu'obéir et me taire; 855 Et, quel que soit enfin votre intérêt pour moi.
Ce n'est point au proscrit de remplacer son Roi !
Je pars, je vais traîner ma misérable vie
Loin des persécuteurs de ma chère patrie ;
Dans les jours du péril, si Saûl pense à moi, ^6" QjLi'il parle ! Tout mon sang est encore à mon Roi ;
A son premier appel on me verra répondre.
C'est ainsi seulement que je veux le confondre.
Mais armer sans son ordre et conduire aux combats
Les soldats de Saùl ! -^— non, ne l'espérez pas !