ACTE III él
ABNER
Ce soin, pour un héros, semble pusillanime : Défendre son pays fut-il jamais un crime ? Et qu'importe le sort qui nous est réservé ? Nous serons innocents si le peuple est sauvé!
DAVID
Et qui nous a chargés du soin de le conduire ?
Des volontés de Dieu, Dieu seul peut nous instruire ;
Pour prendre ainsi sur nous l'autorité des rois.
Qui sommes-nous, Abner ? quels sont ici nos droits ?
Quel prophète a parlé ? quelle main inspirée,
Sur nos fronts, dans Rama, versa l'huile sacrée ?
ABNER
Croyez-moi, bannissons cette timidité,
Seigneur ! Le seul prophète est la nécessité !
Elle presse, elle parle, et, pour qui sait l'entendre.
Elle est la voix du ciel que riiomme doit comprendre.
Ecoutons-la tous deux : peut-être en peu d'instants,
Peut-être aujourd'hui même il n'en sera plus tems ;
Déjà de toutes parts l'ennemi nous assiège,
Dans notre inaction il a cru voir un piège,
Mais, rassuré bientôt, il n'y verra, Seigneur,
Que notre incertitude et l'aveu de la peur !
Déjà, ce long repos redoublant son audace,
11 entoure le camp, l'insulte et le menace...
Tremblons qu'aujourd'hui même il ne soit attaqué!