‹ SaülChapitre 77 sur 110 · ACTE IV 8l · texte numérisé non relu

ACTE IV 8l

O roi ! c'est le seul prix que demande aujourd'hui Un fils victorieux qui vous parle pour lui.

Et n'est-ce pas assez de t'accorder sa grâce ?

Faut-il que de mon cœur tout souvenir s'efface,

Que je livre en aveugle au rival de son roi,

Et mon trône, et mon peuple, et mes enfants, et moi?

Que, courant à ma perte et fuyant la lumière,

J'éteigne le flambeau dont l'avenir m'éclaire.

Et que, dans mon repos follement endormi.

Je m'éveille au pouvoir d'un perfide ennemi ?

JONATHAS

David, notre ennemi ! lui qui nous sacrifie, Seigneur, aujourd'hui même, et son sang, et sa vie?

Que ne peux-tu, mon fils, porter des yeux plus sûrs Dans le cœur des humains, dans ses replis obscurs, Sur leurs desseins cachés répandre la lumière ! Ta jeunesse est crédule autant qu'elle est sincère, Tu ne peux soupçonner, déjouer, ni prévoir, Des noirceurs que ton cœur ne saurait concevoir. Mais moi qui les connus, moi qui, mûri par l'âge. Lis au cœur des mortels plus que sur leur visage, Je sais les deviner, je sais leur arracher Le voile où leurs projets cherchent à se cacher; Je les suis pas à pas dans le sentier perfide, Où la fourbe les couvre, où l'intérêt les guide ; Je sais ôter le masque à leurs feintes vertus,

1166. C'est là l'unique prix L. — 1174. Et que sur n'cs dangers L. fy — II 89. les courbe 42.

SALL 6

Et pour moi l'héroïsme est un piège de plus ! Écoute, Jonathas, veux-tu régner ?

JONATHAS

Sans doute ; Seigneur, si j'en suis digne et m'en ouvre la route. Simple enfant d'Israël ou successeur de roi, "95 Je veux ce que le ciel lui-même veut pour moi.

iMais je ne veux jamais, par des soupçons injustes, M'assurer le chemin de mes destins augustes ; Aux volontés du ciel aveuglément soumis. Le trône m'appartient, si Dieu me l'a promis.

I2O0 Dieu le donne, mon fils ; mais il faut le défendre ! La prudence te parle, il est tems de l'entendre, Et ne l'entends-tu pas te dire ainsi que moi : David, que David meure, ou David sera roi ?

1193. Au-dessus de ce texte non harrè, on Ut, au crnvon : Si Dieu k veut, du trône il m'ouvrira la route. 40.

1203 sqq. Alf. IV, 3. Saïjl. « N'entends-tu pas retentir au fond de ton cœur une voix qui te crie : David sera roi ! — David roi ! Q.u'il meure auparavant. Jonathas. Et Dieu ne vous crie-t-il pas d'une voix plusl menaçante : « David m'est cher, il est l'élu du Seigneur? » Toutes les! actions de David ne prouvent-elles pas qu'il est chéri du ciel... A peine auriez-vous levé le fer sur David qu'une force invincible le détournerait. Vous tomberiez vous-même à ses pieds en pleurant. Saul. Tu ne dis que trop vrai. David est pour moi un être inexplicable. Lorsque je le vis pour la première fois dans Ela, il plut à mes regards ; mais, dans le fond de mon cœur, je sentis de l'aversion pour lui. Dans les moments où je suis disposé à l'aimer^ un courroux inconnu s'empare de moi, et me sépare de lui. Quelquefois je désire sa mort ; et, si je le vois, il me désarme, il m'accable de sa grandeur. Cet égarement est un effet de la vengeance divine... Cette vengeance est celle des prêtres. David est l'instrument de leurs fureurs. Il vit dans Rama Samuel mourant. Qui sait si Samuel n'a pas versé sur la tête de mon rival l'huile sainte dont il oignit autrefois mon front? Jonathas... Si cela était, ne devrais-je pas être plus offensé que vous ?... Lorsque vous irez rejoindre vos aïeux, le trône ne m'est-il pas destiné ?... David me

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