‹ SaülChapitre 78 sur 110 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

jONATHAS

Et n'entendez-vous pas une autre voix, vous-même, Vous crier : « C'est David que j'ai choisi, que j'aime ; C'est moi qui le protège et qui guide ses pas » ? Chacun de ses exploits ne le prouve-t-il pas ? N'avez-vous pas senti, vous-même, à son approche, S'évanouir le doute, expirer le reproche ? î Et, prêt à le frapper, ne vous ai-je pas vu. Sans colère, à ses pieds retomber confondu ?

Hélas ! il est trop vrai ; je ne sais quel empire Exerce ce David que je crains, que j'admire ! Sitôt que je le vis, dans les champs de Jabès, Il plut à mes regards, mais à mon cœur, jamais !

' Depuis ce tems, sans cesse à moi-même contraire, Je me cherche et je suis pour moi-même un mystère ; J'ai vu flotter sur lui mes vœux et mes desseins ; Absent, je le regrette, et, présent, je le crains. Il semble qu'une main invisible et bizarre. Toujours vers lui m'attire et toujours m'en sépare, Mon cœur, quand je le hais, est près de le chérir,

ï Mon cœur, lorsque je l'aime, est prompt à le haïr.

' Incroyable ascendant ! repoussement funeste ! Egarement de l'homme ou vengeance céleste ? Je ne sais ; mais du moins je vois trop clairement Que des prêtres cruels David est l'instrument, Que dès longtems, mon fils, ces prêtres me haïssent,

1206. garde ses pas 42. — ■ 1224, répulsion L.

surpasse en courage, en vertu, en prudence ; et plus je le vois grand, plus je l'aime. Si la main qui donne ou qui enlève les royaumes met la couronne sur la tête de David, je reconnaîtrai qu'il le mérite. . 1214. Allusion à I Reg. XI.

Qu'à l'ombre de l'autel leurs complots me trahissent 1230 Qu'ils menacent, du ciel, un vieillard malheureux.

Qui ne voulut pas être aussi barbare qu'eux.

Mais David leur est cher. David, dès sa jeunesse.

Du vieillard de Rama cultiva la tendresse ;

Samuel, qui l'aimait, expira dans ses bras ; 12^5 On dit qu'il lui promit mon trône et mes États ;

On dit plus, oui, l'on dit que la main du prophète

Versa l'huile des rois sur sa coupable tête ;

S'il était vrai, mon fils ?

JONATHAS

S'il était vrai, Seigneur, Qui pourrait à David disputer cet honneur ?

1240 Moi seul, sans doute, moi qui, né pour la couronne. Ai seul droit, après vous, de monter sur ce trône. Moi seul pourrais m'en plaindre et le lui disputer. Mais, aux ordres du ciel bien loin de résister. Bien loin d'être jaloux de cet honneur insigne,

1245 Je le lui céderais s'il en était plus digne.

Plus David sera grand, plus il me sera cher ! ,

Respectons les secrets que Dieu veut nous cacher. Et résignés d'avance au sort qu'il nous prépare, |

Attendons que sur nous l'avenir le déclare !

1250 Apprends donc, malheureux, apprends donc à quel prix Le sceptre de Jacob à David est promis : C'est au prix de mon sang, de celui de ta race,

1247. décrets 42.

1252-1258. Allusion luix chapitres XV et XVI de I Reg. 12)2. I Reg. XXVIII, 19.

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