‹ SaülChapitre 81 sur 110 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

Et les flots du Cédron ballottes par l'orage, Du trouble de mon cœur sont à peine une image. xMais ton aspect me calme et me rend la raison. Réponds-moi, cher David, aimes-tu ma maison?

DAVID

Jonathas m'est plus cher que le jour qui m'éclaire, Micol est mon épouse, et vous fûtes mon père ; Quels garants plus certains attendez-vous de moi ?

Il est vrai ; cependant tu n'estimes que toi ! Devant toi tout pâlit, devant toi tout s'efface, Et par-dessus Saûl tu t'es choisi ta place !

DAVID

Je ne m'exalte point, je suis dans Israël

1283 sqq. Alf., 111,4. Saul. Tu aimes donc la maison de Saûl? David. Jonathas m'est plus cher que la vie. Pour mon épouse, je l'aime avec tant d'ardeur qu'il m'est impossible d'exprimer le sentiment qu'elle m'inspire. Saul. Cependant tu as beaucoup d'orgueil. Davij. Moi, de l'orgueil ? Dans les camps je ne suis pas un guerrier lâche ; à votre cour, j'ai le respect d'un gendre ; devant Dieu je ne suis rien. Saul. Mais tu me parles toujours de Dieu. Tu sais cependant que la fureur des prêtres m'a depuis longtemps retiré son appui. Est-ce pour m'outrager que tu le nommes devant moi ? David. Je le nomme pour lui rendre hommage. Pourquoi croyez-vous qu'il vous a abandonné ? Il ne soutient pas ceux qui refusent son concours : mais s'est-il jamais éloigné de celui qui l'invoque et qui se confie à lui ? Il vous a donné le trône ; il vous y a maintenu ; et il vous protégera, si vous ne vous adressez qu'à lui. Saijl. Qiii me parle du ciel ? Hst-ce un prêtre couvert d'une robe blanche ? Voyons... non, tu es un guerrier, tu portes une épée ; avance ; approche-toi de moi, que je sache si c'est David ou Samuel qui me parle. Quelle est cette épée ? Ce n'est pas celle que je t'ai donnée ? David. C'est l'épée que m'a fait acquérir mon humble fronde. Cette épée, dans Ela, fut levée sur ma tête par le farouche Goliath ; je la vis briller^ et m'annoncer la mort : Goliath la portait, il voulait la teindre de mon sang, et moi je l'ai inondée du sien. Saijl. Ce fer ne fut-il pas, dans Nobbé, attaché au saint tabernacle ? ne fut-il pas ensuite enveloppé dans l'Ephod, et éloigné des regards profanes ? ne fut-il pas pour jamais consacré au Seigneur ?

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Le second après vous et rien devant le ciel.

Le ciel ! Toujours le ciel et Dieu sont dans sa bouche !

ABNER, bas à Saûl.

Il affecte à dessein ce lanoaoe farouche.

Mais tu n'ignores pas que des prêtres cruels 1295 M'ont de ce Dieu terrible interdit les autels,

Que pour lui mon encens est un encens profane, Que sa main me poursuit, que sa voix me condamne. Et que, se repentant de m'avoir élu Roi, Il n'est rien de commun entre ton ciel et moi. 1300 Pourquoi, si tu le sais, me tiens-tu ce langage ? Est-ce pour m'outrager ?

DAVID

C'est pour lui rendre hommage !

Et pourquoi pensez-vous que, déjà condamné, Le Dieu qui vous choisit vous ait abandonné ? Il répond à toute heure au cœur qui s'humilie,

130S Et n'oublia jamais que l'ingrat qui l'oublie.

C'est lui qui, dès Jabès, vous prenant par la main, Du trône, encore enfant, vous ouvrit le chemin ; C'est lui qui, confondant Terrant Amalécite, Jusqu'aux déserts de Sûr précipita sa fuite ;

13 10 C'est lui qui, soumettant l'Idumée à vos lois. Jugera votre cause une seconde fois,

1299. entre le ciel et moi 42. — 1309. Jusqu'aux déserts de Nir 42.

1299. Cf. Mcd. Poét., I, L'holemcnt :

Il n'est rien de commun entre la terre et moi.

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