ACTE II
DAVID
... D'ailleurs le roi lui-même aussi m'a demandé...
Ah!
DAVID
Vous en semblez fâchée ?...
LA REINE
Et pourquoi fâchée ? David, n'est-ce pas pour le mieux au contraire, cette rencontre en vous de nos désirs ?... Et vous, qu'avez-vous répondu ?
Ils se rapprochent du roi.
DAVID
C'est alors que vous êtes entrée, et le roi est parti avant que j'aie pu lui répondre.
Ils se rapprochent encore.
LA REINE
Alors... maintenant — répondez.
DAVID
Mais le roi n'est plus là, Madame.
SAUL, caché.
Bien, courageux David !
LA REINE
David, votre jeunesse a besoin qu'on l'instruise. Le roi Saûl n'a pas l'autorité que vous croyez ?
SAUL, caché.
AhlAhl
LA REINE
Jadis, je sais, c'était un roi plein de sagesse et de courage ; mais à présent sa volonté s'est excédée ; elle a besoin qu'on la dirige, et c'est moi qui
souvent choisis ses décisions. — Ainsi, l'idée d'avoir un chanteur près de lui, — c'est la mienne, il l'accepte : — et tant mieux puisque ce sera vous ce chanteur. Mais comprenez aussi, David, que le roi, fatigué de mauvaises pensées, a besoin que je le surveille sans cesse.
SAUL, caché.
Méfiez-vous, Madame !
LA REINE
Mais il me parle peu; je suis rarement près de lui... Ses moindres mots, ses moindres gestes, tout ce qui vient de lui, éclairant son état maladif, peut rendre mes soins plus habiles. Tout doit donc m'étre rapporté.
DAVID
Madame 1
LA REINE
David, vous ne pouvez prendre mal mes paroles. Sans mes soins, que vaudrait votre roi ? — Vous m'aiderez. A nous deux, nous pourrons parfois essayer d'épuiser ses tristesses. Vous les saurez plus tôt que moi, me les direz — et tous les deux... Mais vous ne dites rien... répondez-moi... Ah 1 pour un conquérant, vous semblez bien craintif ! et vous baissez les yeux quand c'est moi qui les lève — sur vous — Daoud — plus délicieux ainsi...
Elle touche sa joue de la main.
Ah ! Madame 1 Le roi...
Saûl bondit de derrière la colonne. David s'enfuit.