SCÈNE II DAVID et le BARBIER
LE BARBIER, n»ystérieusement.
Prince David!... Prince David!
Quoi donc. Barbier?
LE BARBIER, comme essoufHé.
Voilà quatre jours que je cours après vous sans parvenir à vous trouver un instant seul, prince David!
DAVID
Je ne suis pas prince, Barbier.
Oi
LE BARBIER
Oui, Seigneur, mais...
DAVID, de plus en plus sévère.
Ni seigneur.
LE BARBIER
C'est que je ne sais comment appeler le vainqueur glorieux qui. ..
DAVID
Je n'ai vaincu qu'avec l'aide de Dieu, Barbier I je ne suis même pas chef d'armée.
LE BARBIER
Mais voire courage...
Il n'est pas plus grand que ma foi.
LE BARBIER
Précisément, la foi... Mais votre espoir...
DAVID
C'est qu'après m'avoir appelé pour tuer Goliath le Dieu d'Israël contenté me laissera retourner à Bethléem, près de mon père, à garder, comme avant, des chèvres.
LE BARBIER
Oh ! des chèvres ! ! — c'est des hommes que le seigneur David devrait songer à garder... et voici précisément ce que je voulais lui dire — vite, car on peut toujours arriver...: c'est que le roi Saûl est fatigué, que Jonathan est faible comme un petit oiseau rare, qu'ils n'ont plus l'un ni l'autre aucune faveur populaire, — et que si mon prince le dési-
rait, moi, barbier du roi et médecin, qui en approche tous les jours, je pourrais...
DAVID
Alors, puisque tu m'as dit ton secret, Barbier, — écoute celui que je vais te dire. C'est que j'aime Saûl comme mon roi, et Jonathan plus que moimême ; que je crains Dieu, Barbier, — et que tu devrais faire attention dans tes paroles à ce qu'elles ont d'offensant pour son élu. — Tu m'appelais Prince tantôt, — c'est donc que tu veux bien que je t'ordonne, Barbier: Retire-toi.
Le Barbier sort.
Jonathan ! Jonathan ! puisse, sur ton si faible front, l'Eternel affermir une royauté chancelante!...
Entrent Saûl et Jonathan.