‹ Saül: Le roi CandauleChapitre 60 sur 95 · SCÈNE III SAUL, SAKI, inaperçu d'abord — le DÉMON au dehors · texte numérisé non relu

SCÈNE III SAUL, SAKI, inaperçu d'abord — le DÉMON au dehors

SAUL, se croyant seul.

Âhl Âhl recueillons-nous. Que suis-je?

LE DÉMON, du dehors, caché.

Saûl!

SAUL, allant à la porte.

Jonathan? (// regarde,) Non. Je suis seul. (// s'agenouille,) Mon Dieu! que suis-je devant vous...

LE DÉMON, caché.

SaûU

... pour que vous m'accabliez de désirs? Quand je cherche où m'appuyer, cela cède. Je n'ai rien de solide en moi... {Distrait.) Ce que j'aime surtout en lui, c'est sa force. La souplesse de ses reins est admirable! Je Tai vu quand il descendait de la montagne; il semble toujours prêt à bondir... {Hagard.) Assez, mes lèvres! (// se lève.)

LE DÉMON, plaintivement.

Saûl!

SAUL

Je suis distrait.

LE DÉMON

Saûl!

SAUL

Tiens! Ton m'appelle.

Il va vers la porte de la tente.

SAKI, voulant l*empêcher d'ouvrir.

N'ouvrez pas, roi Saûl !

SAUL

Quoil Celait loi, Saki ! Que fais-lu là?

SAKI

J'ai peur pour vous.

Tu m'appelais,

SAKI

Non.

SAUL

Ah! c'est dehors.

SAKI

Non! N'ouvrez pas... Tout est dehors ; la nuit est pleine.

LE DÉMON

SaûU

SAKI

N'accueillez pas...

SAUL

Ohl petit cœur fermé! tu n'entends donc pas qu'on m'appelle?

Saûl sort avec une torche.

LE DÉMON, toujours [très plaintif..

Saûl!...

SAUL« s*approche — se baisse.

Petit ! — Ah! comme il tremble! — Est-ce de froid? (// le touche.) Mais il est tout à fait gelé, le pauvre enfant ! Viens ! nous aurons plus chaud dans ma lente. — Allons! viens; jeteréchaufiFerai. {Le démon ne bouffe pas.) Ohl mais je ne peux pour-

tant pas te porter, petit êtrel {Il le soulève.) C'est qu'il est affreusement lourd ! — (// le porte.)

Saki s'en va.

Saki s'en va I Bon débarras ! ! Il laisse le vin. — Tu boiras. — (// le dépose.) Ouf! — Allons, blottis-toi dans mon manteau. (// s'assied.)

LE DÉMON, s'enroulant à moitié dans le manteau.

Il est déchiré !

SAUL, som'iant.

Oui, — de ce côté David en a déjà pris un morceau.

LE DÉMON, rigolant.

Ah! ah! ah!

Quoi?

Rien.

C'est drôle?

SAUL

LE DÉMON

SAUL

LE DÉMON

Oui. — J'ai soif.

SAUL, lui tendant la cruche.

Bois... Ça va mieux ? — Là! contre moi. — A présent, sois tranquille; j'ai beaucoup à penser.

JONATHAN, du dehors.

Mon père!

SAUL, honteux.

Allons! bon ! Jonathan !... On n'entre... (Au démon.) Cache-toi.

JONATHAN

Mon père, suivez-moi. Venez à présent; il est temps.

SAUL, très gêné.

Je me lève. — Un instant seulement... Va; je te suis.

Le démon se montre ; il regarde en ricanant Jonathan.

JONATHAN

Oh ! qu'est-ce que c'est ?

SAUL

C'est un petit enfant qui grelottait de froid — que j'ai recueilli sous ma tente.

JONATHAN, profondément triste.

Ah!?

SAUL, honteusement.

Oui.

JONATHAN, de plus en plus désespéré.

Mon père ! A présent, qu'il parte 1 Venez I

SAUL, immobile et comme imbécile.

Oui.

JONATHAN

mon père ! mon père ! est-ce que vous ne m'aimez pas un peu plus que ce petit ?

SAUL, presque sanglotant.

Tais-toi, Jonathan!... Jonathan! je t'en supplie! Tu ne sais pas combien c'est difficile !

JONATHAN

Difficile de quoi? — • Pauvre père... comme vous êtes tourmenté!

SAUL

Jonathan... tu es trop jeune pour me comprendre : je sens que je deviens très étonnant 1 — Ma valeur est dans ma complication. — Ecoute : je

veux te dire des secrets: — tu crois que je dormais Taulre nuit... dans la grotte. ..

JONATHAN, feignant de ne pas comprendre.

La grotte...

Oui — tu sais — quaod David...

JONATHAN

David.

SAUL, s'irritant.

Oui, David... organisait avec toi ma défaite.*, et coupait le pan de mon manteau pour mieux t'apprendre à me trahir. — Ah ! ah ! votre entente à tous deux est parfaite . . . Quels soins pour moi ! Tu le remercieras pour moi I — Tu le remercieras — dis, Jonathan! {Le démon ricane.) Tu le remercieras bien de ma part. Il me croit bien déchu !

On entend un appel de trompettes.

JONATHAN

Ah!

SAUL

Ah ! — le signal !

JONATHAN

Venez, mon père. — Ah ! par pitié pour vous !

SAUL

Tu pleures ! — Jonathan ! Jonathan, mon fils !

— dis, tu comprends du moins que je souffre — que je souffre de te faire pleurer. — Écoute encore ce proverbe; il est de moi : — {Tout en racconi' pagnant sur le seuil de la tente^ sentencieux:) ky te quoi l'homme se consolera-t-il d'une déchéance,

— sinon avec ce qui Ta déchu ? — {Le congé-

diant.) Va ! pars ! — Fuis vite ! . . . — A la grotte ! ! — Cours! Moi, je te rejoins à l'instant.

On entend et l'on entrevoit des groupes de soldats passer. Jonathan s'éloigne.

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