SCENE VI DIVERS
SAUL, à très haute voix dans le silence.
Il est trop tard ! — Voici le jour.
Il s'avance hors de la tente vers la gauche, s'agenouille ou s'assied à moitié par terre, les mains dans l'herbe.
Ah! que cette fraîcheur me rafraîchit!... Voici rheureoù les gardeurs de chèvres font sortirles troupeaux des é tables. — Il y a des herbes baignées de rosée...
Johel est entré avec d*autres ^erricrs, de l'armée de David,
JOHEL, voyant Saûl.
Comment! — il prie...
SAUL, absorbé — sans les voir.
Je suis tenté.
UN GUERRIER, aux autres.
Gens de David, courez! Avertissez le roi que Saûl est ici — désarmé. — Courez! — David ne veut pas qu'on le tue.
Ils partent. Johel reste.
SAUL, toujours absorbé.
... Baigné de rosée...
JOHEL, s'approche du roi, puis brusquement se dresse derrière lui, la main levée.
SAUL
Oh ! Oh ! Oh ! — celle-là c'est une très lâche tentation ; — elle vient m'assaillir par derrière.
Johel le frappe. — Saûl tombe. Jôhel lui arrache la couronne et va la porter à David, qui survient escorté de beaucoup d'autres. Sur un ordre de David, on s'empare de Johel. — Mouvement.
Il fait grand jour.
DAVID
Malheureux ! Malheureux ! — Allons ! emmenez cet homme! Tuez-le et donnez aux bêtes des champs son cadavre. Honte à lui qui porte la main contre Télu de mon Seigneur! — Il a fait retomber de tout son poids cette couronne sur ma tête.
Il se penche vers Saûl et prend la couronne qu'il avait fait d'abord remettre auprès de Saûl, — il la pose sur sa tête.
Très incliné et bas
Je ne te détestais pas, roi Saûl.
Redressé.
Et Jonathan aussi, dites-vous ? Malheureux I Malheureux! Qu'on Tamène ici. Qu'on Tétende auprès de Saûl et que la mort les réunisse. Quels sont ces cris? ces lamentations au dehors? La douleur habite mon âme.
Un cortège amène le corps de Jonathan.
Montagnes de Guilboa! qu'il n'y ait plus sur vous de miel ni de rosée I
Il se penche vers Jonathan.
J'ai fait ce que j'ai pu, Jonathan ! — J'ai fait ce que j'ai pu, Jonathan, mon frère!... (Redressé.) Allons! maintenant, levons-nous! Qu'on rapporte au palais les corps de Saûl et du prince. Qu'on les pose sur une litière royale. Que tout le peuple forme cortège; qu'il accompagne ma douleur de ses sanglots et de ses lamentations. — Vous, musiciens! — qu'une musique funèbre retentisse.
Ils sortent en nombreux cortège aux sons d'une marche funèbre.